Phèdre, p. 267 d
'2. Lysias. Isée, XX. De la puissance de Déintsth., III.
La question ne peut plus se poser ainsi. Lysias n'eut pas à transformer véritablement sa manière d'écrire : il ne fit qu'en corriger les défauts. La déclamation sur l'amour, qui, dans l'un et l'autre cas, soit qu'on l'accepte pour une œuvre originale, soit qu'on y voie une ingénieuse imitation, nous fait le mieux connaître son talent comme sophiste, présente déjà beaucoup des qualités qu'on admira plus tard dans son style .
Il y eut en lui des dispositions naturelles qui persistèrent sous les influences dangereuses de la Sicile. De plus, il était Athénien ; c'est à Athènes qu'il avait passé toute son enfance et commencé sa jeunesse. L'impression de cette première éducation fut assez forte pour l'accompagner dans sa nouvelle patrie, et plus tard même, après son retour à Athènes, pour le prémunir contre le contact de la foule des rhéteurs étrangers. Aussitôt il se distingua au milieu d'eux par le tact et la délicatesse de son esprit et par son juste sentiment de l'expression.
En outre, parmi les sophistes, il faut distinguer deux écoles : l'école poétique et théâtrale, représentée par Gorgias, qui, au milieu des applaudissements de toute la Grèce, transportait dans la prose certaines qualités lyriques, et l'école pratique, qui, née au milieu des troubles de Syracuse, chercha moins à briller qu'à persuader. Celle-ci
dut viser davantage à la rigueur dans l'argumentation et à la précision dans le style : ce fut celle qui contribua à former Lysias.
Il faut aussi penser que ce grand mouvement des sophistes, malgré ses excès et ses erreurs, fut loin d'être stérile pour la littérature grecque. Ils rendirent en particulier de grands services à la langue de la prose. La plupart d'entre eux firent des études sur les éléments et les ressources du langage, sur les tours, sur les mots eux-mêmes dont ils cherchaient à fixer l'étymologie, la déclinaison, le sens. Ainsi la grammaire était fort en honneur et tenait une grande place dans la science de ces génies ambitieux qui se flattaient de tout connaître. Elle excitait le même enthousiasme que la poésie ; elle était enseignée, peut-être en vers, par des poètes dithyrambiques comme Licymnius de Paros. La langue était comme un bon instrument qu'on apprenait à faire résonner, et la hardiesse en même temps que l'incertitude de ces essais suffisaient pour attacher la curiosité et pour charmer les oreilles. On voit aisément combien ce travail préparatoire fut utile à ceux qui surent les premiers, comme Lysias, donner au langage ses applications légitimes.
On a reproché l avec raison à Lysias d'avoir con-