A LA RENAISSANCE
i4 ÉTUDES SUR L'ART ET LA CURIOSITÉ.
le mot n'est pas encore formé. D'ailleurs il s'agit là d'une spécialité, la recherche des antiques, des médailles, des inscriptions, des pierres gravées, goût nouveau et bien défini, conséquence des fouilles entreprises eu Italie depuis le xv° siècle, et touchant plus à l'archéologie qu'à la curiosité pure.
Le mot curiosité, tel que nous l'entendons, date du xvne siècle. A la Renaissance, il n'est pas né, son heure n'est pas venue ; rechercher les œuvres d'art sous toutes les formes est encore un besoin normal qui court les rues, l'attribut naturel de la fortune et de la bonne éducation. Aussi, quand le vieux Sabba da Castiglione adresse à son neveu ses Ricordi, recueil de leçons sur la conduite d'un vrai gentilhomme, arrivant à parler de la décoration intérieure de la maison, telle qu'on la comprenait de son temps, il décrit sans s'en douter, comme M. Jourdain faisait de la prose, la maison de ce que nous appellerions aujourd'hui un amateur.
Monsignor Sabba da Castiglione, né vers 1485, était un gentilhomme milanais, parent du comte Balthazar Castiglione, l'auteur célèbre du Cortegiano. Après avoir fait ses études à Milan et à Pavie, il se mit à voyager; en i5o5, étant à Rhodes, il se fit recevoir chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem. De Rhodes, où il séjourna trois ans, Sabba se rendit à Rome, chargé des affaires de son ordre, qu'il administra jusqu'en 1 5 1 6. Deux ans plus tard, obligé de prendre sa retraite à la suite d'une blessure qui le priva de l'usage de la main droite, il obtenait la commanderie de la Magione de Faenza1. L'ancien monastère, déjà bien endommagé
i.M. le professeur Federigo Argnani, conservateur de la Pinacoteca comunale de Faenza, vient de publier dans YArte e Storia une excel-
SABBA DA CASTIGLIONE.
par le temps, avait cruellement souffert pendant le siège de Faenza par le Valentinois. Le nouveau commandeur s'occupa de relever les bâtiments; on lit sur la façade du cloître Vetustate. Collapsam. Restituit. F. Sabbas, Cast. Med. M. Hier. [Miles Hierosolimitanns). Sedente. Clémente VII, Pou. Max. Optq. Anno Domini MDXXV. Des artistes habiles furent chargés de décorer la chapelle, nous en reparlerons plus loin, Sabba rétablit les jardins tant bien que mal, replanta les arbres de sa main et, les travaux achevés, il fit placer sur la porte cette inscription philosophique :
Satis dives qui non indiget pane, Satis potens qui non cogitur servire.
Civiles curae procul hinc abite Sabbas Cast. Solitarius, seipso contenais, hos securus Incoluit hortos !.
Dans cette retraite du sage qu'il ne devait plus quitter, Sabba partageait son temps entre les bonnes œuvres, les arts et les lettres, dirigeant les travaux de décoration de son église, fondant une école à Faenza, dotant des jeunes filles pauvres, et mettant la dernière main à ses Ricordi, adressés à Fra Bartolomeo, fils de Jean-Henri, son frère. Il mourut en 1 554, à soixanteneuf ans, et fut enterré dans le tombeau qu'il s'était
lente notice sur Sabba da Castiglione et les peintures de la Magione; suivant lui, Sabba se serait installé en i523 à la Magione, à la suite d'une blessure reçue au siège de Rhodes (i52 2). L'auteur des Ricordi nous apprend lui-même qu'il habitait le couvent depuis plus de trentecinq ans, « sono già passati anni trentacinque che mi confinai nella
solitudine délia Magione di Faenza » (Rie. 123). Or, comme il est mort en i554, sa première installation doit remonter ait moins à i 5 19.