CHAPITRE VI
Anne et Antoine, frères d’Honoré d’Urfé. Extinction de cette famille à la fin dn xviii* siècle.
Au commencement du xvii® siècle, la famille d’Urfé était parvenue à un très-haut degré de gloire et de puissance. Elle s’était illustrée dans les lettres et dans les armes. Alliée^ux maisons les plus nobles et les plus anciennes de la France, elle avait obtenu tous les honneurs quelle pouvait espérer, et de nombreux rejetons semblaient devoir longtemps encore continuer son nom et sa fortune. Et cependant telle est l’instabilité des choses humaines que le dernier des d’Urfé mourut sans postérité au commencement du xviii' siècle, et que le dernier représentant par les femmes d’une famille naguère si nombreuse et si puissante s’empoisonna pour se soustraire à l’échafaud, dans la prison du Luxembourg, où il avait été renfermé à l’époque de la terreur! Nous avons pensé qu’on lirait avec intérêt quelques détails sur la décadence rapide de cette famille célèbre, et sur ceux des frères d’Honoré qui se sont, comme lui, fait un nom par leurs ouvrages.
Anne, fils aîné de Jacques d’Urfé et de Renée de Savoie, ne recul aucune instruction dans
son enfance. «Je n’en tray jamais, dit-il liii-mênie, en collège ni en classe pour estudier, ma mère y contrariant par une opinion féminine, craignant que je ne fusse embabouiné de la secte nouvelle , pour quelques légères responces qu’elle m’avoit ouy faire en mon enfance; au lieu de quoy j’ai passé toutte ma jeunesse à la suite de la cour ou des armées (i). » Cependant le goût de l’étude, et d’heureuses dispositions naturelles qui ne tardèrent pas à se développer, suppléèrent jusqu’à un certain point à ce défaut de culture littéraire. « C’est une chose admirable en ce seigneur, que la Muse aye commencé tle luy inspirer la fureur poétique, ayant à peine attaint l’aage de quinze ans, depuis lequel temps il n’a cessé et ue cesse, parmy autres nobles et sérieus exercices, de faire tles vers ; mais tels et si gaillards, que Pierre de Ronsard , qui en a veu , en prise grandement la façon et l’ouvrier. Ce que de sa bénigne grâce et naturelle bonté il m’en a monstré escrit de sa main, est la Diane, contenant ceut quarante sonnets par luy composez à Marignan, i5'73 (a). «
(ij Pi-éface des Hymnes de messire Anne d’Urfé, dans un volume manuscrit qui se trouve à la Bibliothèque royale [Supplément français, i83), sous ce titre: OEuvres spirituelles et morales du marquis d’Urfé,
(’i) BihUothèijue d' Antoine Dueerdier , contenant le catalogue de tous les auteurs qui ont écrit ou traduit en français ,
Ce poème, dont il ne nous reste que des fragments cités par Duverdier, fut composé en l’honneur de Marguerite Caste, dame de Luppé, pour laquelle Anne d’IJrfé avait conçu une « affection nonpareille, avant d’avoir atteint trois lustres de son âge. » Il fut écrit, non pas en Italie, comme l’ont avancé quelques biographes trompés par la ressemblance des noms , mais en Provence , dans la terre de Marignane, que la famille d’Urfé avait acquise par son alliance avec la maison de Savoie. Anne, qui se proposait de publier plus tard ces poésies, voulut tromper la jalouse susceptibilité de sa femme, en donnant le nom de Diane à un recueil de vers entièrement consacrés à célébrer la vertu et la beauté de Marguerite de Luppé.
Peu de temps après son mariage avec Diane de Châteaumorand , en l’année 1574, Anne fut pourvu de la charge de bailli de Forez, vacante par la mort de son père. Les malheurs de la France , désolée à cette époque par les guerres civiles, lui inspirèrent un petit poème , intitulé les Misères de la France pendant les années i SyS et 76. Ce poème se compose de vingt sonnets, précédés de deux sonnets dédicatoires , le premier à Henri III, le second à Henri IV. Ce der-
avec le supplément latin du même Duverdier, à la bibliothèque de Gessner, Lyon , 1 585, in-fol., p.
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nier fut hit'fé plus tard, et remplacé par- un aiiire au duc de Nemours (Saint-Sorlin) , lorsque Anne d’Urfé, ayant en vain sollicité deHenri IV le prix des services importants qu’il lui avait rendus à la fin de la Ligue, se retira de la cour et du monde.
Anne se montra toujours dévoué à la cause catholique. François de Mandelot, gouverneur de Lyon , le nomma mestre de camp de l’armée qu’il envoyait contre les paysans du Dauphiné, soulevés à la voix du tiers état de cette province. La ligue des vilains fut en peu de temps vaincue et dissipée. Mais Anne fut bientôt entraîné dans une guerre plus longue et plus meurtrière. Partisan de la Ligue, dont il ne soupçonna pas d’abord les desseins perfides et ambitieux, il prit les armes pour la défense de la foi de ses pères, et suivit le mouvement dirigé par les échevins tie Lyon. Mais quand les prétentions du duc de Nemours se furent enfin démasquées, lorsqu’il vit que les catholiques sincères n’étaient que les instruments d’une faction coupable, il embrassa la cause royale, et contribua plus que tout autre à la pacification du pays.
Les services qu’il venait de rendre furent presque entièrement méconnus. Myolans de Chevrières, seigneur de Saint-Chamond, obtint à son préjudice la charge de lieutenant général de M. de la Guiche, gouverneur en chef des pays de Lyonnais, Forez et Beaujolais. Anne, payé d’ingratitude par les deux partis qu’il avait
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servis tour a tour, résolut de vivre désormaê dans la retraite, et de demander a sa muse les consolations dont il avait besoin. C’est alors qu’il composa son Gentilhomme champaistrp. Henri IV s’efforça en vain de détourner \nne d’ürfé de ses projets de retraite, en le nommant conseiller d’Etat, et en lui envoyant le collier de l’ordre du •Saint-Esprit. Anne refusa ces récompenses tardives, et ayant obtenu du pape l’annulation de son mariage avec Diane de Château morand , il reçut, au mois de juillet de l’an i6o3 , les ordres sacrés, des mains de l’évéque de Damas, suffragant de Lyon. f.e prince Maurice, cardinal de Savoie, le nomma son vicaire général en deçà des monts; l’illustre chapitre de l’église métropolitaine de Lyon le reçut avec honneur au nombre de ses chanoines-comtes, et il devint enfin doyen de l’église collégiale et royale de Notre-Dame de Montbrison.
Anne fl’lJrfé ne renonça pas néanmoins au commerce des muses. Il s’y adonna, au contraire, avec plus fie zele et plus de succès. « Ayant assfr/; reconnu , dit-il, la vanité des honneurs motidains par ceux que j’ay possétiez , je me résollus changer de profession et par mesrae moyen de siiget d’escrire, apliqiiant ceste muse, qui avoit tant chanté les choses profanes, aux célestes et muralles, comme vous pourrez voir par se premier livre que je inetz au jour, dédié à nostre grand roy, espérant, avec l’aide de Dieu, qu’il
sera bieiitost siiivy de deux aidtres ( i). » Anne composa, en effet, un assez grand nombre de poésies religieuses, qui sont presque toutes restées manuscrites, à l’exception de cinq hymnes, imprimées à Lyon en 1608 (2). Ces poésies n’offrent rien de bien remarquable, ni pour le fond, ni pour la forme. Nous en excepterons \ Hymne, lies jénges , qui forme, avec les Discours de la Judicy une ébauche de poëine épique, dont la première partie n’a peut-être pas été inconnue à Milton. Anne d’Ürfé mourut en i6ai.
Antoine d’Urfé, le plus jeune des fils de Jacques, avait été élevé avec ses d(*ux frères, ïlonoré et Christophe, au collège que les jésuites avaient
(1) OEuvrcs spirilutilles et morale.'! du marquis tl'ürfé, inaiiuscrit de la Bibliothèque royale, déjà cité. On au i a sans doute remarqué combien est défectueuse l’orthographe d’Anne d'Urfé. Sa faute la plus grave et la plus commune consiste à confondre l'adjectif déterminatif ce, cet, cette, avec l’adjectif possessif son, sa, scs. 11 écrit indifféremment l’un et l’autre par uiif.
(a) Les hymnes imprimées d’Anne d’tJrfé forment un volume in- 4 ° de a 34 pages. Ces hymnes sont : Hymne du sainct Sacrement, dédiée au cardinal de Joyeuse; Hymne de l'honneste Amour , dédiée au roi; Hymne des Anges , dédiée à la reiwe-, Hymne delà f'ertH, dédiée au dauphin; exVHymnc de sainte Suzanne , dédiée à Marguerite de Valois. (Voyez dans les d'Urfé Ae M. Bernard, p. 108 et suivantes , des détails intéressants sur la possibilité d<‘ publier en /, voltimes toutes les œuvres d’Anne d’Urfé.)
fondé à Tournon. Il montra, dès son enfance, les plus heureuses dispositions; et l’on trouve, dans la Triomphante entrée de son frère, un anagramme et une assez longue pièce de vers qui fut peut-être composée par lui , et qu’il débita lui -même dans un intermède de la pastorale jouée dans cette occasion. Au sortir du collège, il se voua à l’état ecclésiastique. Très-jeune encore, il fut élu abbé de la Chaise-Dieu, maison de l’ordre de Saint-Benoît, située en Auvergne, sur les confins du Velay et du Forez. Quoique cette élection eût été faite régulièrement, et qu’ Antoine d’Urfé, dans un voyage qu’il fit à Rome, eût obtenu du pape l’investiture de ce bénéfice, le nouvel abbé ne put prendre possession de son abbaye qu’avec le secours d’Anne son frère, qui força la porte du monastère et s’en rendit maître par les armes (i).
Dans le cours de l’année iSqa, Antoine d’Urfé, qui n’était âgé que de vingt et un ans, fit imprimer deux ouvrages ayant pour titres : l’Honneur, premier dialogue du Polémophile, et la yaillance, second dialogue du Polémophile (2). Dans ces deux dialogues , l’auteur semble avoir
( 1 ) Voyez à cet égard une lettre très-curieuse d’Anne d’Urfé aux consuls et échevins de Lyon. Les d’ürfé , par M. Bernard, p. 38o.
Lyon, chez Jacques Roiissin; le premier, in-4° de vi et 43 pages; le second, in-4° ‘lo vi et 36 pages.
eu pour objet, surtout dans le premier, de comparer la vie active à la vie contemplative , ainsi que l’avaient fait tant de philosophes dans l’antiquité. On y reconnaît, dans la forme même, une imitation directe des dialogues de Platon , dont l’Italie avait remis la doctrine en honneur au milieu du siècle précédent, et que la France commençait à admirer, depuis que le malheureux Ramus avait payé de sa tête le droit de socraüser un peu. Les deux interlocuteurs sont l’Uranophile, ou le partisan de la vie contemplative, et le Polémophile, ou le partisan de la vie active. On reconnaît l’imitation de Platon jusquedans la mise en scène du dialogue : « Ils descendirent du roc sur lequel estoit hastie leur demeure par une crevasse naturellement entaillée de certains degrez qu’on eust jugez estre artificiels, et, après avoir quelque temps tournoyé çà et là , enfin ils se trouvèrent à l’entrée d’une prairie esmaillée de diverses fleurs, et costoyée d’un clair ruisseau, qui la formoit par son enceinte en mode d’un demy-cercle, et d’une viste course s’alloit mesler dans l’Ailier. Mais ce qui rendoit ce lieu plus agréable estoit l’ombrage espais des spatieux ormes, sur qui on oyoit d’ordinaire mille gentils ^ oiselets degoiser mignardement leur ramage. »
Les temps étaient bien changés depuis la Saint- Barthélemy. Kamus avait été accusé de favoriser l’hérésie nouvelle, et massacré impitoyablement, parce qu’il avait voulu remettre en honneur les
doctrines de Maton. Vingt ans |>ius tard, .\ntomo d'Urfé, qui appartenait a une des familles les plus catholiques de la France; Antoine d’Urfé, bénédictin et abbé de la Chaise-Dieu; Antoine d'Urfé, qui ne tarda pas à être élu évêque par les habitants de Saint'Flour, se fait l’apologiste ardent de celte doctrine suspecte. Il écrit à Honoré son frère: «Je me plains à vous, cher frère, de ce maltieiireux siècle où nous sommes, qui repreuve comme faux tout ce qu’il n’a pas accoustiimé d’ou yr : comme si sa cognoissance estoit la règle <le la vérité des choses, au lieu que s’il estoit un peu plus mfxleste, il se contenteroit de preniire la vérité au contraire pour réglé de sa cognoissance. Je dy cecy parce que j’ay sceu par quelques miens amys que plusieurs, ayant gousté la lecture de mon petit dialogue de f H onneur, ont trouvé de si mauvaise digestion la préférence que j’y donne à la secte platonique sur toutes les autres, que, pour cet accessoire, ils ont rejellé aussi toute l’oeuvre, la condauinant d’opinions extravagantes et fausses. »
L’auteur érudit et consciencieux qui nous a fourni presque tous les matériaux de ces notices . biographiques, a découvert un troisième opuscule d’Antoine d’Urfé, intitulé : É pis trc première. De la beauté quacfjuiert r esprit par les sciences. C’est le commencement d’un recueil d’épîtres morales qu’Antoine n’eut pas le temps de publier, à cause de sa mort prématurée. Cette épître
est dédiée à la reine de France, Marguerite de Valois, à laquelle Anne d’Urfé dédia, quelques années plus tard, son Hymne de saincte Suzanne. Cette circonstance de deux écrivains engagés dans les ordres, qui ne craignirent pas de dédier leurs œuvres à une femme si décriée, nous porterait à croire que la calomnie a exagéré ses fautes, et qu’elle a été plus cruelle que juste à son égard. Marguerite vivait retirée dans le château d’Usson en Auvergne , lorsque Antoine lui dédia son épître de la Beauté :
«Madame, dès la première fois que le bruit de vos grâces, vraiment fatal à tout nostre siècle, me vint frapper les aureilles, j’entray en la mesme curiosité qu’on lit de Socrates, qui, rencontrant un jeune homme de singulière beauté, après l’avoir contemplé fort longtemps, le pria de parler, à fin qu’il le peut voir, comme s’il n’eust pas encores veu le personnage mesme, d’autant que ce corps terrestre n’est que l’escorce ou habillement dont le vray homme intérieur est envelopé. De mesme aussi je m’enquis foi-t curieusement combien Vostre Majesté s’estoitestudiée d’adjouster aux dons de nature les beautez qui concernent la plus noble partie de nostre ame, c’est-à-dire l’entendement. Et Dieu sçait quel contentement je receu sçacbantla perfection que vostre divin esprit s’estoit acquise en toutes les sciences. Mais qui ne se fust resjouy voyant reluyre dans la tempestueuse mer où flottent ini-
sérableuient presque tous les esprits d’aujourd’huy, agitez de passions et ambitions autant viles et contemptible^ de leur nature que furieuses et turbulentes, un phare éminent au hâvre de tranquillité, qui semble appeler à soy ce peu de personnes qui suyvent les Muses, et ne se laissent point du tout emporter à la furie des vagues? »
Ce style vif et coloré, cette érudition peu commune à cet âge, cette haute raison que l’on remarque dans ce qui nous reste d’Antoine d’Urfé, promettaient à la France un écrivain habile, qui, tout autant que son frère, aurait hâté le développement de notre langue. Mais ce malheureux jeune homme, élu à l’âge de vingttrois ans évêque de Saint-Flour, n’eut le temps de recevoir ni la consécration canonique, ni l’investiture royale. On ne sait comment il avait encouru la haine ou les défiances de son parti; mais ce qu’il y a de certain, c’est que, forcé d’abandonner la ville de Saint-Flour, tombée au pouvoir des royalistes, il fut obligé de se réfugier en Forez, où les ligueurs de Villeret en Boannois le tuèrent d’un coup d’arquebuse à la tête, le I®'' octobre i5q4. Ainsi fut malheureusement justifiée la noble devise qu’il avait adoptée : si fata volent!
Nous avons fait connaître avec, quelques détails la vie des deux frères d’Honoré qui méritent d’être connus. Nous allons maintenant dire
quelques mois des autres, afin de compléter le tableau que nous avons commencé, et de faire connaître les destinées singulières de cette famille. Claude, le second des fils de Jacques d’Urfé, mourut enfant, et fut enterré à Châteauneuf- su r-Cher. Christophe, le quatrième, prit du service dans les années du duc de Savoie, et mourut sans enfants mâles, quoiqu’il se fut marié deux fois. Il ne restait donc , pour continuer cette famille, que Jacques, deuxième du nom, troisième fils de Jacques premier.
Jacques II prit pour femme Marie, fille de messire Antoine de Meuville , baron de Magnac en Limousin. Il en eut deux fils et quatre filles. Le second de ses fils étant mort l’année même de sa naissance, tout l’espoir de la famille reposa sur son aîné , Charles-Emmanuel de Lascaris d’Urfé. Jacques d’Urfé vécut cent seize ans. Il était né en i 5 . 57 , il mourut en 1674- Presque tous les biographes rapportent qu’il se remaria â l’âge de cent ans , et qu’il eut un fils de ce second mariage. Mais ce fait extraordinaire aurait besoin d’être appuyé sur des preuves solides; et il est impossible d’en fournir une seule, même mauvaise.
Charles-Emmanuel de Lascaris d’IJrfé eut de sa femme, Marguerite d’Allègre, six fils et trois filles. Un seul de ses fils, le plus jeune, se maria, et mourut sans enfants. Louis de Lascaris d’Urfé, qui était l’aîné, fut sacré ëvéqne de Limoges, le
lo janvier 1677, et mourut en odeur de sainteté daasMTi séminaire, le ik> juin 1693, laissant tous ses biens aux pauvres - i). Le second, François de Lascaris d’Urfé, fut doyen del’égiise de XotreiJame du Puy, et mourut au château de Bagé. Le troisième, Claude-Yves de I.^ascans, entra dans la congrégation de l’Oratoire, et fut visiteur de son ordre en 1733, Le quatrième, Emmanuel, fut doyen de l’église de Notre-Dame du Puy, après François son jière. Charles-Maurice-Bonaventure, cinqniènie fils d’Emmanuel, mourut à l’âge de trente ans, le i4 septembre 1682, sans avoir été marié. Joseph-Marie, le sixième, mourut à Paris le i 3 octobre 1724, dans la soixante-douzième année de son âge, sans avoir eu d’enfants de sa
(1) On lit (lan« le que Louis de Lascaris, fort
jeuoe encore, mais déjà possédé d'iin j^rand zèle religieux, s'avisa uujoiir de mutiler les statues antiques de marbre qui ornaient le jardin de la Bâtie , et qui y avaient été apportées par (ilaude d’Urfé, lorsqu’il était ambassadeur à Rome. Étant allé ensuite déclarer son action à son père, il lui en demanda pardon. « Mon fils, lui répondit celui-ci, vous avez été plus sage que moi; vous avez fait ce que j’aurais dA faire. » Nous aurons occasion de citer, dans la suite de ces Etudes, une anecdote fort curieuse concernant l’cvéque de Limoges. Elle est tirée des Mémoires de l’abbé Arnauld, et citée par M. Patin, dans l’article qu’il a consacré, dans le Journal des Savants , à l’examen du livre de M. Bernard. Celte anecdote prouve que le zèle religieux du saint éveque ne s’était pas affaibli dans un âge plus avancé.
femme, Ironise de Gontaut-Riron. Des trois filles d’Emmanuel, deux furent religieuses à Sainte- Claire de Montbrison.
C’est ainsi que s’éteignit la famille d’ürfé, au moment même oi'i les nombreux enfants d’Emmanuel semblaient lui promettre une longue postérité. Nous allons suivre quelque temps encore la descendance indirecte, qui, en vertu de substitutions, fit vivre ce nom glorieux jusqu’à la fin du xvin' siècle. Louis -Cbristophe de la Rochefoucauld, marquis de I^angeac, arrière-petit-fils d’Emmanuel d’IJrfé, par Françoise-Marie sa fille, releva le nom et les armes de la famille, et fut nommé, en 1724, à la place de bailli de Forez, vacante par la mort du dernier des d’Urfé. H fut colonel du régiment de la Roche-Guyon, qui p?’it alors le nom d’ürfé. il mourut de la petite vérole au camp près de Tortone, dans le Milanais, le 7 janvier 1734» n’étant âgé que de trente ans. Sa femme se rendit célèbre, dans le xviii' siècle, par l’ardeur qu’elle mit à chercher la pierre philosophale. Elle fut dupée par un grand nombre de charlatans, qui lui escroquèrent presque toute sa fortune.
Louis-Christophe de la Rochefoucauld eut trois enfants. L’aîné, Alexandre-François, marquis deLangeac, mourut âgé de neuf ans. Les deux filles furent mariées. Une seule, Adélaïde-Marie- Thérèse, laissa un héritier, sur la tète duquel passèrent tous les titres de la famille d’Urfé.
Celui-ci, réduit à un mince patrimoine, et séduit par les idées du temps, suivit en Amérique le général la Fayette. De retour en France, il embrassa avec ardeur la cause révolutionnaire, et devint l’ami de Condorcet. Mais, devenu suspect pendant la terreur, il fut enfermé dans la prison du Luxembourg, où il s’empoisonna pour dérober sa tète à l’échafaud. En lui s’éteignit entièrement cette illustre famille, qui, depuis le XII' siècle, avait joué un rôle assez important dans les affaires de la France.