DÉPART POUR LOUVAIN
texte que sa femme, enceinte de huit mois, ne voulut pas traverser toute la France. Après un très court séjour à Bruxelles, l'ambassadeur d'Espagne vint se fixer à Louvain (13 octobre 1791) et ce fut dans cette ville qu'un mois plus tard (18 novembre) la comtesse accoucha*. La mort du duc de Rohan, survenue précisément à la même époque (28 novembre 1791), détourna son neveu du projet qu'il avait formé d'aller à Nice par le Rhin et la Suisse ; Don Carlos resta donc h Louvain où il assista à la prise de possession de la Belgique par Dumouriez et ses lieutenants, après Jemmapes (novembre 1792), puis, à quelques mois de là, en fut chassé par la même armée, non plus victorieuse, mais en pleine déroute après la levée du siège de Maestricht (mars 1793). Le comte se retira alors en toute hâte avec sa femme à Diisseldorf. L'armée très débandée que commandait le fameux général Miranda s'étant repliée sur Louvain, tout ce qui appartenait à Fernan Nunez fut saisi par ordre des « commissaires nationaux du pouvoir exé- (( cutif de France et de Belgique », et un valet de chambre que le comte avait chargé de la garde de ses l)iens eut à souffrir des chefs de cette armée et particulièrement du général Miranda les traitements les plus durs. Deux commissaires de la Convention, aidés de républicains du lieu, se transportèrent au domicile du ci-devant ambassadeur et, après avoir examiné tous les ballots et les caisses qui s'y trou-
1. Protestation d'Alexandre Le Cointre, chargé des afTaires de la maison du comte de Fernan Nunez, 15 mai 1793 (Alf. Etr, ; Espagne, vol. 636, fol. 198).
vaient, saisirent divers papiers politiques ou personnels et, dans le nombre, une liasse contenant une correspondance en langue espagnole entre Revillagigedo et Fernan Nunez relativement à des affaires politiques, puis une autre liasse où se trouvaient réunis un abrégé de la situation d'Oran, divers manuscrits du comte de Revillagigedo sur le même sujet, des « réflexions » sur la question de savoir s'il conveniat d'établir une infante d'Espagne comme souveraine dans l'Amérique du Sud, un manuscrit de la main de Fernan Nuîiez, une correspondance entre lui et l'abbé O'Sullivan, etc. \
Pendant que les généraux de la Convention faisaient ainsi main basse, à Louvain, sur la propriété privée de Fernan Nuîiez, à Paris, le gouvernement révolutionnaire ne traitait pas avec plus d'égards les biens et le domicile du ministre espagnol. Dès le mois d'octobre 1792, l'hôtel de l'ambassade était visité et fouillé, sous prétexte d'y saisir ce qui appartenait aux domestiques français que Fernan Nunez avait emmenés avec lui en Belgique : abus de pouvoir qui motiva une réclamation du chevalier d'Ocariz, chargé alors de gérer les affaires de l'ambassade d'Espagne ^ Pour y répondre, le ministre de l'Inté-
1. Procès-verbal delà saisie, à Louvain, le 16 mars 1793, des objets mobiliers appartenant au comte de Fernan Nunez, et lettre du sieur Brunel, valet de chambre du comte. Copies faites à Diisseldorf, le 12 avril 1793, et certifiées conformes par le comte (Aff. Etr. ; Espagne, vol. 635, pièce 280).
2, Le chevalier d'Ocariz à Le Brun, 8 décembre 1792 (AIT. Etr. ; Espagne, vol. 634, fol. 124).
SAISIE PFS niENS DE l'aMRASSADEUH 301
rieur, Roland, dut se renseigner auprès de son collègue des AfTaires Etrangères sur les motifs du départ de Fernan Xuuez, a car, si l'ambassadeur est « sorti sans en prévenir le pouvoir exécutif d'une (( manière officielle et amicale, j'aurai, dit le mice nistre, à me décider bien autrement que si cet « ambassadeur s'étoit retiré fraternellement de la « République et pour le simple motif, comme on « l'annonce, d'aller offrir au roi de Hongrie, de la « part de sa cour, les félicitations d'usage sur son (( avènement à l'Empire *. » Le Brun ne put donner d'autres informations à son collègue sinon que Feinan Nu nez, après avoir été officiellement autorisé par sa cour, dès le mois de mai 1791, à s'absenter pendant six mois et à retourner en Espagne afin de vaquer ii ses affaires, avait usé, au mois de septembre suivant, de cette permission, non pour se rendre en Espagne, mais pour s'établir en Belgique'.
L'enquête n'aboutit à faire respecter ni la demeure ni les biens, ni les gens de l'ambassadeur, puisque, le 24 avril 1793, son hôtel fut à nouveau envahi, ses gens appréhendés et ses papiers mis sous le scellé \ Parmi les personnes arrêtées, se trouvaient en premier lieu Alexandre Le Cointre, puis un vieux prêtre irlandais, nommé O'Sullivan, qui, après avoir
1 . Roland à Le Brun, 9 décembre 1792 (Aff. Elr.; Espagne, vol. 634, foi. 126).
2. Le Brun à Roland, 24 décembre 1792 (AfF. Etr.; Espagne, vol. 634, pièce 166).
3. Protestation de Le Cointre, 15 mai 1793 (AfT. Etr. ; Espagne, vol. 636. fol. 198).
servi comme aumônier du ministre d'Espagne à Saint-Pétersbourg, vivait à Paris d'une pension du Roi Catholique et habitait l'hôtel de son ambassadeur. Le malheureux fut écroué à la prison de l'Abbaye*. Fernan Nunez protesta vivement, dans une lettre adressée à Le Brun, de Cologne, le 6 mai 1793, contre la violation de son hôtel, l'arrestation de ses domestiques et de l'ecclésiastique irlandais son protégé, comme aussi contre la saisie de ses papiers : toutes choses qu'il tenait pour une atteinte formelle au droit des gens^. Mais il protesta sans succès.
La Convention, qui avait déclaré la guerre à l'Espagne dès le 7 mars 1793, mit naturellement peu d'empressement à examiner les réclamations de Fernan Nunez ; elle ne consentit à s'en occuper que deux ans plus tard. Le 4 février 1795, c'est-à-dire peu de temps avant la cessation des hostilités et les préliminaires de la paix de Baie, la Commission des relations extérieures présenta au Comité de salut public un rapport concluant qu'il n'y avait pas lieu d'accueillir une « réclamation que forme cet ex-am- <( bassadeur et qui résulte de l'apposition des scellés (( qui fut faite sur ses effets dans la maison qu'il (( occupait à Paris, rue de l'Université, et de l'incar- (( cération de plusieurs personnes attachées à son (( service. » Pour appuyer son avis, la Commission alléguait qu'avant d'opérer cette saisie, le 24 avril