L^IMPÔT UNIQUE
Peu de nouvelles politiques. A noter seulement la réunion, trois fois par semaine, de la junte chargée d'établir l'impôt unique [la ûnica contribuciôn) à la place des tributs multiples payés jusqu'ici par la nation espagnole. Cette substitution de l'impôt unique aux renias provinciales^ déjà décrétée en 1749 par Ferdinand VI, le fut à nouveau par Charles III en 1770, sans plus de résultats pratiques. Le bon et pauvre peuple continua de payer sous toutes les formes possibles et imaginables, et même un peu plus que par le passé ; seuls les économistes trouvèrent leur compte à cette réforme purement théorique, qui leur fournit l'occasion de beaucoup disputer et de s'invectiver comme de coutume \ — Aranda partira après le Roi ; il sera remplacé au Conseil par le doyen Colon et, au gouvernement militaire, par le maréchal de camp, D. Francisco Rubio, commandant en second de la place de Madrid, car, depuis l'échaufTourée de 1766, Aranda cumulait les fonctions de président du Conseil de Castille et de capitaine général de la province. — La petite « cour », c'est-à-dire la famille des ducs de l'Infantado, est partie pour Chamartin, ce village près de Madrid où les ducs possédaient un palais qu'habita quelques jours Napoléon I""" en 1808. Tout le monde se porte bien, y compris la « vieille dame », la duchesse douairière. Fernand Nufiez a esquivé l'ennui du déplacement en prétextant des devoirs militaires et une
1. D. Manuel Colmeiro, Historia de la economia politica en Espaha, Madrid, 1863, t. II, pp. 574-75.
indisposition ; il reste seul à Madrid avec sa sœur, la duchesse de Béjar, et l'inséparable Caamano. Ce nom de Béjar sollicite quelques éclaircissements.
Comme on l'a vu plus haut, Don Carlos et sa sœur, D' Escolâstica, furent placés par le roi Ferdinand VI sous la garde de D. Joaquin Diego Lopez de Zuniga, treizième duc de Béjar, personnage assez bizarre et dont l'histoire est curieuse. Né le 28 avril 1715, ce très noble seigneur, qui joignait à la gloire de porter l'un des plus anciens titres d'Espagne celle de descendre de ce valeureux duc de Béjar tué devant Bude le 13 juillet 1686, reçut, paraît-il, une solide instruction sous la férule du grammairien, humaniste et versificateur Juan de Iriarte \ Marié en 1733 à Léopoldine de Lorraine, fille du prince de Pons, il conquit l'estime de Ferdinand VI qui fit de lui son grand chambellan [sumiller de corps). Jusqu'ici rien que de très naturel et qui ne soit dans l'ordre des choses. Mais, en 1757, c'est-k-dire après vingt-quatre ans de mariage, voici que la cour et la ville furent, un beau jour, bien surprises d'apprendre ce que rapportent en ces termes les mémoires du duc de Luynes :
« Ce qui vient d'arriver à M. de Béjar fait ici beaucoup de bruit depuis deux ou trois jours, et il semble que Ton ne peut porter un jugement que Ton ne soit plus instruit, ce qui sera peut-être difficile. M. de Béjar, qui n'a pris ce nom que depuis la mort de son père, s'appeloit
1. Noticia de la vida y lileratura de D. Juan de Yriarte, s. 1. n. d., in-4o, p. 9.