FRANÇAIS ET ANGLAIS
nous traite assez mal. « Le caractère français est de u sa nature léger, inquiet, ambitieux et dominateur. (( Bien rares sont les Français qui ne montrent pas « ces défauts dans les pays étrangers où ils veulent (( toujours donner le ton et faire la loi. » Mais, dans sa Lettre^ oii il reproduit vraisemblablement un souvenir de ses carnets de voyage, il corrige ce que cette appréciation avait de trop dur en parlant au moins avec convenance de nos poissardes :
« Le bon observateur récolte parfois des propos qui en deux mots font voir l'esprit de toute une nation. Je passais un jour à Paris par le marché au poisson, notant les coutumes et les discours de ce bas peuple, quand j'entendis une femme qui, de sa fenêtre, en appelait une autre occupée à vendre son poisson : « Madame, il y a bien longtemps que vous ne venez pas me voir, » lui dit-elle. La poissarde, qui lisait avec ses lunettes dans un livre, se leva, ôta ses lunettes, fit une révérence et répondit: <( Madame, j'aurai l'honneur de vous rendre ma visite, quand j'aurai vendu mon poisson. »
Il pourrait bien se faire qu'on ne parlât plus exactement comme cela aux Halles ; n'importe, les grand'mères de ces dames du pavillon de la marée ont fourni à un ambassadeur d'Espagne l'occasion de mieux juger la France. — De même, il suffît que Fernan Nuuez assistât à une séance de pugilat en Angleterre pour se guérir de ses préventions à l'endroit de la boxe :
« Me trouvant en Angleterre en 1774, je fus très curieux d'assister aux combats de boxe Tout d'abord
ce spectacle me remplit d'horreur et je le taxai de barbarie. Mais quand j'eus séjourné huit mois dans le pays, sans entendre parler d'un coup de couteau ni d'aucun assassinat, quand je vis que le boxeur qui tombait ne pouvait plus être touché par son adversaire, que tous le secouraient et lui donnaient du citron et du vin, que, le combat terminé par la victoire de l'un d'eux, les lutteurs se rendaient bras dessus bras dessous au cabaret, et enfin que si quelqu'un ne voulait ou ne savait pas boxer, il payait un autre pour boxer à sa place, alors je me dis que cette coutume a du bon dans ce pays et évite de plus grands maux. »
Si le philosophe chez Fernan Nunez est hésitant et timoré, comme on a pu le voir, l'économiste en revanche semble bien plus décidé et convaincu. Les questions sociales l'intéressent vivement ; il croit à la possibilité d'améliorer le sort des basses classes, il croit aux bienfaits de l'éducation populaire telle que, par exemple, Campomanes en avait tracé le programme dans des écrits célèbres, et puis il aime le peuple, il le connaît et ne craint pas de l'approcher. Le vulgaire bon sens du paysan lui plaît, il consulte volontiers cette sagesse ingénue qui trouve parfois de plus heureuses maximes que les philosophes patentés. Dans ses voyages à travers l'Espagne, il eut souvent l'occasion de noter l'opinion des gens du peuple sur les événements du jour, le gouvernement et autres sujets d'intérêt général. Parmi les réponses qui furent faites à ses questions, en voici une dont on peut dire qu'elle est comme la définition populaire du loyalisme espagnol : « En « 1775, passant par Villena,je demandai à un pauvre