Ferrer del Rio, Histoire de Carlos III, t. II, p
KXAMENS ET IIEVIES MILITAIRES ()3
(( cadets, auquel ont assisté Aranda, Grimaldi, {( Losada, Iluéscar, Béjar, Pricgo et la plupart des « g-énéraux, sauf Perruque. Ils s'en sont très bien (( tirés et les meilleurs seront nommés enseignes. »
Au cours de cette année 1769, la correspondance entre les deux amis devient plus active et fréquente. Fernan Nunez, qui a repris ses fonctions de colonel et de chambellan, accompagne le roi dans les déplacements habituels de la cour, de Madrid à Aranjuez, d'Aranjuez à Madrid et à Saint-lldephonse ; aussi ses lettres à Salm sont-elles des bulletins de tous les menus faits qui peuvent piquer la curiosité du colonel de Brahant : divertissements et histoire galante des sitios, affaires militaires, nouvelles des amis et de la famille. Voici quelques extraits de cette chronique toute confidentielle :
Madrid., 19 açriJ. — Don Carlos a appris avec plaisir que Salm s'est saigné ; ce remède vaut mieux que la Paquita pour calmer la nature agitée par la sève printanière. — Hier, le Roi a passé en revue le régiment de Dunant * et l'a trouvé fort à son goût, sans grand motif : les officiers sont mal tenus; puis, trop d'hommes vieux et peu de propreté. — O'Reilly s'en va ; on voudrait qu'il ne fût
1. George Dunant, colonel d'un régiment suisse fourni à l'Espagne par le prince-abbé de Saint-Gall. Eu 1769, il avait le grade de maréchal de camp. Nommé lieutenant général en 1770, il fut pourvu successivement, en 1773 et en 1775, des gouvernements de Tarragone et d'Alicante (Abbé Girard, Histoire abrégée des officiers suisses, Iribourg, 1781, t. I, p 198).
pas si indispensable en tous lieux, ici il manquera beaucoup.
Aranjuez, 31 mai. — Très glorieux de son crédit auprès de Muniain ; il n'a eu qu'à lui dire un mot pour obtenir le changement du régiment de Salm. « Je te félicite et me félicite d'avoir été le seul à te « servir en cette occasion. » — L'événement du jour est la permission accordée, sur sa demande, à Aranda de se retirer deux ou trois mois dans ses terres. Chacun jase, se demande ce que cela signifie et fait des conjectures en l'air. « Il y a là une seconde ({ intention, et j'incline à croire qu'Aranda ne pensait (( pas que sa demande serait accordée. » Les biographes d'Aranda ne mentionnent pas cette passagère disgrâce que le comte s'était sans doute attirée par quelque intempérance de langage, brusquerie ou manque de tact chez lui si habituels. — Une autre grande nouvelle est l'élection de « l'ami Ganganelli », le pape Clément XIV. Tout le monde en est enchanté, surtout le confesseur du Roi, Fr. Joaquin Eleta, le nouveau pape appartenant à son ordre de saint François. — A Aranjuez, les opéras, surtout les comédies et les tragédies françaises jouées par une troupe de passage qui se rend à Cadix, font fureur. « J'y ai pris grand plaisir ; nous y allons ma sœur (c et moi, et pensons à toi. » Ce que Fernan Nunez ne dit pas, c'est que le Roi et le Prince n'assistaient pas à ces spectacles. Le Roi, depuis son départ de Naples et son avènement à la couronne d'Espagne, pour réagir peut-être contre le farinellisme du règne précédent, avait absolument condamné le théâtre ; il
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n'en voulait pas même à Madrid. Toutefois, sur les instances de l'insinuant Grimaldi, ministre d'État de 1763 à 1776, Charles III consentit à laisser édifier, dans les résidences, de petits théîïtres pour rompre un peu la lourde monotonie de ces séjours et procurer quelque divertissement aux courtisans et aux nombreux fonctionnaires des palais royaux qui y mouraient d'ennui *. Lui-même ne s'y montrait jamais. Son fils, le prince des Asturies, non plus, mais pour d'autres motifs : par patriotisme. Très anti-français, il prétendait ne rien voir ni rien écouter de la nation qu'il détestait le plus cordialement du monde. « Lorsqu'on vint proposer au prince des Asturies, (( raconte James Harris, de laisser jouer au palais « une troupe de comédiens français qui, en 1769, « traversait Aranjuez pour se rendre à Cadix, le « Prince non seulement refusa, mais dit qu'il les « jetterait par les fenêtres s'ils y paraissaient *. » La troupe ne s'effraya pas de ces menaces et, quoique privée de l'auguste protection du futur Charles IV, n'en joua pas moins avec le plus grand succès et devant un public fort nombreux. Les danseuses du corps de ballet, en partie Italiennes, furent aussi bien accueillies que les comédiens. « La première (( danseuse est très bien et a excité la jalousie de la « Chaseint. Il y a une masse d'intrigues... Moi, je « protège la Marcuci, autrement dit la Levrette [la
1. Pietro d'Onofri. Elogio estemporaneo per la gloriosa memoria di Carlo III, Naples, s. d., p. cxxxvii.
2. Diaries and correspondence of James Ilarris, flrst cari of MaltncsOury, Londres, 1843, t. I, p. 57.
(( Galguilla). . . Je lui ai donné une robe et quelque « autre bagatelle, mais rien n'annonce qu'elle soit « près de se rendre. Aussi serai-je obligé de la « laisser, si sa conduite ne s'améliore pas. On dit « qu'il y aura cet hiver à Madrid des opéras aux (( Caîios del Peral. Viens, sous prétexte de la pro- « fession \ et nous nous amuserons. » Le théâtre des Caîios del Peral dont parle ici Fernan Nunez avait été primitivement construit sur l'emplacement de lavoirs publics qui lui donnèrent son nom. Rebâti, en 1737, par le marquis Scotti, ministre de Parme près la cour d'Espagne, l'on y joua surtout, sous les règnes de Philippe V et de Ferdinand VI, des opéras italiens. De 1746 à 1787, il demeura à peu près constamment fermé à l'art dramatique, ne servant de temps à autre qu'à des bals masqués ou à des concerts. Plus tard, à l'époque joyeuse et folle de Marie- Louise et de Manolito, un vent de plaisir rouvrit ses portes à l'opéra italien. Les Canos eurent alors, de 1792 à 1795, un moment de grande vogue avec deux chanteuses célèbres, la Todi et la Banti, qui avaient chacune leurs partisans et leur protectrice attitrée : la Todi, la duchesse d'Osuna ; la Banti, la duchesse d'Albel
Madrid, 12 juillet. — Félicitations à Salm d'avoir enfin quitté l'île de Majorque et d'être arrivé à Barcelone où la troupe et lui se trouveront infiniment mieux. —