‹ Études sur l'éloquence attiqueChapitre 3 sur 51 · Quintilien, Inslit. oral., III, i · texte numérisé non relu

Quintilien, Inslit. oral., III, i

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clamèrent hautement leur culte pour l'art en luimême; ils firent de la parole, non plus l'instrument plus ou moins docile du raisonnement et de la passion, mais une puissance supérieure et universelle qui, existant par elle-même, dominait tout, idées, sentiments, connaissances, et même tenait lieu de tout. Ils enseignaient donc les lois et les procédés, les ressources et les effets de la parole, et déclamaient eux-mêmes devant un auditoire ravi de brillants modèles. Leur succès fut immense. Athènes était déjà la ville des arts; les goûts littéraires du peuple et son amour des spectacles étaient depuis longtemps éveillés par le magnifique développement de la poésie dramatique. Il subit le charme de ces nouveautés, et l'éloquence hésita un instant entre deux voies, dont Tune l'eût conduite prématurément aux tristes abus qui signalèrent sous l'empire les déclamateurs romains; c'est en suivant l'autre qu'elle arriva à produire Démos- I thène.

Si les Athéniens échappèrent au danger, il faut en faire honneur avant tout à leur génie et à leurs institutions, qui, en dehors des exercices factices des écoles, les appelaient aux luttes réelles et vivantes de la place publique et des tribunaux. Cependant il y eut des hommes qui les aidèrent beaucoup dans ce mouvement salutaire : avant tous il faut nommer Socrate, l'adversaire constant

et victorieux des sophistes; mais si le premier rang lui appartient incontestablement, après lui il faut réserver une place à Lysias qui, vers le même temps, se sépara, lui aussi, des sophistes, et qui éclipsa ceux qu'on put regarder comme ses prédécesseurs dans l'école rivale. Son action, toute littéraire, fut très-efficace, parce qu'il enseigna par l'exemple et donna lui-même les modèles de sa théorie.

Tel est le rôle que Lysias remplit dans cette intéressante époque où se caractérisa l'éloquence athénienne. Chose étrange! élevé en Sicile, il y avait été le brillant disciple de Tisias, et, selon l'opinion la plus commune, revenu à Athènes seulement dans un âge avancé 1, il y avait d'abord conservé les traditions de son maître. Un jour vint cependant où de lui-même il s'attacha à un genre plus vrai, et il y montra de telles qualités que le génie athénien se reconnut dans ses ouvrages et le proposa désormais comme le plus parfait modèle d'atticisme. Ses titres à cet égard demeurèrent inattaquables : à ce point que le nom de cet homme, qui n'avait compo.-é aucune harangue politique et qui faisait métier d'écrire des plaidoyers pour les autres, vint inquiéter Cicéron au milieu

1. Il est plus probable, comme l'a établi Weslermann, qu'au moment de son retour ou peut-être de son arrivée à Athènes, Lysias n'avait que dix-neuf ans.

de ses éclatants triomphes, et fut mis en tête de toute une école d'orateurs romains.

Je me propose d'étudier les causes de celte influence et de cette gloire de Lysias ; je veux examiner aussi jusqu'à quel point il en a été digne et ce que vaut en lui-même le système d'éloquence qu'il a inauguré dans l'antiquité.

Le temps a beaucoup maltraité Lysias ; chez les anciens, on faisait circuler sous son nom 425 discours,-parmi lesquels 230, selon Denys d'Halicarnasse et Gécilius , 233 suivant Photius, étaient seuls authentiques. Nous n'en avons aujourd'hui que 34, dont beaucoup sont incomplets et mutilés. Cependant ces ressources suffisent pour ce que je voudrais faire; je serai même obligé d'en négliger une partie. Parmi les discours de Lysias que nous possédons, il en est qui appartiennent à sa première manière ou qui s'en rapprochent, par exemple le discours sur l'Amour, si l'on en admet l'authenticité, et lOraison funèbre. Ce sont ses plaidoyers que l'admiration de l'antiquité nous désigne pour sujets d étude; c'est là que nous pourrons espérer de le trouver véritablement, surtout dans quelques-uns où le jugement des anciens guide les incertitudes de la critique moderne.

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