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Galette des Beaux- Arts, janvier

çaise professés d'abord par Alexandre Lenoir, puis par son fils Albert et par Didron aîné.

« En même temps, dit-il, j'étudiais l'architecture chez Piel, qui m'a laissé pour suivre à Rome le Père Lacordaire, lorsqu'il songea à rétablir Tordre des Dominicains en France; je suis alors entré et resté trois ans dans l'atelier Labrouste. Je l'ai quitté pour travailler avec Verdier à la monographie de la cathédrale de Chartres. Nous avons fait ensemble, en deux saisons d'été, les plans, coupes et la façade méridionale. Après avoir terminé cette besogne, nous nous sommes, avec Boeswilwald, Verdier, Gaucherel, Abadie, l'architecte du Sacré-Cœur, et Viollet-le-Duc, enfermés pendant un mois chez Lassus pour préparer le projet de restauration de Notre-Dame auquel Viollet-le-Duc est resté attaché pendant trente ans.

« En 1848, j'ai été nommé architecte diocésain de Bourges. J'ai rempli ces fonctions trois ans sans mettre à mon actif aucun important travail, vu l'insuffisance des allocations. Ma santé m'a alors obligé à résigner cet emploi et, en face d'une liberté intermittente, je suis allé chez un orfèvre pour m'initier à la pratique de son art. J'ai fait venir un ciseleur pour me donner des leçons et, pendant plusieurs années, j'ai fait des travaux chimiques relatifs à la préparation des émaux. Une fois au courant de la technique des arts du métal, j'ai cherché à utiliser ces connaissances et j'ai conçu la première idée de mon Glossaire, laquelle remonte à vingt-cinq ans environ.

« De 1840 à 1880, j'ai dessiné un peu partout des monuments du Moyen Age.

« Vers 1844, j'ai collaboré aux Annales archéologiques

de Didron, en y publiant une série d'articles, avec planches, sur les vêtements sacerdotaux. Vers 1845 ou 46, j'ai également publié quelques articles dans Y Encyclopédie nouvelle ; le plus important est Y Art byzantin,

« Depuis que je m'occupe de mon Glossaire, je n'ai avec intention publié absolument rien que quelques dessins dans le Moyen Age et la Renaissance.

« Les matériaux du Glossaire sont, comme vous l'avez vu, pris un peu partout; mais la source la plus abondante d'informations a été pour moi la longue série des Comptes de l'argenterie, conservée aux Archives et que j'ai dépouillée entièrement. J'ai trouvé au département des manuscrits de la Bibliothèque un certain nombre d'autres comptes et des inventaires que je crois avoir tous lus.

« Je dois à l'obligeance de l'abbé Dehaisnes, archiviste honoraire de Lille, la communication du dépouillement des archives de Douai ; un travail analogue pour celles du Pas-de-Calais m'a été communiqué par l'ancien archiviste, J. M. Richard, que je cite souvent.

« J'ai un peu fureté dans d'autres dépôts, Lille, Limoges, la Rochelle, mais accidentellement.

« L'origine de ma collection est fort ancienne; elle remonte à 1845 environ. Pendant les travaux de dragage de la Seine, j'ai acheté à Forgeais beaucoup d'objets de toute sorte et surtout des plombs historiés. J'ai recueilli à sa mort ce qu'il y avait de plus intéressant dans ses séries, en dehors de celle qui est à Cluny et d'une autre achetée par la Ville et détruite dans les incendies de la Commune.

« J'ai également recueilli presque tous les débris intéressants de bronze qu'avait amassés Mme Fèvre, de

Mâcon. Le surplus est entré chez moi pièce à pièce à des dates correspondant aux notes du Glossaire et avec l'idée qu'il y trouverait sa place. »

Architecte nourri à la grande école de Lassus et de Viollet-le-Duc, érudit dépouillant les vieux textes des. archives et des bibliothèques, amateur recueillant jour par jour les monuments témoins du passé, orfèvreémailleur rompu à toutes les difficultés du métier, dessinateur d'une précision peu commune, Victor Gay a mis ces facultés diverses au service exclusif de son Glossaire. Quel monument homogène et solide ne devait pas produire cette communauté d'efforts dirigés vers un seul but, par une volonté tenace et patienté!

Du premier coup, le public intelligent, l'historien, l'archéologue, l'amateur, l'artiste, chacun comprit qu'il avait affaire à un maître. Cette érudition saine, généreuse, maîtresse d'elle-même, s'appuyant d'une part sur des textes abondants puisés aux sources les plus sûres, de l'autre sur les dessins mêmes de l'auteur recueillis dans sa propre collection ou dans les collections les plus autorisées, s'imposait avec un accent de sincérité irrésistible. Du jour au lendemain, l'inconnu de la veille devenait célèbre; son livre prenait le premier rang parmi les classiques de l'archéologie.

Je m'étais chargé de revoir les épreuves, de donner ce qu'il appelait le coup de brosse. Gay n'avait pas l'habitude d'écrire pour le public, surtout pour le public d'un dictionnaire, qui lit rapidement et n'aime que les commentaires brefs, clairs et précis. Chez lui, l'érudition débordante enveloppait souvent la pensée; il fallait élaguer, pratiquer des jours, dégager la doctrine sans la dénaturer. Tâche périlleuse, car, malgré tous ses

ménagements, le brosseur littéraire ne pouvait s'empêcher à l'occasion d'empiéter sur les plates-bandes du savant. Mais, si ce dernier défendait son opinion de pied ferme, son siège n'était jamais fait; il acceptait volontiers la controverse, et l'encourageait au besoin avec une indulgence qui désarmait tous mes scrupules. « Jusqu'au jour néfaste, m'écrivait-il, où pour le malheur du public et le mien, vous crierez merci, je vous enverrai des épreuves au risque d'abuser de votre obligeance dont je me trouve si réconforté. » L'année suivante, à propos d'une de ses notices que j'avais remaniée, il m'écrivait encore : « Non content de me corriger, vous me refaites des articles. Je n'aurais pas osé vous demander un travail qui frise la collaboration; mais, puisque vous me l'offrez, je suis très heureux d'en recueillir le profit. » Si je me permets de citer ces lignes, c'est qu'elles montrent quel était l'homme, le savant et l'ami. En dehors d'un petit cercle, très étroit, Gay était peu connu. Habitué à marcher droit devant lui, il s'orientait malaisément sur ce terrain mouvant de la curiosité parisienne où son titre et ses goûts de collectionneur l'avaient entraîné un peu malgré lui. Sa santé toujours incertaine, ses recherches de bénédictin, une certaine timidité naturelle l'éloignaient du monde; il était nourri parmi les morts, comme dit un ancien, et s'effarouchait facilement du bruit des vivants. Il se livrait peu et ne se laissait pas pénétrer tout d'abord; mais, une fois la porte ouverte, il se donnait loyalement et sans réserve.

Depuis longtemps, il sentait les atteintes du mal qui devait l'emporter un jour. En 1881, à la suite d'une première crise, il avait dû suspendre son travail; bientôt les crises se succédèrent, amenant des interruptions

nouvelles. Mais l'infatigable travailleur utilisait les moindres quarts d'heure de grâce. Miné par la fièvre, il s'acharnait à son livre; il lui avait donné toute son âme, toute sa conscience, toute sa vie ; après quarante ans de labeur, il touchait enfin le but, les quatre premières livraisons du Glossaire avaient paru : « J'userai, me disait-il, mes dernières forces à son achèvement. >» Hélas ! ces forces, ruinées par le travail et la souffrance, s'émiettaient avec une effrayante rapidité. Retiré à la Barde1, sans espoir de pouvoir rentrer à Paris, il eut encore l'énergie déterminer la cinquième livraison, c'est-à-dire à peu près la moitié du Glossaire. Il m'écrivait alors : « Je vis au jour le jour et bien tristement; voilà près de trois semaines que je n'ai pas écrit une seule ligne... Les heures de souffrance sont bien longues pour moi et celles que je puis consacrer au travail de plus en plus courtes. » Car il a voulu travailler jusqu'à la fin. Dans son lit, qu'il ne devait plus quitter, il rédigeait ses notices, corrigeait les épreuves et, quand sa main fut impuissante à tenir la plume, il dictait à sa fille ses dernières pages de copie.

C'est ainsi qu'il est mort le 12 décembre 1887, l'œil et l'esprit ouverts, sans la consolation suprême de compléter son œuvre et d'achever sa gloire, mais calme et résigné, avec la conscience de l'honnête homme et la foi sereine du chrétien.

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