‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 158 sur 190 · VOYAGES A L ETRANGER · texte numérisé non relu

VOYAGES A L ETRANGER

despotisme éclairé. Les devoirs du gentilhomme envers sa patrie consistent, par conséquent, à bien servir le Roi dans les emplois qu'il daigne lui conférer. Ne pas se laisser éblouir par les vains honneurs et ne pas les dédaigner non plus est un conseil que le comte donne à ses fils, car ces colifichets de la vanité sont un des meilleurs et des moins coûteux systèmes de gouvernement. « Des hommes tout- « puissants et à qui rien ne manque donneront toute « leur fortune pour un chiffon de papier et, après <( l'avoir obtenu, eux et leurs enfants sacrifieront « jusqu'à leur vie^ et de bon cœur. » Respectons donc beaucoup des préjugés dont l'Etat peut tirer un si bon parti. D'autre part, il met les héritiers de son nom en garde contre le péché d'ingratitude. (( Quand le monarque régnant approche de sa fin, (( il est très habituel de voir les courtisans l'aban- « donner pour courir auprès du prince destiné à « prendre sa place. Pour Dieu ! ne commettez pas a une pareille vilenie. » En écrivant cela, Don Carlos se souvenait sans doute de scènes peu édifiantes dont son service de cour l'avait rendu témoin.

A plus juste titre que bien d'autres, Fernan Nunez avait son mot h dire sur ce que nous avons appelé la manie des voyages ou du correr cartes, car les voyages qu'il entreprit, d'après un plan arrêté d'avance et étudié, furent véritablement des vovages d'instruction. « Nos Français )), lui dit un jour sa tante, la duchesse de Rohan, « nos Français ne vont « pas voir les autres pays, ils n'y vont que pour s'y « faire voir. » Don Carlos ne nous imita pas ; partout,

au contraire, il oublia sa propre personne pour observer attentivement les mœurs, la société, les institutions des pays étrangers, avec l'arrière-pensée de faire profiter son pays des observations qu'il recueillait avec tant de soin. Chemin faisant, il écrivait, rédigeait un journal qu'il cite dans sa Lettre et que nous avons lieu de croire perdu. Un voyageur qui sait voir et qui note ses impressions est un voyageur modèle ; aussi peut-il en remontrer aux autres. Fernan Nunez n'est pas tendre pour ceux de ses compatriotes qui se rendaient à l'étranger sans préparation, uniquement afin de s'y divertir ou d'en rapporter un vernis quelconque d'élégance ou d'(( illustration ». Obéissant même à cette tendance des gouvernants d'alors d'exercer sur tout un contrôle plus ou moins paternel, il voudrait qu'on instituât aux frontières de chaque pays un tribunal pour examiner les voyageurs, avant de leur permettre de pénétrer dans le pays voisin, et s'assurer qu'ils possèdent les connaissances qui leur sont indispensables. C'est qu'il avait été particulièrement frappé de l'ignorance de beaucoup déjeunes gens, pensionnaires du Roi, que le gouvernement espagnol envoyait périodiquement à l'étranger pour s'y instruire et qui se contentaient d'y vivre aux frais du Trésor.

Un des bons résultats des voyages est de vous ôter quelques préjugés, particulièrement de vous redresser le jugement au sujet de certaines nations qu'on ne connaît que d'ouï-dire, par des lectures ou par quelques individus médiocres représentants de l'espèce. Dans sa Vie de Charles III, Fernan Nunez

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