‹ Études sur l'art et la curiositéChapitre 23 sur 56 · SABBA D A CASTI GL10NE · texte numérisé non relu

SABBA D A CASTI GL10NE

folio de Lyon, i52<8, un lot de livres hébraïques1. Pas de romans ni de littérature à la mode, comme on le pense bien; le Frate n'aime point « ser Morgante, ser Orlando, ser Rinaldo, messer Decamerone (sic), donna Fiametta, tous ces livres inutiles, vanitas vanitatum, imprimés avec tant de soins, tant de solennité, en caractères si élégants, en papier si recherché, qu'on dirait la loi de Dieu donnée par le grand Moïse sur le mont Sinaï... On les habille de pourpre comme des rois, et les saints livres, les pauvres, s'en vont humblement couverts de bure, comme des capucins2.» Entre nous, Sabba n'est pas aussi rigoriste qu'il veut bien le faire croire; il comprend les accommodements. J'imagine, par exemple, qu'il aurait volontiers admis au presbytère, à la place d'honneur, un certain Virgile annoté par Pétrarque, qu'il admirait si passionnément jadis en visitant la bibliothèque de Pavie; à vrai dire, il était jeune dans ce temps-là. Mais avec quelle chaleur le vieux bibliophile évoque ce souvenir d'autrefois ! « Je l'ai vu, dit-il, ce rare manuscrit, je l'ai bien souvent tenu dans mes mains, je Tai touché avec respect. » Et il faut l'entendre détailler le livre en connaisseur, car il n'a rien oublié, ni les fragments de lettres à Laure, écrits en marge par son amant, ni la forme des caractères, ni la qualité du parchemin, ni la miniature en tête du volume avec ses dimensions, ses personnages, leurs attitudes, jusqu'à l'attestation du poète: « en bas était écrit de sa main, mais d'une écriture un peu plus grosse que le reste, Sena tulit Simo-

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