‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 26 sur 190 · Carratraca, 16 août · texte numérisé non relu

Carratraca, 16 août

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est arrivé depuis peu dans ce séjour assez lugubre, après avoir traversé Antequera où il a passé quelques heures incognito. Le maître de chapelle de cette ville lui ayant trouvé un air de ressemblance avec le comte de Fernan Nunez, « cela peut bien être », a-t-il répondu sans perdre contenance. Le soir, il s'est rendu chez le comte de Bobadillaoïi il a accompagné sur le clavecin deux violons qui jouèrent une sonate et un duo. A Carratraca, sa santé s'améliore tous les jours ; il ne ressent plus que de vagues douleurs et une certaine faiblesse dans les jointures : les bains vont dissiper tout cela. Mais quel pays et quelles gens ! « On n'y voit que des misérables cou- « verts de plaies qui n'ont d'autre logis que la rue « où ils demeurent exposés à toutes les intempéries « du jour et de la nuit, en sorte qu'ils perdent le (c petit bénéfice du bain et contractent d'autres ma- « ladies qui les emportent. » A ce spectacle navrant, la bonté naturelle et compatissante de Fernan Nunez s'émeut, son esprit prompt aux réformes s'exalte : (( Je vais voir si je réussis à fonder ici quelque re- « fuge, même modeste, pour remédier en une cer- « taine mesure à ces misères continuelles et aussi au (( désordre qui résulte de la promiscuité des hom- « mes et des femmes. Toutes les filles de Mdlaga se « donnent rendez-vous ici pendant la saison des eaux, (( de façon que les plus sains ne tardent pas à être (( obligés de s'y baigner, w — Fernan Nunez a reçu avec des transports de joie la nouvelle de l'heureux accouchement de la marquise de Tâvara et il a célébré comme il convenait la naissance du futur treizième

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duc de rinfantado, Don Pedro d'Alcântara de Toledo. Aussitôt informé, il a prescrit des réjouissances [gala y fiestas) qui ont fort réussi. Il en envoie à Salm une relation en vers et en prose écrite par un chanoine de Cordoue ; lui-même, pour la première fois de sa vie, a composé deux sonnets. La fête a été superbe pour un bourg de treize cents habitants et le carrousel [las par ej as), dirigé par Caamano, des plus galants. — Mais ne perdons jamais de vue que nous avons un régiment dont il faut surveiller, même de loin, la discipline et les intérêts ! Deux choses surtout préoccupaient le colonel : le pas anglais, qu'on tentait alors d'introduire dans l'armée espagnole, et l'avancement de ses officiers. <c Le pas an- (( glais me paraît préférable au nôtre, parce qu'il est « plus posé et naturel ; mais je n'approuve en aucune (( façon cette lenteur dans le changement de front et (( la manière de former le carré ». La question des avancements est plus délicate et il y reviendra. Pour l'instant, il ne peut que se plaindre de l'insuccès de ses démarches; ses propositions ne sont jamais écoutées et n'aboutissent pas.

Sur ces entrefaites, Salm avait été enfin pourvu du bénéfice qu'il sollicitait; la Gazette du 5 juillet apporta à Majorque l'agréable nouvelle que le Roi venait de gratifier le colonel de Bradant de la commanderie de Culla* dans l'ordre militaire deMontesa,

1. La Gazeta porte Cullar et cette prononciation est, en effet, assez usitée; mais la vraie forme du nom de cette commanderie située dans le royaume de Valence (prov. de Castellon de la Plana) est Culla. Voir J. Villaroya, Real maes-

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