‹ Études sur l'art et la curiositéChapitre 6 sur 56 · Pline, XXXIII · texte numérisé non relu

Pline, XXXIII

gneux^le platonique Eros; Mamurra qui demande toujours à voir, fait déplacer les objets les plus précieux, les manie, les soupèse, les flaire, prend ses mesures, critique, de'range tout et finalement « achète pour un as deux écuelles qu'il emporte avec lui1 ».

Et toi aussi, mon vieux confrère de Bosco Reale, tu étais, je pense, un habitué des Septa. Les marchands devaient connaître un client de ton importance; on t'ouvrait les petites portes, et, sans doute, — comme cela se passe aujourd'hui, — on te laissait voir avant les autres les arrivages du matin et les virginités en caisse. Quelles trouvailles inespérées! quelles conquêtes retentissantes! quel triomphe d'enlever, à la barbe d'un Trimalchion quelconque, une pièce inconnue de Mys, ou un Bœthus authentique !

Et quand tu rentrais dans ta belle villa du Vésuve, avec quel soin pieux tu déballais ces nobles reliques, pour les ranger toi-même sur tes dressoirs! Plus d'une fois, j'imagine, tu as tremblé pour l'avenir de ces pièces exquises, réunies patiemment une à une, et condamnées peut-être à s'émietter après ta mort aux quatre vents de la curiosité, ou à disparaître anéanties par ton formidable voisin. Tu ne te doutais guère que le Vésuve, qui détruisait tant de choses, sauverait ta chère collection, qu'elle te survivrait tout entière, et que dix-neuf siècles plus tard, installée dans un des plus beaux musées du monde, elle perpétuerait ta mémoire et celle de l'amateur qui vient de la donner si noblement à son pays.

i. Coll. de l'anc. Rome, p. 120.

SABBA DA CASTIGLIONE

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