‹ Études sur l'embryologie des chéiroptèresChapitre 3 sur 37 · GA UE · texte numérisé non relu

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Société de Biologie, sur le placenta du lapin, m'avait amené à penser que, quoique cet auteur fût arrivé à des conclusions différentes de celles que j'avais formulées pour les Rongeurs, l'examen de ses belles planches m'autorisait à conclure que le processus formalif du placenta serait très analogue ou même exactement semblable chez la chauve-souris et chez le lapin. Je communiquai cette remarque à la Société de Biologie (6 octobre 1888), el la publication de cette note amena aussitôt, à la même société (3 nov. 1885), la communication d'une lettre dans laquelle le professeur Van Beneden déclarait qu'il venait de vérifier, sur le Murin, ma conclusion antérieure, c’est-à-dire une parfaite analogie avec ce que j'avais conclu de mes recherches sur le lapin et le cochon d'Inde. Nous aurons, au cours du présent travail, à exposer et discuter avec soin les descriptions de Frommel et celles de Van Beneden. Je n'ai rappelé ici ces faits que pour montrer comment j'étais réellement tenu d'étendre mes recherches des Rongeurs aux Chéiroptères. Mais j'ai dû d’abord étudier le placenta des Carnassiers, étant arrivé à réunir sur ce sujet les séries de pièces nécessaires, alors que je ne possédais encore aucun utérus de chauve-souris en gestation.

On peut, en effet, pour le lapin, le rat, la souris, le cochon d'Inde, comme pour le chien et le chat, se procurer des femelles gravides à toutes les époques de l’année. Pour la chauve-souris, comme pour la taupe, il n’est, dans toute l’année, qu'une courte période qui fournisse des femelles pleines ; avant et après cette période, toutes les récoltes des animaux ne donnent aucune pièce utile à l’embryologiste. Nous allons, dans un instant, faire l’histoire de la période génitale des Chéiroptères indigènes; mais disons tout de suite quelles conditions ont retardé nos récoltes.

Déjà, en 1882, étudiant certaines parties de l'encéphale !, j'avais dû me procurer des chauves-souris. J'en avais recu un envoi composé de six sujets ; chose singulière, ces six sujets étaient six femelles (nous verrons plus loin que les femelles pleines paraissent se réunir par groupes, dans leurs retraites diurnes, isolées des mâles), qui toutes avaient mis bas, pendant le trajet, dans la cage où elles étaient expédiées. Or cet envoi m'avait été fait dans la première moitié du mois de juin. Le souvenir de ce fait m’engageait donc à faire faire mes récoltes en mai. D'autre part, je trouvais, dans un mémoire de

4. Mathias Duval, la Corne d'Ammon ; morphologie et embryologie (Arch. de neurologie, 1881-1882, n°* 6 et 7).

ASE Van Beneden, auquel nous ferons plus loin bien des emprunts !, la mention suivante : « En avril et en mai presque toutes les femelles sont pleines, et il est rare d'en ouvrir une qui n'ait pas d'embryon ». Je pris done des mesures pour me faire expédier en avril et mai 1892 des chauves-souris, recueillies par le gardien d’une grotte, dans le midi de la France. Notons ce détail, qu'il s'agit du midi de la France, que le printemps de 1892 fut particulièrement précoce et chaud, et que, malheureusement, par suite de malentendus, le premier envoi ne fut fait que le 1° mai. Il ne contenait que des mäles. Un second envoi, fait le 15 mai, contenait de nombreuses femelles, la plupart en gestation très avancée (utérus presque du volume d’une cerise), quelques-unes seulement avec un utérus peu renflé et ovoide, c’est-à-dire en apparence dans les premiers stades de la gestation. Or l'étude de ces dernières pièces montra, à ma grande déception, que ces utérus étaient déjà débarrassés du produit de la gestation, qu'ils se trouvaient en état de régression, après parturition. Et en effet l'envoi qui suivit donna des femelles à terme et quelques femelles en lactation. J'arrêtai ces envois; c'était une année perdue; il fallait attendre jusqu’au printemps suivant. Je donne tous ces détails afin de bien marquer, comme il a été dit à propos de la chienne et de la chatte, mais pour d’autres raisons, que dans les études de ce genre, le plus difficile, le plus important, et par suite ce qui doit être l’objet de tous nos efforts, c'est de se procurer la série des pièces d'étude.

Pour le printemps de 1893 je pris bien à l'avance mes précautions; auprès de toutes les personnes avec qui je suis en relation, je m'informai de l'existence possible de retraites de chauves-souris dans leur voisinage. Environ vingt personnes me promirent des envois; sur ces vingt personnes, sept seulement purent réaliser leurs promesses, les autres s'étant fait illusion sur la présence d’abondants Chéiroptères dans leurs régions ou sur la facilité de les capturer. Mais de ces sept sources, quelques-unes donnèrent avec une abondance particulière. Je fis commencer les envois dès le 11 mars. Je ne commencai à trouver des utérus gravides que le 4 avril; et le 25 mai il ne m'arriva plus que des femelles en lactation, avec utérus en régression. C’est donc, en prenant une large

1. Van Beneden et Ch. Julin, Observations sur la maturation, la fécondation et la segmentation de l'œuf chez les Chéiroptères. (Arch. de biologie, 4880, t. I. Voir p. 561.)

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limite, du 1° avril au 31 mai, qu'il faut faire les récoltes nécessaires pour l'embryologic des Chéiroptères.

Mes principaux lieux de récolte, que j'aurai soin d'indiquer ci-après à propos de chaque observation (celle indication peut être utile parce que ces lieux sont de climats très différents), ont été : une localité de la Touraine où sont de grandes et profondes carrières abandonnées (Saint-Paterne en Indre-et-Loire); une grande carrière près d'Avignon; une caverne près de l'antique ville des Baux (près Arles, Bouches-du-Rhône); les vieilles tours des remparts d’Aigues-Mortes; et enfin les cavernes voisines de Banyuls.

Or, malgré des envois multipliés, provenant de localités si diverses, je n'ai pu encore réunir des séries de pièces absolument sans lacunes. J’ai recu des Murins, des Rhinolophes et des Pipistrelles !. Pour le Murin, qui, dans toutes les localités, a donné le plus grand nombre de sujets, j'ai eu en abondance tous les stades nécessaires pour l'étude des annexes de l'embryon et du placenta ; mais, comme on le verra ci-après, il me faudra réunir de nouveaux matériaux pour compléter l’examen de la segmentation et de la formation du blastoderme. Le Rhinolophe m'a donné à peu près tout ce qui est nécessaire pour le placenta, mais rien ou presque rien pour les premiers développements de l'œuf. Quant à la Pipistrelle, je n’en possède que quelques stades séparés par de grandes lacunes. Cette insuffisance de pièces s'explique par les faits et considérations suivantes : les envois ont presque toujours été singulièrement homogènes, non mélangés; c'est-à-dire que chacun ne renfermait qu'une espèce, le plus souvent qu'un sexe, et que

1. J'avais pensé d’abord que tous les chéiroptères indigènes avaient un placenta semblable et évoluant exactement de mème, de sorte que je ne pensais pas tout d’abord à déterminer les espèces reçues. Mais ayant constaté des différences dans la forme des utérus en vacuité, et dans celle du renflement de gestation, j'ai vu que celte détermination est nécessaire, et qu’elle est importante même au point de vue de l'étude du Placenta.

La classification des Chéiroptères a été l'objet d'une importante étude de la part de Dobson (Catalogue of the Chiroptera in the collection of the British Museum, 1878), dont A. Robin a traduit en partie l'ouvrage (Annales des Sc. Nat, 6€ série, t. IX; — voir aussi : A Robin, Recherches anatomiques sur les Mammifères de l’ordre des Chiroptères, Paris, 1881). — N'ayant affaire qu'aux Chéiroptères indigènes, je me suis borné à suivre la classification et les caractères donnés par PR. Marlin et R. Rollinal (Vertébrés sauvages du département de l'Indre, Paris, 1894). Nous distinguerons donc seulement la famille des Rhinolophides, à laquelle appartient le genre Æhinolophe, dont nous avons étudié l'espèce dite lhinolophus ferrum equinum (le grand fer à cheval); et la famille des Vespertilionidés, à laquelle appartiennent le genre Vespérien (nous avons étudié le Vesperien pipistrelle ou Vesperugo pipistrellus), et le genre Vespertilion (nous avons étudié le Vespertilion murin ou Vespertilio murinus).

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toutes les femelles y étaient presque au même degré de gestation. C’est que sans doute les grappes de sujets qui se suspendent aux voûtes sont la réunion d'individus de même espèce, et que les sexes se séparent. La personne qui faisait la récolte, ayant recu la recommandation de ne pas épuiser de suite la localité, se bornait chaque fois à une ou deux grappes voisines; et c’est ainsi qu'il m'est arrivé un jour trente sujets, tous mâles. Mais comme les envois étaient faits de huit en huit jours, il se trouvait que nous laissions passer, sans en avoir de représentants, le stade où auraient été les femelles le jour où la récolte n'avait consisté qu’en mâles; semblablement pour les espèces, qui, malgré des récoltes espacées de huit jours seulement, se trouvaient n'être représentées que dans des envois distants de deux semaines et plus. Il en est résulté que, pour les stades représentés dans la collection, j'ai disposé en surabondance de pièces toutes semblables; mais que les lacunes ont été absolues et que je n'ai souvent pas eu ure seule et unique pièce intermédiaire. Je ne crois pas tous ces détails inutiles; de même qu'au début d’un travail original il faut donner les indications techniques qui permettront à chacun de répéter les préparations, de même, dans les études du genre des nôtres, il faut chercher à fixer les conditions de la récolte des matériaux. J'ai dû, cette année, me procurer en abondance. des taupes en gestation ; impossible de trouver dans aucun ouvrage des indications précises sur l’époque de l’accouplement de la taupe ; j'ai dû moi-même le déterminer, en me faisant faire des envois bien avant l’époque probable de cet accouplement, puis les faisant continuer pendant toute la durée de la gestation; aussi serai-je en état de préciser le court espace de temps pendant lequel, pour la taupe, on est sûr de trouver

des femelles pleines.

Pour les chauves-souris, des indications de ce genre avaient déjà

été données par divers auteurs ; elles se rapportent à une série de faits assez singuliers, que nous allons examiner sous le titre de mœurs génitales des Chéiroptères.

Mœurs génitales des Chéiroptères. — Jusque dans ces dernières années, les traités de zoologie ne donnaient que des indications vagues et même inexactes sur l’époque de l’accouplement et de la parturition chez les Chéiroptères. Buffon dit seulement : « On assure que les chauves-souris ne portent que deux petits; c’est en été

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