CHAPITRE V
Dernières anncV« cl ‘Honore «rL'rfé ; s;i iiioil.
Honoré n’avait que trente-deux ans quand il épousa Diane, sa belle-sœur. Cette union , contractée, comme nous l’avons dit, pour des motifs d’intérêt, n’était assortie ni par l’âge, ni par le caractère des époux. Diane avait sept ans de plus que son nouveau mari, et elle était hautaine, et sottement orgueilleuse de sa beauté. Sans cesse entourée de grands chiens qui répandaient partout et jusque dans son lit une saleté insupportable, elle fuyait la société, et se retirait dans sa chambre, où sa seule occupation était de prendre des moyens pour conserver cette beauté qui la rendit célèbre. Non contente d’opposer aux impressions de l’air et aux rayons du soleil un double rempart de vitres et de rideaux, elle portait presque toujours un masque sur la figure. Segrais rapporte que le marquis d’Urfé, neveu d’Honoré, qui avait connu Diane, disait qu’elle était devenue fort grosse avec l’âge, et qu’elle était idolâtre de sa beauté. Un jour, raconte-t-il, elle fit un voyage en Forez, et vint se loger dans la petite abbaye des bénédictines de Bonlieu, qui n’est qu’à une lieue de la Bâtie. Quoique Ma-
rie de Neuville, sa belle-sœur, ii’eùt jamais été en bonne intelligence avec elle, elle ne laissa pas d’envoyer Charles-Emmanuel, son fils aîné, lui faire un compliment et la prier de ne point prendre d’autre logis que le sien. Elle s’en excusa sur ce que les vitres y étaient mal entretenues; il repartit que, depuis qu’elle en avait fait enlever les vitres de cristal qui y étaient, on avait eu soin d’y en faire mettre de verre. '( Voilà, lui répliqua-t-elle un peu émue, des discours que vous avez appris de votre mère : il en faudrait d’autres pour m’attirer chez vous(i). »
Ces défauts de Diane, et peut-être aussi Thumeur inconstante d'IIonoré, finirent par amener la froideur et la désaffection entre les deux époux. On peut croire cependant que si des enfants étaient venus resserrer les liens de cette union. Honoré aurait pu supporter plus facilement les défauts de leur mère. Mais Diane ne donnait à son mari que des espérances trompeuses. Aussi, après avoir vécu quelque temps avec elle à Châteauraorand, Honoré, désespérant d’en avoir un héritier, se sépara d’elle, mais de corps seulement, et sans formalités légales.
Ainsi l’écrivain qui a décrit avec tant de charme le bonheur et la constance des feux de l’amour, a trotivé, dans un mariage où les calculs de la
(i) Voyez le Segraisiana et Les itürjé de M. Bernard .
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fornme avaient pris la place de l’affection et dn sentiment, la juste récompense de son ambition , la froideur d’abord, et puis le dégoût et la baine. Honoré n’eut pas pour sa Diane l’inaltérable dévouement de Céladon et de Silvandre; mais comme l’inconstant Hylas, il s’éloigna par une séparation volontaire de celle qui aurait dû être toujours l’objet de ses affections.
I,e mariage d’Honoré, sa mésintelligence avec sa femme, la séparation qui en fut la suite, ne suspendirent pas ses travaux littéraires. Le Sireine avait été achevé en iSqg. Il le dédia au duc de Savoie, et en offrit à Marguerite, fille de ce prince, un exemplaire qui se voit encore dans la bibliothèque de l’Université de Turin. De lüoo à 1606, il écrivit le poème de la Savoysiade, qui est resté manuscrit, et dont quelques vers seulement ont paru, en 161 5 , dans les hélices de la poésie française de Rosset. Ce fut enfin vers cette époque qu’il commença l’ouvrage célèbre qui devait immortaliser son nom. Honoré s’élait retiré dans les États du duc de .Savoie. Il était tombé dans la disgrâce de Henri IV, tant pour la conduite qu’il avait tenue pendant la Ligue, qu’à cause de l’amour de -Marguerite de Valois , dont la médisance lui avait fait honneur. Nous devons probablement la premiéie et la seconde partie de V. 4 strée aux ennuis de cet exil volontaire.
Nous parlerons ailleurs du sn(!cès vérilable-
ment merveilleux de ce roman. Henri IV luiméme, quoiqu’il n’aimât pas l’auteur, se plaisait à la lecture de ce livre, et nous savons par un passage des mémoires de Bassompierre qu’au mois de janvier 1609, le roi, pendant une attaque de goutte, se faisait lire tontes les nuits « le livre de XAstrée, qui étoit lors en vogue (1,'. » Il était impossible que l’auteur d’un livre qui avait tant de succès n’eùt pas en même temps un grand nombre d’amis et d’admirateurs. Aussi Honoré commença-t-il dés lors à fréquenter la cour. Il partageait son temps entre le séjour de Paris et celui de la cour du duc de Savoie. Il allait quelquefois visiter ses terres, ainsi que le prouve un passage curieux de X Esprit de saint François de Sales, ouvrage de Pierre Camus, évêque de Belley : « Honoré d’Urfé, dit-il , estoit de Forests, d’une maison fort illustre, du partage de laquelle lui estoit escheu le marquisat de Valromey et la comté de Chasteauneuf , qui estoient dans mon diocèse, et quoy que son séjour ordinaire fut aux cours de France et de Savoye, ses ancestres ayant eu alliance avec les princes des Allobroges, lorsqu’il venoit en ses terres y faire quelque demeure, et y respirer cette douce liberté qui ne se trouve point dans les cours, qui est un pais d’esclavage et de servitude, j’estois pasteur de cette ouaille, et outre cette amitié
(i) Tom.XIX, I». dp la collcftion de Petitot.
particulière dont il me fnvorisoit , j’avois le bouheur de sa fréquente conversation (i). »
La troisième partie de parut en 1619,
dédiée à Louis XIII. Cette lenteur dans la pu- ^ blication s’explique par la grosseur des volumes ou parties, divisées chacune en douze livres, et par les devoirs que l’auteur avait à remplir dans la société. Devenu célèbre par le succès de son ouvrage, il était l’objet de toutes les prévenances. Il était obligé de sacrifier une partie de son temps aux devoirs de l’amitié et à la correspondance qu’entretenaient avec lui quelques-uns des lecteurs de \ À strée. 11 n’avait pas d’ailleurs renoncé à la profession des armes.
A peu près vers cette époque, il se signala dans les armées du duc de Savoie, qui lui conféra les ordres de Saint-Lazare et de l’Annonciade.
Honoré passa les dernières années de sa vie dans une petite maison de campagne près de Turin. C’est là qu’il écrivit les Paraphrases des Psaumes, la Silvamre, et la quatrième partie de ÏAstrée. Gabrielle d’Urfé, sa nièce, publia, en 1624» un fragment de celte quatrième partie, lequel diffère un peu par le fond et beaucoup plus par la forme, de celle que Baro publia trois ans plus tard. La vogue de ce roman ne faisait que
(1) L’esprit de saint François de Salcs^ p.ir Pierre (lamns, évêque de Belley, tom. VI, p. 1 19. (Paris, i(>/|0 et 16/, i , <i vol. in-8‘*.)
grandir. Il n’était pas seulement répandu en France et en Savoie ; déjà les peuples étrangers cherchaient à se l’approprier par des traductions, * et Honoré d’Urfé reçut à cette époque un témoignage précieux de l’enthousiasme que son livre excitait partout. Cette anecdote trouve ici naturellement sa place, eb nous allons la rapporter telle que nous la trouvons dans l’excellent livre de M. Bernard.
^ « Honoré d’Urfé reçut alors une lettre fort cu-
rieuse, qui lui fut adressée par vingt-neuf princes ou princesses et dix-neuf grands seigneurs ou dames d’Allemagne, qui, ayant pris les noms des personnages de \ Astrée, avaient formé, sous le nom ài Académie, des vrais amants, une réunion pastorale à l’imitation de celles de ce roman. Dans cette lettre, datée du Carrefour de Mercure, le lo mars i6a4, Honoré est supplié de vouloir bien prendre pour lui le nom de Céladon , qu’aucun des membres de cette étrange académie n’avait eu l’audace d’usurper, dans le sentiment de son imperfection. Soit que le volume publié sous le nom de la demoiselle d’Urfé ne fût pas encore connu en Allemagne, soit que ses défauts l’eussent fait rejeter tout d’abord comme un enfant bâtard, les membres de l’Académie des vrais amants prient instamment l’auteur de \ Astrée de vouloir bien leur donner enfin la quatrième partie, qu’ils attendent depuis si longtemps, l’assurant qu’ils ont relu si
souvent les trois premières , qu’ils pourraient sans peine, grâce à leur mémoire, les l'edonner au monde, supposé que tous les volumes en fussent anéantis. Honoré d’Urfé fit à cette lettre ' une réponse, qui est datée de Châteaumorand , le lo mars ifiaS, précisément un an après. Elle ne contient rien de remarquable ; seulement il dit aux princes allemands qu’il se trouve trop honoré de leur épître, et qu’il leur dédie nonseulement la quatrième partie de XAstrée, mais encore toutes les productions de sa plume (i)- » Celte lettre singulière, envoyée à l’auteur ^ de XAstrée par X Académie des vrais amants, est sans contredit un des monuments les plus curieux des moeurs et de la société du commencement du XVII® siècle. C’est comme un souvenir des anciennes Cours d’amour , renaissant au milieu de la rêveuse Allemagne. Nous verrons, quand nous nous occuperons plus particulièrement de XAstrée, quelques salons de Paris, au milieu du xvii® siècle, s’occuper encore des aventures de XAstrée, et engager sérieusement des paris sur quelques points obscurs de la géographie de ce roman : tant fut profonde et durable l’impression produite par ce livre! *■
Malheureusement Honoré d’IJrfé n’eut pas le temps de l’achever et de le porter à sa perfection. Après un dernier voyage en Forez, il re-
(i) Ij’s d'Urfé , par M. Bernard, p. i66.
passa les Âlpes qu’il Tie devait plus revoir. « La dernière fois que mes yeux eurent le plaisir de le voir, dit Pierre Camus, il passoit en Savoye, |Ct de là en la guerre de Piémont, où il mourut idans une assez grande charge et parmy les fonc- (tions militaires. Il me vint de sa grâce dire adieu ; il désira pour la prospérité de ses armes la bénédiction de son évesque; et le dernier repas qu’il ait fait en France fut chez nous, où parlant de mon Agathonphile et de ma Panhenice, qu’il avoit leus, disoit-il, avec contentement, il ajouta : C’est à cette heure que je puis dire :
Terras A.stræa reliqiiil.
Si vous continuez , vous ferez perdre terre à tous les romans. Je luy dy que sous un monarque si juste que celuy qui nous commande, nous devions faire de meilleurs présages, et dire plustost :
terras Astræa gubernat.
La mémoire de ce seigneur, qui m’est douce comme l’espanchement d’un parfum, me sera en esfernelle bénédiction (i). »
L’éclat dont brilla le roman de \ Astrée contribua peut-être à jeter dans l’ombre les dernières années d’Honoré d’Urfé. Aussi nous pardonnera-
(i) L’cs/irit de saint François de Sales, loin. VI, ]i. l'^a.
t-oi) (le i*ecueillir dans les auteurs contemporains tous les souvenirs qui se rattachent à cet homme illustre. Nous trouvons, dans le premier volume de la Bibliothèque des Romans , un opuscule du célèbre Patru , contenant quelques détails intéressants sur tes dernières années d’Honoré. C’est un travail très-curieux sur donnant l’explicalion des motifs qui portèrent l’auteur à écrire ce roman, et faisant en même temps connaître les personnages contemporains dont Honoré a voulu peindre le caractère et raconter l’histoire dans son ouvrage. Nous aurons plus tard à revenir sur ce document; nous allons seulement en extraire ce que Patru raconte de ses relations avec Honoré d’Urfé :
«Puisque vous me l’ordonnez, madame, je veux bien vous obéir; mais je crains que ce peu d’éclaircissement que je pourrai vous donner ne contente ni votre curiosité, ni l’extrême passion que j’ai de vous plaire. Lorsqu’en mon voyage d’Italie, je passai par le Piémont, je vis l’illustre d’Urfé; et je le vis avec tant de joie, qu’encore aujourd’hui je ne puis penser, sans plaisir, à des heures si heureuses. Il avoit cinquante ans, et davantage; je n’en avois que dix-neuf; mais la disproportion de nos âges ne me faisoit point de peur. Bien loin de cela, je le cherchois comme on cherche une maîtresse; et les moments que
(i) Miliin, i7yo, piTinier vol., p. 17^
je passois auprès de lui ne me duroient guère plus qu'ils ne me durent auprès de vous. 11 m’aimoit comme un père aime son fils. S’il avoit le moindre loisir, j’avois aussitôt de ses nouvelles; il me menoit aux promenades ; il me fit voir tout ce que je voulois voir du grand monde et de la cour de Savoie; mais tout cela avec tant de témoignages de tendresse et de bonté, que je serois un ingrat si je n’en gardois éternellement la mémoire. Je le vis donc pendant trois semaines que je séjournai à Turin. Dans nos entretiens, il me parloit de diverses choses; mais, pour moi, je ne luiparlois que de son Astrée. Il n’y en avoit alors que trois volumes d’imprimés, et je les savois presque par cœur, parce que je les lisois même au collège. Ainsi, il n’étoit ni berger, ni bergère du Lignon que je ne misse sur les rangs; mais toujours je revenois à la belle Astrée; car, outre que parlant d’elle avec admiration, comme je faisois, ce discours ne pouvoit être que trèsagréable à notre héros; avec cela, je vous confesse que pour l’amour, l’humeur de cette divine fille est tout à fait de mon goût; et si vous m’en demandez la raison, c’est que son cœur, à la vérité, est d’une conquête difficile; mais du moment qu’il est à vous, il est à vous tout entier.
«Or, pour revenir à notre propos, je savois déjà quelques vérités de \ Astrée. Feu mon frère ainé, qui étoit alors assez dans le monde, in’avoil appris ce qui s’en disoil. Je connoissois, par
exemple, (ÀMadon et sa bergère; je enniioissois Daphnide, Célidée, et leurs amants; mais ce peu de conuoissaiice étoit mêlé de tant d’incei titude et d’obscurité, qu’à vrai dire, ce n’éloit presque rien savoir. Cependant je me servois de ces petites lumières pour faire parler notre illustre. Tantôt je lui demandois s’il étoit vrai qu’il fût Céladon , que le grand Euric fût Henry le Grand, et ainsi des autres personnages de ma connoissance. Il me répondoit toujours que c’étoit bien peu que dix-neuf uns , pour me confier tant de secrets d’une si haute importance. Car, ajoutoit-il, il y a des princes et des princesses, il y a des rois et des reines qui montent sur notre théâtre; et je ne puis vous entretenir de leurs passions , sans vous découvrir beaucoup de choses, dont peut-être, à l’âge où vous êtes, vous auriez peine de vous taire. Tous ces refus ne purent me rebuter; je revenois toujours à mon point. Enfin, un après-diner que je le pressois avec toute la chaleur que vous pouvez vous imaginer : Je vous promets, me dit-il, qu’à votre retour je vous donnerai tout ce que vous souhaitez; et toutefois, lui répondis-je, je n’aurai alors que vingt ans. Cela est vrai, reprit-il en m’embrassant; mais, avec les lumières et les inclinations que vous avez , ce n’est pas peu qu’une année de l’air d’Italie; et d’ailleurs, vous étonnez-vous si, avant que de mourir, je veux vous voir, au moins, encore une fois •’
« Il n'y a que vous, madame, qui me puissiez donner pins de joie. Je pensois déjà tenir cette clef si ardemment désirée; je croyois déjà savoir tous les mystères de l’ingénieuse tromperie de Climante, et de l’immorteileFontainede la vérité d’amour. Mais cet homme divin, qui m’avoit donné de si douces espérances, cet homme qui méritoit de vivre toujours, je le trouvai mort à mon retour. Je ne puis vous dire combien cette perte me fut sensible; j’en pleurai à chaudes larmes; et je ne sais ce que je fusse devenu , si, en ce temps-là, j’eusse pu prévoir que vous seriez curieuse, un jour, de tout ce que je venois chercher inutilement à Turin.»
Ce récit, plein de grâce et de sentiment, n’est pas seulement un monument précieux de notre histoire littéraire, nous prouvant, par le témoignage d’Honoré lui-même, que XAslrée, sous le voile d’une ingénieuse allégorie, nous offre le tableau de la société contemporaine; nous y trouvons, en outre, une peinture délicate du caractère de notre écrivain. Cette bienveillante affabilité, cette douce sympathie de l’homme qui a vécu pour le jeune homme avide de connaître; cette réserve, cette délicatesse de l’auteur, craignant de soulever le voile et de laisser pénétrer le mystère de son oeuvre; tout enfin, jusqu’à ces pressentiments d’une mort prochaine, jette sui la figure d’Honoré je ne sais quelle teinte d’une tristesse calme et majestueuse. On dirait, enel-
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fet, qu’Honoré ait vu arriver le terme de sa vie, quoiqu’il fût d’un âge qui lui aurait permis d’espérer encore dedongues années, il commençait déjà à se préoccuper de cette vie future, qui est le port et la véritable patrie pour l’âme chrétienne, agitée par les tempêtes du monde. De la Mure dit que , sur la fin de sa vie, Honoré s’occupait d’ouvrages de dévotion , et que, dans sa dernière maladie, il diata aux assistants une pal’aphrase en prose de l’hyn^ne Stabat mater dolorasa, qui était restée dans les archives de la maison d’Urfé, où il put la lire(i). C’est prohahlement à cette époque, et peu de temps avant ■sa mort , que furent achevées et imprimées la Paraphrase, des cantiques de Salomon, et ses autres poésies sacrées.
Il commençait déjà, quoiqu’il ne fût âgé que de cinquante-sept ans, à ressentir les incommodités de la vieillesse J il éprouvait depuis quelque temps un affaiblissement dans la vue. Cependant, au mois de juin i6a5, il se trouvait à l’avantgarde de l’armée qui prit la Piève, ville de l’État de Gènes, qui s’était soulevé à l’instigation de l’Espagne. Mais c’était là son dernier exploit et sa dernière bataille. Une chute de cheval, aggravée par les rudes travaux de la guerre, le
(i) Bibliothèque jnrt'-siennc , maniiscril «!*■ la liihliolh<‘(|ii(' |iiil)li(|iic <!(■ Moiitlii'isnii , dir par M. ReriianI, p.
força (l’abandonner l’année , et de se retirer à iGênes. Il se fit ensuite transporter à Villefranche jen Piémont, ou il mourut, le i*' juin ifiaS , assisté , dans ses derniers moments, par Charles- Emmanuel son neveu , et par mademoiselle d’Urfé, sa nièce (i).
Gioflfredo, dans son Histoire des Alpes maritimes, dit que son corps fut porté à Turin, pour y être enseveli avec hotineur. Mais le passage suivant , (‘xtrait de la préface de la cinquième partie de \ A strée par Baro, semble prouver que les cendres d’Honoré furent transportées en France, et ensevelies à Bonlieu, sépulture ordinaire de la famille d’Urfé. Baro s’adresse à labergère Astrée elle-même : « Prends garde, lui dit-il, si tu ne veux m’offenser cruellement, de ne retourner point sans moy revoir le lieu bienheureux qui te donna ta première nourriture, et qui triomphe aujourd’huy de la despouille de ce corps, qui fut autrefois l’organe de l’esprit qui te forma; le désir qui me presse de t’y accompagner, est si beau et si violent, que la crainte dy trouver des obstacles, fait que j’ai presque autant de passion à craindre une bonne fortune, que les autres en ont à la rechercher. Ce sera alors que Lignon, succédant à l’amitié de son maistre et du mien, me redira confidemment les plus doux secrets qui ont été fiez à ses ondes, et
(i) Les d'UrJé,^. 169.
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chaque jour veiTa naistre de nouvelles fleurs que j’iray semer sur son tombeau. »
Non loin du château de la Bâtie on voit un petit tertre, bordé autrefois de six arbres, qu’allait arroser un bras du Lignon, ainsi que semble l’indiquer la forme du terrain. Ce tertre, jadis caché dans un petit bois, portait le nom de Tombeau de Céladon, et servait de but de promenade aux visiteurs. Aujourd’hui , tout a disparu. Le petit bois a été <léfriché; if ne reste des arbres qui bordaietit le tombeau que deux tilleuls à demi brisés par les orages , et le Lignon s’est retiré comme indigné de tant de profanations. La culture aura bientôt fait disparaître ce qui reste de ce monument précieux , et la tradition seule conservera le souvenir d’un tombeau où dorment peut-être les cendres de l’auteur de \ 4. si rée.