‹ Études sur l'embryologie des chéiroptèresChapitre 2 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Origine et objet de ce travail. — Nous avons entrepris les présentes recherches tout d'abord dans le but d'étudier uniquement le placenta des Chéiroptères; mais nous nous sommes trouvé en présence de faits si intéressants, et nous avons pu disposer de matériaux relativement si abondants, que nous avons dû élargir singulièrement le champ de nos études, de manière à présenter aujourd'hui leur résultat non seulement au point de vue du placenta et des annexes embryonnaires (amnios, vésicule ombilicale, allantoïde), mais encore au point de vue de la segmentation de l'œuf, de la formation des feuillets, et du développement du corps de l'embryon et de quelques-uns de ses organes.

Étudier le placenta des Chéiroptères était pour nous chose toute indiquée après nos recherches sur le placenta des Rongeurs et des Carnassiers. En effet, ces études sur la placentation de divers mammifères sont entreprises pour aboutir, comme terme final, à l’interprétation du placenta de la femme, et, si précieuses que soient les données comparatives fournies par les Carnassiers, et surtout par les Rongeurs qui ont un placenta discoïde, plus significatives encore doivent être celles fournies par les mammifères moins éloignés de l'espèce humaine. Nous n’entrevoyons guère la possibilité, pour nous, de disposer de femelles de singes à des stades de la gestation assez nombreux et assez variés pour entreprendre une étude com-

plète du développement de leur placenta '. C’est pourquoi il était indiqué de faire des recherches chez les chauves-souris. Ces animaux en effet ont, à bien des égards, des analogies avec les lémures, et Linné en faisait une des grandes divisions génériques de ses primates, renfermant aussi l’homme et les singes. Si Cuvier les associait aux Carnassiers, il a paru préférable aujourd'hui aux zoologistes de regarder les Chéiroptères comme un groupe à part, et d’en faire un ordre spécial, placé, dans les classifications actuelles, entre celui des insectivores et celui des primates. Leurs mamelles, au nombre de deux seulement, sont pectorales, comme celles des singes, et leur pénis est libre, ce qui les rapproche aussi des quadrumanes. C’est donc particulièrement par leur appareil de la reproduction que les Chéiroptères ressemblent aux mammifères les plus élevés; et en effet les femelles ont l'utérus simple (mais bicorne); elles sont en général unipares, et dans certaines espèces on aurait constaté la présence d'un flux menstruel. Le placenta est discoïde.

Du reste, dès mes premières recherches sur le placenta des Rongeurs, j'avais été pour ainsi dire invilé par les circonstances à entreprendre l'étude du placenta des Chéiroptères. Ces circonstances ont été indiquées avec détail dans les pages d'introduction du mémoire sur le Placenta des Rongeurs (p. 8 et suiv.); nous les rappellerons rapidement ici. Un mémoire de Frommel (Ueber die Entuickelung der Placenta von Myotus Murinus; Wiesbaden, 1883), paru au moment même de mes premières communications, à la

1. On ne peut interpréter sérieusement la constitution d’un placenta qu’à la condition de suivre, sans lacune, toutes les phases de son développement. Notre conviction est si profonde à cet égard, que nous n'avons jamais recherché à nous procurer quelque pièce rare d’un mammifère exotique en gestation. Que nous dirait une pièce unique, pour laquelle nous n’aurions pas l'espoir de pouvoir étudier les stades qui précèdent et qui suivent celui qu’elle représente? Elle soulèverait des problèmes, que nous serions tenté de résoudre par des hypothèses; et nous savons combien ont été heureuses les hypothèses faites à propos de la constitution du placenta. Avant d’avoir recours à ces pièces rares et uniques, il faut épuiser la série des mammifères dont nous pouvons recueillir en abondance les pièces sériées. A cet égard les sages paroles de Daubenton sont à reproduire ici : « Nous ne pouvons, dit-il, faire que des observalions imparfaites sur-les productions de la nature que l’on arrache de leur pays natal pour nous les apporter; au contraire, celles qui naissent sous nos yeux nous donnent le temps, la commodité et le grand avantage de les voir en différents états et sous toules les faces qui peuvent réfléchir quelques lumières ; ce n’est donc qu'après avoir assez vu et bien connu les productions de notre pays que nous devons chercher à connaitre celles des pays étrangers, qui ne nous sont indiquées que par des relations faulives, ou ne nous parviennent que déligurées. » Daubenton, Mémoire sur les chauvessouris (Mémoires de l’Acad. roy. des sciences, année 1759, p. 374).

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