La marquise del Viso, fille des ducs
2. Le fils aîné des Infantado qui portait alors le titre de comte de Saldana.
appuyé à la cheminée fleurie et sans feu, imprimer tes lèvres spirituelles et fortunées sur la main qui porte la bague aux fins poils de chien aussi immaculés que ton cœur^.. »
L'année 1779 est marquée pour les Infantado par un douloureux événement : le très jeune marquis del Viso, qui, gravement atteint dans sa santé, avait dû laisser sa femme à Paris et rentrer en Espagne, meurt à Valence, le 4 janvier, âgé seulement de vingtdeux ans. Salm reçoit de son beau-frère la mission de consoler la « pitisilla viudilla » qui perdit si vite un mari qu'elle avait à peine eu le temps de connaître. Le duc lui-même, fort affligé, ne dissimule pas son ennui ; le désespoir du marquis de Santa Cruz et du frère de ce dernier, D. Pedro de Silva, le navre et il se sent impuissant à les calmer. Puis, d'autres fâcheuses nouvelles s'ajoutent encore à ces chagrins de famille. On vient d'apprendre à Madrid la mort du duc de Médina Sidonia, grand écuyer, qu'un accident épileptique a enlevé subitement au cours d'un voyage en Catalogne : il a expiré dans une auberge près de Villafranca del Panades, le 6 janvier. Voilà de quoi broyer bien du noir. Dans une de ses lettres, il revient sur le sujet qui l'attriste particulièrement:
« Je suis, dit-il, très préoccupé de l'impression qu'aura causée à notre pauvre petite la mort de Frazquito (le marquis, del Viso) ; il faut maintenant que tu inventes
1. Lettre écrite de Bayonne, le l^^ août 17 78, au moment de franchir la frontière pour rentrer en Espagne (Bibl. Nat., Ms. Esp. 4071'''-, fol. 290).
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mille amusements pour la distraire beaucoup, beaucoup, et empêcher qu'elle ne tourne à la mélancolie. Je reg^rette infiniment qu'elle dorme peu ; ce qui d'ailleurs n'a rien d'étonnant, car, lorsqu'on pleure beaucoup, la tête s'échauffe et le sommeil fuit. Pense quel tourment c'est pour moi de contempler dans mon ima^i^ination, indolente il est vrai, mais fort peu g"aie, la tristesse de la petite et la douleur de sa mère qui dissimule et se maîtrise pour ne pas l'attrister davantaj^e. J'en ai le cœur très pénétré, me sentant si loin, à trois cents lieues de distance, et d'autant plus qu'en sus de mon procès (Wilcahalas, qui doit être jup^é le 25 de ce mois, je vais avoir maintenant à ré|^ler avec Santa Gruz le testament du défunt et le veuvag-e de la petite, prendre les mesures nécessaires pour que sa situation soit assurée, recueillir tout ce qu'elle a apporté, sans parler de mille autres affaires ennuyeuses qui ne manquent jamais de divers côtés, gr;*i(u^ aux tracasseries des vassaux, surtout dans les circon^laiice- actuelles ; tout cela dans ma solitude et sans autre société que la pauvre duchesse de Béjar \ qui, malgré le mauvais temps et sa fluxion aux yeux, vient dîner souvent et souper quelquefois avec moi ^. »
Nous ne savons pas exactenïent quand le duc vint rejoindre sa famille en France ; peut-être dès l'année suivante, en 1780, peut-être seulement plus tard. Sans doute il se trouva à Paris, au printemps de 1,783, pour assister au mariage de sa fille, la veuve du marquis del Viso , avec Frédéric-Auguste- Alexandre duc de Bcaufort Spontin, mariage qui eut lieu le 5 mai, en l'église de Saint-Sulpice, et où,