‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 130 sur 190 · MORT DE DONA ESCOLASTICA · texte numérisé non relu

MORT DE DONA ESCOLASTICA

dans la vie paisible et peu compliquée de la cour portugaise une ai^îéable diversion aux impressions tristes de ses premières années de veuvage. Elle goûta fort les environs de Lisbonne, en particulier Cintra « où il y a beaucoup de monde l'été et où l'on « vit fraîchement et allègrement ». Son frère aurait voulu la garder longtemps auprès de lui, jusqu'à la fin d'octobre de l'année 1779 ; mais le règlement de ses affaires rappela la duchesse, dès le milieu de juillet, à Madrid. Fernan Nunez la vit partir avec un vrai chagrin ; peut-être pressentait-il qu'il la perdrait bientôt. « Chaque jour, nous nous sentons plus {( seuls, mais nous nous consolons en pensant <( qu'elle reviendra ». (]e retour si désiré n'eut probablement pas lieu. Doiia llscolâstica mourut à Madrid, quelques années plus tard, le 5 octobre 1782 ; elle n'avait que trente-cinq ans et demi. Le Roi, par une faveur insigne et rarement accordée, permit qu'on l'enterrât dans la maison où elle avait été élevée, dans le couvent de la Visitation ou des religieuses de saint François de Sales [Sa/esas Reaies), fondé en 1757, pour l'éducation des filles nobles, par la reine Barbe, femme de Ferdinand VL

La mort prématurée de cette sœur qu'il chérissait causa à Fernan Nunez une très vive douleur et laissa dans sa vie un vide que rien ne put jamais combler. Et par la façon dont il s'employa bientôt à honorer la mémoire de la duchesse de Béjar en associant le nom aimé de Dona Escolâstica à des fondations pieuses ou charitables, on peut se rendre compte de ce qu'il perdit en elle et à quel point ses regrets

furent profonds et durables. Nous devons croire que Salm, de son côté, sentit beaucoup cette perte, non seulement parce qu'il était naturel qu'il s'associât à la douleur de son ami intime, mais aussi parce qu'il paraît avoir éprouvé pour la duchesse autre chose que des sentiments de bonne amitié. D'un passage d'une lettre de Don Carlos il est, en effet, permis d'induire que Salm avait eu un moment la pensée de demander la main de la jeune veuve, mais que ses ouvertures n'auraient pas été agréées par Dona Escolâstica dont la dévotion ne pouvait s'accommoder des opinions un peu trop libres et avancées du prince ^

La conclusion de la paix avec l'Angleterre, en 1783, après l'heureuse prise de Minorque par le duc de Grillon et l'échec des batteries flottantes devant Gibraltar, valut à Don Gârlos la Toison d'or dont il remercia le Roi en ces termes : « Sire, Votre Majesté (( daigne accorder à mes services une récompense « anticipée » . A quoi Charles III répondit : « Non, « non, je suis bien sûr que tu me les continueras « toujours )).

De 1783 à 1785, Fernan Nunez fit quelques séjours à Madrid ; mais il y demeura le moins possible, le climat sec de la capitale et de ses environs

1. « El ùnico motivo que ha retraido a' N. de cumplir tu deseo es el de vueslro difcrente modo de pensar, pues, sin este, no solo la libertad en que siempre la lie dexado... pero ni aun una coaocida repugnancia apoiada de las razones mas poderosas (prescindiendo de la diclia) huvieran sido suficientes para disuadirla » (Lettre du 15 mars 1779).

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ne convenant pas h sa santé. Et puis Madrid éveillait en lui trop de pensées tristes, lui rappelait sa sœur si tendrement aimée et la bonne vie insouciante d'autrefois en compagnie de Salm. En passant devant les balcons de l'hôtel des Vistillas où habitaient les Infantado, il y cherche par la pensée son ami et se reproche de n'avoir pas assez insisté pour le retenir en Espagne, comme c'était son désir le plus (lier. « Mais, lui écrit-il, laissons les regrets inutiles, (' les souvenirs tristes et qui le seront pour moi à (( jamais. Si tu es heureux, comme je le crois, tu a as obtenu ce que je te souhaitais et te souhaiterai « toujours^ )), Quant à Don Carlos, il s'est fait à sa vie de bon père de famille et d'ambassadeur « demibourgeois ». Ayant pris philosophiquement son parti de l'inféi ioritc intellectuelle de sa femme, il n'est plus maintenant attentif qu'à ses qualités très sérieuses.

« Il m'est échu en partage une femme vertueuse par son caractère et sa façon de penser, mais sans l'ombre d'hypocrisie, de fanatisme ni de bigoterie. Elle m'aime, je l'aime, nous sommes les meilleurs amis du monde. Nous nous promenons ensemble huit jours de suite, si

la nous convient, et sinon, nous passons un mois entier .ans le faire. J'ai deux fils et une fille, robustes et beaux enfants, dont le cœur et rintelli^i^ence promettent pour plus tard. J'ai trouvé un précepteur espagnol qui, je crois, ne laissera rien à désirer, et le soin de Téducation (le mes enfants m'occupe et m'intéresse. N'ayant point

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