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pouvait y faire deux parts : Tune simple, franche, pure; l'autre pleine de complications, de compromis, de misères. Il fallait tout accepter à la fois, si l'on voulait agir avec intelligence et efficacité, et se consoler, si l'on pouvait, de firïdignité des moyens par la noblesse du but. Quand on s'engage dans la mêlée, il faut bien prendre son parti de la poussière et du sang. On cite Lycurgue et Phocion comme des exemples d'une probité supérieure : est-il sûr qu'ils aient eu au même degré l'intelligence de leur époque, et qu'ils aient été d'aussi grands citoyens? Si cette intelligence de son pays et de son temps avait été moins grande chez Démosthène, il aurait offert moins de prise aux attaques de ses ennemis, et en particulier dans l'affaire d'Harpale il n'aurait pas été sacrifié. Dans ces années de dissolution et de crise, pendant lesquelles Athènes disputa aux Macédoniens les restes de son indépendance, sa politique dut varier au gré de circonstances dont elle n'était pas maîtresse. Celui qui voulait la bien conseiller et qui se donnait vraiment à elle, devait suivre d'un œil clairvoyant et attentif les vicissitudes le plus souvent menaçantes des événements et y conformer son langage : il était condamné à des variations que la malveillance pouvait interpréter contre lui. Dans l'affaire d'Harpale, il y eut deux hommes qui furent à l'abri des soupçons : Phocion et Hypéride (une
épigramme de la comédie contre ce dernier n'eut aucune conséquence sérieuse). Pourtant leurs causes ne pouvaient se confondre, car ils étaient aux deux points extrêmes de la politique athénienne. Mais c'est cela même qui les protégea : partisans obstinés et quand même, celui-ci de la lutte, celuilà de la soumission , ils défiaient la médisance. Chacun de ces deux rôles était simple à garder et propre à faire valoir le caractère. Mais Démosthènc qui ne put prendre aucun des deux, qui ne voulut ni sacrifier tout d'un coup la dignité de son pays, ni le précipiter dans des entreprises insensées, qui, dans ce combat inégal contre les événements, ne recula que pas à pas et aima mieux cependant prendre la responsabilité des concessions que de rester spectateur impassible d'une ruine imminente, il fut facile à ses adversaires de mettre en opposition ses paroles du jour avec ses paroles de la veille, et d'expliquer dans le sens de leur haine cette apparente contradiction. Plus aveugle ou plus égoïste, il eût exposé à de moindres périls sa fortune, sa vie et même son honneur. Après sa condamnation, il déplorait, raconte-t-on, la destinée des hommes d'État athéniens et se repentait de son dévouement. Il avait tort; car rien, pour son âme noble et passionnée, n'eût égalé les âpres jouissances qu'il goûta dans sa carrière oratoire ; et, parmi tous ces hommes éloquents ou coura-
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geux, Hypéride, Phocion, Démade, que ne devait pas d'ailleurs épargner davantage la rigueur de ces temps, c'est lui qui, en dépit de quelques nuages, garde pour la postérité le nom le plus brillant et dont la vie politique et l'éloquence obtiennent le plus pleinement notre sympathique admiration.