‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 162 sur 190 · LA GRANDESSE ET LES BOURBONS · texte numérisé non relu

LA GRANDESSE ET LES BOURBONS

disant nouveaux qu'auraient implantés en Espagne les rois de la dynastie française : entre le gouvernement absolu des Philippe d'Autriche, celui des premiers Bourbons et le despotisme éclairé de Charles III, nous n'apercevons pas de différences essentielles de nature à modifier les rapports des classes et l'organisation sociale du pays. Il a été depuis longtemps solidement démontré que l'Espagne centrale n'a jamais eu, à proprement parler, d'aristocratie; que ses Riches-hommes ou ses Grands, comme on voudra les nommer et comme on les a nommés à différentes époques, n'ont jamais formé qu'une caste ; qu'à aucun moment, non pas même au moyen âge et dans des temps où le pouvoir royal était affaibli, ils n'ont figuré dans les assemblées comme ordre, étaty ou comme bras, pour employer l'expression aragonaise, et qu'ils n'ont réclamé d'aucun souverain de la dynastie nationale ou des dynasties étrangères ce droit de représentation collective ; bien plus, qu'ils l'ont à diverses reprises combattu comme contraire à leurs intérêts. Aussi les rois, pour maintenir intact leur pouvoir, eurent-ils souvent à châtier l'insolence de certaines familles ou à déjouer les plans ambitieux de quelques Grands conjurés, mais non point à résister aux revendications d'un véritable corps. Philippe V et ses descendants suivirent simplement à l'égard de la Grandesse les errements des derniers monarques autrichiens et n'eurent pas de peine à le faire ; s'ils innovèrent, ce ne fut que sur un point du territoire où les institutions parlementaires avaient un autre caractère qu'en Castille et

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assuraient à l'ordre de la noblesse une représentation efiPective, c'est-à-dire dans les pays de l'ancienne couronne d'Aragon. La conduite des Catalans, qui unirent le sort de leurs institutions à la cause du rival autrichien de Philippe V et firent de la Principauté le centre de résistance au nouveau régime, contraignit le vainqueur à étendre à ces pays en révolte ouverte contre son autorité légitime le système de gouvernement et d'administration de la monarchie centrale. Seule donc la haute noblesse catalane a perdu par la volonté des Bourbons un pouvoir politique dont on a d'ailleurs exagéré l'importance.

La part que les Grands pouvaient prendre au gouvernement dans les conseils du Roi n'est guère, au XVIII® siècle, plus restreinte que par le passé ; ce n'est point Charles III qui a imaginé le premier d'appeler des golillas à la direction des affaires et de confier des emplois considérables à des gens sans naissance : Philippe II et même ses successeurs plus soumis à l'influence des Grands lui en avaient donné l'exemple. Tout au plus pourrait-on prétendre que le souverain « éclairé » a été encore plus loin dans cette voie, non pas tant, semble-t-il, parce qu'il préférait commander à des agents dociles que parce que, vraiment, il ne trouva pas dans les rangs de la Grandesse des talents très supérieurs et reconnus. Si luimême, pour le malheur de son pays, fut loin d'être un Frédéric, on chercherait vainement parmi tous les Grands qui entourent son trône quelqu'un qui eût les qualités d'un Kaunitz, d'un Turgot ou même

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