Ferrer del Rio, Historia de Carlos III, t. III, p
GHIMALni ET FLORID A l?T, \ NC\ 233
le créa duc et grand d'Espagne. le parti nragonais crut triompher, mais se réjouit trop tôt : ce ne fut pas lui qui recueillit la succession du ministre renversé, Charles III avait bien consenti à se séparer de Grimaldi, dont, malgré cette maladroite affaire du Prince, il goûtait les habitudes d'esprit et la manière de négocier, mais il n'entendait nullement donner à ce ministre pour successeur Aranda qui lui était insupportable ; il n'entendait pas surtout qu'on lui forçât la main et lui imposât le choix d'un personnage si encombrant qu'il l'avait envoyé à Paris pour s'en débarrasser. Grimaldi fut remplacé par un fonctionnaire de la carrière, D. José Monino, comte de Floridablanca*, qui, à cette heure, remplissait les fonctions de plénipotentiaire auprès du Saint-Siège; il y eut un simple chassé-croisé entre les deux ministres : Floridablanca prit à Madrid la succession de Grimaldi qui prit à Rome celle du nouveau secrétaire d'Etat. La golilla l'emportait donc encore sur la cabale des grands seigneurs, des Aranda et des Pignatelli.
Fernan Nunez, quoiqu'il fût bien en fait affilié aux Aragonais, n'épousait pas avec une très grande chaleur leurs querelles et ne partageait pas toutes leurs préventions. Il s'occupait d'ailleurs peu de politique militante et se mêlait le moins possible aux petites conspirations qui se tramaient journellement dans les appartements du Prince. Il se conten-
1. Ce titre avait été créé, au profit de Monino, au mois d'octobre 1773.
tait de plaire au Roi, qui lui inspirait un dévouement sans bornes, et de remplir avec la ponctualité requise par ce souverain méthodique ses fonctions de chambellan. Charles III lui en sut gré. Pour récompenser ses bons services militaires à Alger, il avança Fernan Nunez au grade de maréchal de camp (mars 1776), l'attacha à l'état-major de la Vieille Castille, le choisit comme gentilhomme de la chambre pour suivre la cour à Saint-Ildephonse et à l'Escurial, et lui conféra la grand' croix de son ordre a royal et distingué » (7 décembre).
Pendant cette année de 1776, Don Carlos reprit à peu près le genre d'existence qu'il menait avant son long voyage, mais avec moins d'entrain et de bonne humeur. Le comte a beau écrire à Salm qu'il a c( faim d'Aranjuez », après quatre années passées loin de ces lieux enchantés, il est visible que les plaisirs des sitios lui reviennent moins qu'autrefois. Ses voyages et sa dernière campagne l'ont en quelque sorte assagi et lui ont inspiré des pensées assez sérieuses. Mais si les manèges des partis et les incidents de la politique intérieure ne l'intéressent guère, il ne laisse pas cependant de suivre avec attention ce qui se passe au dehors et se prépare déjà à remplir, le cas échéant, quelque poste diplomatique, si les sollicitations qu'il avait adressées antérieurement à Grimaldi doivent être, comme il y compte, favorablement accueillies par le nouveau ministre. Il s'inquiète surtout des mouvements des Portugais à propos de certaines délimitations de frontières en Amérique. « Les Portugais, écrit-il à