FONDATIONS LAÏQUES
accuse plus que d'autres l'homme ilustrado qui, tout en respectant l'Eglise, lui fait sa place en dehors de la société civile et combat ou restreint son ingérence dans l'éducation publique. « Une maison « d'éducation destinée aux filles orphelines pauvres (( de l'endroit, où on les élèvera pour en faire des (c mères de famille, sans habit religieux, chapelle, K réfectoire ni rien qui sente l'éducation des reli- (( gieuses, qui, elles, ont des couvents où elles « peuvent entrer. Toutes les maîtresses seront « laïques et les élèves seront destinées à le rester (( et à apprendre, outre les travaux d'aiguille, à « cuisiner, à laver et autres choses concernant (( l'économie domestique, » Voilà qui, aujourd'hui, passerait presque pour une petite manifestation anticléricale. Au xviii° siècle, les grands seigneurs étaient plus intelligents ; ils ne croyaient pas offenser la religion ni lui causer aucun préjudice en excluant le clergé de certaines entreprises qui peuvent réussir sans lui. En ce qui concerne Fernan Nunez, l'Eglise d'ailleurs n'y perdit rien, car en même temps qu'il concevait le plan de cette maison laïque, il achevait de construire une belle chapelle, mise sous l'invocation de sainte Scholastique et dédiée à la mémoire de sa sœur si tendrement aimée.
On n'attendra pas de nous que nous fassions suivre ce simple récit de considérations générales : sur l'état de la Grandesse espagnole au xviii* siècle.
La Grandesse, au temps de Charles III, a-t-elle mieux ou moins bien que précédemment rempli ses devoirs et exercé ses droits, maintenu son prestige de classe privilégiée et coopéré au bien public, conseillé le souverain et inspiré sa politique ? Pour répondre convenablement à ces questions, il faudrait entrer dans des développements qui ne sont pas de ce lieu et que ne comporte guère un livre dont l'unique objet a été de faire voir comment ont vécu quelques-uns de ces Grands qui représentent les principales variétés de la classe, mais en aucune manière d'étudier cette classe dans son rôle politique et social. Toutefois de ce qui a été exposé ressort, à notre avis, assez nettement que nous n'avons pas eu tort de prétendre, au commencement de cette étude, que la Grandesse du xviii° siècle ressemble beaucoup à celle de l'âge précédent, que ses qualités et ses vices sont assez sensiblement les mêmes sous les rois Bourbons et sous les rois autrichiens et que le changement de dynastie n'a, somme toute, influé ni en bien ni en mal sur la condition de cette haute noblesse.
Ce qu'il serait vrai d'ajouter, c'est que, sous ce nouveau régime, mais non pas par sa faute, s'est encore accentuée la décadence politique et militaire de la caste, en même temps que se sont certainement relevés et améliorés plusieurs individus qui la composent. A rencontre en effet de ce qu'ont avancé divers écrivains, nous ne pensons pas que la diminution d'influence, dans les affaires publiques, de la Grandesse au xviii® siècle dépende de principes soi-