‹ Études sur l'Astrée et sur Honoré d'UrféChapitre 1 sur 16 · Études sur l'Astrée et sur Honoré d'Urfé · texte numérisé non relu

Études sur l'Astrée et sur Honoré d'Urfé

En publiant ces Études sur XAstrée et sur Honoré d’ürfé , nous ne nous sommes proposé d’autre but que d’appeler sur un auteur, aujourd’hui presque entièrement oublié, l’attention de ceux qui prennent quelque intérêt à l’histoire des lettres françaises. Honoré d’ürfé ne fut pas, il est vrai, la plus grande gloire littéraire des règnes de Henri IV et de Louis XIII. D’autres auteurs, ses contemporains, obtinrent une autorité plus grande et plus légitime que la sienne.

Mais aucun, à notre avis, n’exerça sur les mœurs et sur la société une. influence plus salutaire et plus féconde. L’ordre que Malherbe établit dans notre poésie, en disciplinant les forces diverses qui , depuis Ronsard, se perdaient en efforts inutiles et en tentatives malheureuses , Honoré d’Urfé contribua, pour une très-grande part, à le

faire renaître au milieu d’une société dont les mœurs étaient encore plus corrompues que le goût. Cette assertion peut paraître étrange d’abord. Mais nous espérons prouver, dans la suite de ces Etudes, qu’en attribuant à Honoré d’ürfé un rôle important dans l’heureuse réforme qui se fit alors, nous n’exagérons pas la valeur morale de ses écrits.

11 y a d’ailleurs quelque intérêt à examiner un des romans les plus célèbres de notre littérature, dans ùn temps où ce genre de composition nous envahit de toutes parts.

Nous verrons avec quelle patience, quelle lenteur sérieuse, les écrivains du xvii* siècle composaient les ouvrages en apparence les |)lus frivoles. Honoré d’Urfé mit vingt-cinq ans à écrire XAstrée, et la mort le surprit avant qu’il eût mis la dernière main à son travail. C’est un exemple qu’il nous est plus facile d’admirer que de proposer à l’imitation des écrivains de notre temps.

Ces Etudes se divisent en deux parties.

Dans la première , nous avons essayé d’écrire, d’une manière plus complète qu’on ne l’avait fait jus<ju’ici , la vie d’Honoré d’ürfé et de (|uclques-uns de ses frères. Cette partie de notre travail était la plus facile, grâ<‘e aux

précieux documents recueillis et publiés par M. Aug. Bernard ( de Montbrison ) , dans son livre intitulé : Les d’Urfé , Souvenirs historiques et littéraires du Forez au xvi® et au xwf siècle. Nous avons très-peu ajouté, nous devons le reconnaître, aux renseignements qui nous ont été fournis par cet estimable savant. Il était difficile de faire quelque découverte dans un terrain qu’il avait exploré avec tant de patience et tant de succès. Nous avons cependant éclairci quelques points obscurs, et rédigé la vie de notre auteur avec un ordre que M. Bernard n’avait pas recherché, et qui n’entrait pas dans le plan de son ouvrage. Dans la seconde partie, nous avons examiné les œuvres diverses d’Honoré d’Urfé, en suivant, autant qu’il nous a été possible de le faire , l’ordre chronologique dans lequel ces écrits ont été composés. Nous avons réservé pour la fin l’étude du roman de \ Astrée, qui était l’objet principal de notre travail.

Page 1