CHAPITRE PREMIER
Aiitiqiiilc- et noblesse de l.n fiiinille d’Url'é.
S’il fallait s’en rapporter aux légendes recueillies par quelques historiens, la maison d’Urfé ne serait pas seideinent une des plus considérables familles de France, elle serait encore une des plus anciennes. André Duchesne nous apprend, dans son Histoire de Bourgogne {i) , que, vers l’an 6io, sous le règne du roi d’Orléans Théodoric, petit-fils de Sigebert et de Brunehaut, un Wlphe était patrice de la Bourgogne transjurane. Or,cenom deWlphe devint plus tard celui d’Urfé, en subissant des modifications successives dont l’histoire a gardé le souvenir. Vers le
(i) Histoire (tes mis, ducs et corhtes de Bourgogne , P;iris, 1619 ft 1628, a vol. Voyez, |)om- hi citalioii, le
AX\iv'’ ( liap. (lu |)iemicr livre.
milieu du xii*^ siècle, Wlplie le Vaillant le changea en celui d’Ulphé, ou Ulpheu, ou Lllphieux. Ce n’est qu’à la fin du xv', que Pierre II l’écrivit avec l’orthographe qui n’a pas varié depuis. An reste, les altérations que ce nom a subies s’expliquent facilement. Elles viennent surtout de l’incertitude des traductions latines qu’on en a faites dans les titres et dans les chartes.
D’après le même Duchesne, la maison d’Urfé tirerait son origine du comte Welphe, que les chroniques des Pays-Bas appellent duc de Bavière, et dont la fille Judith devint la femme de Louis le Débonnaire. C’est de ce duc ou comte que descendaient Conrad, comte de Paris, et Bozon, roi de Bourgogne. Les d’Urfé faisaient remonter leur origine jusqu’à cette famille royale, et ils citaient avec orgueil un Wlphe, surnommé le Robuste, qui ajouta à l’illustration de sa noblesse la gloire d’avoir combattu vaillamment contre les Turcs au siège d’Antioche, en 1098. En récompense de sa belle conduite, Wlphe reçut de l’assemblée des princes chrétiens, pour lui et pour sa postérité , l’écu d’armes blasonné de vtiir au chef de gueules, qui a depuis été celui de la maison d’Urfé.
11 serait assez difficile de concilier ces traditions diverses. La famille d’Urfé est-elle originaire de France ou d’Allemagne? J’inclinerais à la croire entièrement française, d’autant plus que les auteurs qui lui donnent une origine germanique
ne la font venir, dans le Forez, qu’au xui® siècle; tandis qu’une charte, tirée du Cartulaire de Savigny, et qui se trouve dans les Preuves de l’histoire des comtes de Forez, par de la Mure(i), manuscrit de la bibliothèque de Montbrison , prouve qu’à la fin du xi' siècle, ou au commencement du XII®, cette famille était déjà établie dans la province, dont elle devint une des plus grandes illustrations (2).
Il n’est pas étonnant que des récits fabuleux, de véritables légendes, soient venues se mêler à ces traditions obscures et incertaines. D’après une généalogie écrite par les ordres d’Anne d’Urfé, et annotée de sa main, Hirmantride, femme d’isambert Wlphe, qui vivait à la fin du VIII® siècle, ayant mis au monde douze enfants en une seule fois, craignit, dans son ignorance naïve, que son époux ne l’accusât d’infidélité.
(1) Jean-Marie de la Mure, né à Roanne, nu cominenceinent du xvii® siècle, devint chanoine de l’église de Notre- Dame de Montbrison. Les ouvrages qui nous restent de lui , imprimés ou m-inuscrits, ont presque tous pour objet l’histoire du Forez. M. Patin en a donné une liste très-exacte dans le Journal des Savants, octobre 1840, p. 578, dans une note.
(2; Cette charte est citée en entier dans rexcellent ouvrage de M. Aug. Bernard, p. 6, dans les notes. L’ouvrage de M. Bernard est intitulé: Les d'ürfé , Souvenirs historiques et littéraires du Forez nu xvi® et au x\ ii® siècle. (Paris, imprimerie royale, 1889, I vol. in- 8”.)
C’est pourquoi, apres en avoir gardé un seul, elle ordonna à un de ses domestiques d’aller jeter les autres dans la rivière. Isambert, qui était à la chasse, rencontrant le valet, lui demanda ce qu’il portait et ce qu’il venait faire en ce lieu. Celui-ci , tout effrayé , lui répondit qu’il portait des louveteaux qu’une louve , qu’il faisait nourrir chez lui, venait de faire, et qu’il voulait en noyer une partie. Le maître voulut les voir, et le valet lui ayant montré les onze nouveau -nés, Isamhert se douta de la crainte de sa femme, dont il connaissait d’ailleurs la fidélité. Il fit donc élever avec soin ces onze enfants, à l’insu d’Hirmantride; et, six ans après, il les fit tous habiller de la même manière, et les présenta à sa femme, en lui demandant si elle connaissait ces Wlphes, ce qui en allemand signifie loups. Hirmantride, à la vue de ces enfants qu’elle reconnusse jeta aux genouxde son époux, en lui demandant grâce. Celui-ci s’empressa de la relever, et lui dit qu’elle était pardonnée depuis longtemps.
Mais si, laissant de côté les fables et les traditions merveilleuses, dans lesquelles se complaît la vanité des familles , nous demandons à l’histoire des faits positifs, ou présentant du moins quelque probabilité, nous trouverons que, l’an 1129, Wlphe, surnommé le Vaillant, accompagna Louis le Gros dans le voyage que ce roi fit en Auvergne, pour calmer les troubles suscités par le comte de Clermont. Au retour de cette
expédition, Wlphe s’arrêta à Montbrison, où il fut si épris de la beauté et des vertus d’une cousine de Guy 1", comte de Forez, nommée Aymée, qu’il la demanda en mariage, et l’obtint du consentement de ses parents. Wlpbe s’établit tlans le pays de sa femme, et fit construire, sur une haute colline, un château qu’il appela de son nom. Cependant, pour donner à ce nom une physionomie moins germanique, il retrancha le double V, et accentua la dernière syllabe. Wlphe le Vaillant fut donc le premier seigneur d'Ulphé. Le nom patronymique de Wlphe parait avoir été celui de Raimbe ou Reybi , qu’on trouve trèssouvent dans les chartes, avec quelques variations d’orthographe.
La famille d’Urfé ne tarda pas à obtenir, dans la province où elle s’était établie, toute la considération que peuvent donner le courage, la vertu, et le noble emploi de l’autorité et de la fortune. Mais sa gloire s’augmenta surtout, lorsque le comté de Forez passa dans la maison de Bourbon. Guichard d’Ulphé devint l’ami et le confident de Louis II, duc de Bourbon et comte de Forez, qui le nomma d’abord capitaine du Roannais , et ensuite bailli de tout le comté. Ce seigneur, étant mort sans enfants, laissa tous ses biens à son frère Arnulphe.
Vers l’an 1 4 1 8 , une affreuse catastrophe plongea dans la consternation tout le Forez, et fut sur le point d’arrêter à jamais les destinées de
cette gJorieiise famille. Jean, fils d’Arnulplie, se proposant d’acquérir la terre de Crémeaux , qui était en vente, avait ramassé, à cet effet, une assez forte somme d’argent. Ses domestiques, voulant s’en emparer, le massacrèrent avec une grande partie de sa famille. Heureusement Pierre, son fils aîné, se trouvait alors à lu cour du roi de France, Charles VI. Il semble que la Providence ait voulu sauver cet enfant, pour qu’il pût continuer le nom et préparer la gloire dont les d’Urfé devaient bientôt se couvrir (i). Pierre assista au sacre de Charles VII, qui lui donna, plus tard, la charge de grand maître des arbalétriers de France.
Pierre II , son fils aîné, changea son nom d’Ul-
(i) Antoine, frère cadet de Pierre, fut sauvé comme par miracle, si l’on en croit la tradition. Elle rapporte qu’après avoir massacré tout ce qu’ils rencontrèrent, et le maître lui-même, qui, surpris sans défense, ne put qu'opposer une résistance inutile, et dont la main sanglante était restée empreinte sur le mur, les assassins trouvèrent un enfant au berceau , qui semblait leur sourire. Cet aspect désarma l’un d’entre eux, lassé de cette boucherie. « A quoi servirait de le tuer? dit-il; il ne nous trahira pas. » Après un moment de délibération, ils résolurent de le faire lui-même l’arbitre de son sort, et lui présentèrent une pomme et une pièce d’or, croyant découvrir par là s’ils auraient un jour à redouter sa vengeance. • S’il prend la pomme, laissons-le vivre; s’il prend la pièce d’or, tuons-le , • dirent-ils. L’enfant prit la )iomme et fut sauvé. Les rl'Ur/é, p. 27, notes.
phé en celui de d'Urfé. D’abord partisan du duc de Bourgogne, il assista à l’entrevue de Péronne. Il embrassa plus tiird la cause royale, et devint successivement, sous les rois de France Louis XI, Charles VIII et Louis XII, bailli du Forez, sénéchal de Beaucaire, capitaine de cinquante lances des ordonnances de France, et, enfin, grand écuyer de France et de Bretagne. Il fut chevalier des ordres de Saint-Michel et de la Toison d’or. En i48o, il reçut au siège d’Otrante, où il combattait contre les Turcs, l’accolade de chevalier du Saint-Sépulcre. Ces titres et ces honneurs ne furent pas de vaines récompenses accordées à la faveur. Pierre les avait bien mérités par l’importance des services qu’il avait rendus à la France. Il fut un des principaux négociateurs du mariage de Charles YIII avec Anne de Bretagne; union qui valut à la monarchie l’accession pacifique de plusieurs provinces importantes. Chargé par le roi de rassembler l’armée qui devait franchir les Alpes, et marcher à la conquête de Naples, il se montra aussi habile négociateur que , plus tard, brave soldat dans les journées de Fornoue et du Taro contre les princes d’Italie , et dans celle de Novarre contre Ludovic Sforce, duc de Milan. Ce fut lui aussi qui équipa, à Gênes, la flotte qui devait seconder les opérations de l’armée de terre. Les mémoires du temps sont remplis de son nom; et, pour comble de gloire, il eut l’honneur d’épouser en secondes noces
Antoinette de Beauveau , alliée à la branche <le la maison de Bourbon, appelée alors de Bourbon- Vendôme, de laquelle sont issus tous nos rois par Henri IV. Ce seigneur mourut en i5o8. Jean d’Urfé, son frère, fut père de François d’Urfé, baron d’Oroze , qui se rendit si célèbre par son courage , en combattant avec Bayard contre treize Espagnols qui les avaient défiés. Le lojal serviteur a raconté ce combat homérique avec une naïveté qui est à la fois pleine de grâce et de force (i).
Claude, fils unique de Pierre II, hérita de ses honneurs et de son crédit. François 1" le nomma bailli du Forez, « en reconnoissance , ainsi que le dit le roi dans ses provisions , des bons , grands et vertueux services qu’il nous a rendus dans nos guerres prez et à l’entour de nostre personne. » Henri II le nomma , en i548, ambassadeur pour la France au concile de Trente, et ensuite ambassadeur à Rome, auprès des papes Paul III et Jules III. A son retour, il fat fait gouverneur des enfants de France, qui étaient le dauphin, depuis François H, et ses deux frères
(i) Voyez la Très-jo/eiisc , plaisante et récréative histoire des faits , gestes , triomphes et prouesses du bon chevalier sans paour et sans reprouehe, gentil seigneur de Bayarl. { Nouvelle colleetiüii des mémoires poitr servir h l’histoire de France, publiée par MM. Micliaud et Poujoulal. Toni. IV, p. 5 i8.)
qui régnèrent sous les noms de Charles IX et Henri III.
Mais ce qui fait, à notre avis, la plus grande gloire de Claude d’Urfé, ce n’est ni la noblesse de son nom, ni l’éclat des dignités dont il fut revêtu. Ce qui l’honore à nos yeux, ce que nous tlevons surtout remarquer dans ces études littéraires, c’est son amour pour les lettres. Héritier des livres d’Anne de Graville, par sa femme Jeanne de Balzac, qui était fille de cette dame célèbre (i), CJaude forma dans son château de la Bâtie , près de Montbrison , une des plus belles et des plus riches bibliothèques de France. On peut voir encore à la Bibliothèque royale de magnifiques débris de cette précieuse collection, qui appartint plus tard au duc de la Vallière. Parmi toutes ces richesses que nous a léguées Claude d’Urfé, on remarque surtout deux manuscrits célèbres, connus l’un et l’autre sous le nom de Manuscrits (T IJrfé. Le premier contient toutes les pièces du procès de Jeanne d’Arc. Le second, qui n’est pas relié, renferme un nombre considéraljle de poésies des troubadours, choisies avec beaucoup de goût et d’intelligence. Ce recueil forme, avec les travaux de Sainte-Palaye et le célèbre manuscrit de la bibliothèque Es-
(i) A.nnc Millet lie Cravillo , <l:imc de Mareoiissis et de Monla^ii, feniiiic de Pierr“ de Rid/ae, seij^netir d’Knlrapiies.
( lO '
tenxe de Modène (i), le plus vaste dépôt qui nous reste de poésies écrites en langue provençale.
Claude d’IJrfé mourut en i558. Jacques, son fils aîné, se montra digne des vertus et de la renommée de ses ancêtres. Henri II, dont il était chambellan, lui accorda la charge de bailli du Forez, vacante par la mort de son père.
Charles IX lui donna une compagnie d’hommes d’armes, et le titre de lieutenant de la province, en l’absence du duc de Nemours (a). Henri de Valois, roi de Pologne et comte du Forez par apanage, le nomma son lieutenant général au gouvernement dudit pays.
Le temps était venu où les vertus civiques
(i) Le Recueil de poésies provençales de lu bibliothèque ' de Modène contient trois cent quarante-cinq feuillets et mille quatre cent soix.inte-quatorze pièces. Il fut composé en ii»54 , pour le marquis d’Este, par un célèbre troubadour, maître Ferrari, de Ferrare.
(a) Jacques de Savoie, premier duc de Nemours de la maison de Savoie, épousa Anne d’Este, veuve du duc de Guise. Il en eut deux fils qui jouèrent tous deux un rôle important dans la Ligue: Charles-Emmanuel, duc de Nemours, et le manjuis de Saiut-Sorlin. Jacques de Savoie fut nommé gouverneur du Lyonnais, vers la fin de i 562 ,eii remplacement du maréchal de .Saint- André, tué à la bataille de Dreux. (Voyez la Notice sur Charles- Emmanuel de Savoie, duc de Nemours , par M. Péricaud, [pag. 4, notes; Lyon, i 8 a 7 .'
allaient avoir une vaste carrière pour se produire et se développer. Les guerres de religion, après avoir bouleversé rAllemagne, et ensanglanté le berceau de la réforme, venaient d’éclater en France, et les partis en étaient venus aux mains, avec cette ardeur et cette impétuosité que la foi religieuse communique à tous les mouvements politiques. Jeté au milieu de ces guerres dont il déplorait les excès, Jacques fut un des plus fermes soutiens de la cause catholique. Il assista à la bataille de Cognac, en i568, et deux ans plus tard, après avoir plusieurs fois empêché l’amiral de Coligny de passer la Loire, il fortifia la ville de Montbrison, augmenta la garnison catholique, et força ainsi le chef protestant de renoncer au dessein qu’il avait formé de marcher contre la capitale du Forez. Il paraît au reste que Jacques d’ürfé avait une de ces âmes intrépides, qui, au milieu des agitations politiques, conservent assez de calme pour écouter la voix de la raison et de l’humanité, et dominer la fureur des partis. Non-seulement il repoussa les religionnaires qui, en s’é-
taient cantonnés le long du Rhône, et qui de là ravageaient d’une manière horrible les terres de sa province; mais lorsque la guerre se fut un peu calmée, lorsqu’après l’expédition de Henri III contre la petite ville de Livron, les troupes commencèrent à se retirer, Jacques empêcha tous ces soldats indisciplinés, aussi bien les
Français que les étrangers, de passer par le Forez. Il sauva ainsi le pays, du moins en cette occasion, de tous les malheurs qu’entraîne avec elle la guerre civile excitée par le fanatisme religieux.
Bien ne manquait à la gloire de la famille d’Urfé. La mystérieuse grandeur de son origine, l’éclat des alliances qu’elle avait contractées, les biens immenses qu’elle possédait, la faveur dont elle jouissait auprès de nos rois, tout semblait se réunir pour en faire la première famille du Forez, et une des plus nobles maisons de la France. Cependant Jacques d’Urfé ajouta encore à son illustration par son mariage avec Renée de Savoie, petite-fille d’Anne de Lascaris, dont le père, Jean-Antoine de Lascaris, était le fils aîné d’Honorat de I^ascaris, souverain de Tende et de Vintimille. Ainsi la famille d’Urfé pouvait se vanter de tenir à deux souches impériales : à la maison de Saxe, par Wlphe d’Allemagne, et à la maison de lascaris, qui, chassée de Constantinople par les Paléologues, était venue porter en Occident les débris de sa fortune et de son antique splendeur. Nous avons déjà vu les d’Urfé unis par une alliance à la branche des Bourbons-Vendôme. Jacques devenait par son mariage neveu d’Anne de Montmorency, connétable de France, qui avait épousé Madeleine de Savoie, tante de Renée.
Jacques eut de Renée sa femme douze enfants,
six fils et six filles, i.es six fils furent Anne, Claude, Jacques, Christophe, Honoré et Antoine. Claude mourut jeune. Les cinq autres jouèrent un rôle important dans l’histoire de leur temps, et nous aurons occasion d’en parler souvent, en écrivant la biographie d’Honoré. Des six filles, quatre, qui furent Françoise, Marguerite, Madeleine et Catherine, contractèrent d’illustres alliances. Gabrielle mourut jeune, et Diane fut religieuse à Soissons.
Dans cette esquisse rapide des destinées de la maison d’Urfé, il nous a été impossible de parler de toutes les fondations pieuses que ces nobles seigneurs avaient faites dans le Forez. La plus remarquable de toutes est celle du couvent de l’Observance, que Pierre d’Urfé, grand écuyer de France, fit élever à côté du château de la Bâtie, à son retour de Jérusalem. Les d’Urfé firent en outre construire ou réparer à leurs frais un grand nombre de chapelles et tl’églises, avec une magnificence qui paraissait dépasser les ressources d’une seule famille. Tous ces édifices sont aujourd’hui presque entièrement détruits. I>a révolution de 1789, qui semblait s’être donné la mission d’effacer toutes les traces du passé pour commencer une ère nouvelle, n’a presque rien laissé subsister de ce qui pouvait rappeler la gloire et l’opulence de cette famille célèbre. Iæ poète a raison de le dire : Debenmr niorti nos nostrariuc. La famille d’Urfé s’est
éteinte à la fin du dix-huitième siècle; les monuments qui témoignaient de son ancienne fortune, et les archives où se conservaient les titres de sa gloire, ont été la proie de la tourmente révolutionnaire; et de tout le bruit que les d’Urfé ont fait dans le inonde, de tous les monuments qu’ils ont élevés, il ne reste aujourd’hui que le souvenir de leurs vertus, et l’obscure renommée de quelques livres que les hommes d’étude ont bien de la peine à sauver de l’oubli, au milieu de l’indifférence de la postérité.