Nom donné aux étrangers domiciliés
de cent cinquante mille hommes, prêts par reconnaissance à braver tous les dangers pour délivrer leurs bienfaiteurs de la plus affreuse appréhension : « Car il est bien différent de vivre dans l'égalité, sous l'autorité toute-puissante des lois, ou d'être réduits sous l'empire d'un seul tyran, livrés au bon plaisir d'un seul maître. Mais, nécessairement, ou bien le règne des lois entretient le sentiment de la liberté, ou bien la domination d'un seul nourrit chaque jour les âmes de la pensée de l'esclavage. » Telles étaient les idées qui préoccupaient alors tous les bons citoyens et qui justifiaient la proposition d'Hypéiïde : « Ce n'est pas moi qui l'ai faite, s'écriait-il; c'est la bataille de Chéronée. » Et aux questions que lui adressait au nom de la loi son adversaire, il faisait cette réponse célèbre : « A quoi bon ces interrogations répétées?... As-tu écrit dans le décret que la liberté fût accordée aux esclaves''? — Oui, pour que les hommes libres ne fussent pas réduits en esclavage. — As-tu écrit qu'on rappelât les exilés? — Oui, pour que personne ne partit en exil. — Tu ne voyais donc pas les lois qui défendaient ces propositions ? — Non, car les armes des Macédoniens m'en cachaient le texte. » Comment des juges, patriotes et athéniens, auraient-ils résisté à ces arguments?
Peu de temps après, entre 338 et 336, Hypéride
fut à son tour accusateur. Il poursuivit l'orateur Démade à propos d'un décret par lequel celui-ci voulait faire déclarer proxène, c'est-à-dire hôte public d'Athènes, l'Olynthien Euthycrate. A la fin de son discours, il proposa cette nouvelle rédaction du décret de proxénie : « Il a été décidé qu'Euthycrate sera proxène, parce que ses actions et ses paroles sont toutes dans l'intérêt de Philippe; parce que, remplissant les fonctions d'hipparque *, il a livré à Philippe la cavalerie des Olynthiens; parce qu'en agissant ainsi il a causé la perte des Chalcidiens ; parce qu'après la prise d'Olynthe il a été chargé de fixer le prix des captifs; parce qu'il a été l'adversaire de notre ville dans l'affaire du temple de Délos; parce qu'après la défaite de notre ville à Chéronée il n'a enseveli aucun des morts ni délivré aucun des prisonniers. » Cette récapitulation ironique des titres d'Euthycrate nous dit clairement pourquoi Démade le soutint et pourquoi Hypéride l'attaqua. Il n'était pas aussi facile d'attaquer la décision qui venait de décerner le même honneur aux deux compagnons d'Alexandre, Alcimaque et Antipater, chargés avec lui par Philippe de porter aux Athéniens les conditions de la paix après Chéronée. Hypéride s'en dédommageait sur un ennemi plus accessible à ses