LES CANONS DE MARITZ
Tengouement général et estima prudent de calmer l'enthousiasme de Salm. « Je suis enchanté « d'apprendre, écrit-il, que les canons de Maritz « semblent bons et supérieurs aux anciens ; l'habi- (( leté de l'inventeur s'accréditera de plus en plus, « et, l'expérience faite, les plus prévenus même se « soumettront. Mais tu ne nieras point qu'il faut (( attendre l'expérience avant de prendre parti pour « ou contre l'invention, en une matière qui nous « intéresse à ce point. » Quelque dissipé qu'il fût alors, Don Carlos ne manquait donc ni de bon sens, ni de prudence. — 11 pensait aussi à l'avenir et à la vie plus sérieuse qu'il serait appelé à mener un jour ou l'autre. Témoin ce petit incident et les réflexions qu'il lui suggéra. Une légère indisposition de la princesse des Asturies avait provoqué de la part de ses familiers quelques manifestations courtoises et des protestations de fidélité. Fernan Nunez n'a garde de manquer au baisemain du Prince. « Ce sont de pe- « tites choses, mais qui en préparent de plus grandes. « Ces princes nous gouverneront demain et, natu- « rellement, si nous devons être quelqu'un, nous le
ia serons sous leur règne. » En attendant, occupons-nous toujours un peu de la Marcuci. « Entre « nous, elle me paie de retour, et, à la façon dont « elle se comporte, je me persuade que l'ami Dameto « n'a pas été bien loin. » — Fernan Nunez espère partir au commencement d'octobre avec son régiment dont la discipline hélas ! laissait à désirer. « La nouvelle qu'on allait envoyer un bataillon à « Alicante a produit une grande émotion. Ils ont cru
GRANDS d'eSPAGNE
({ qu'on les embarquerait pour les Indes. J'ai arrangé « l'affaire avec Perruque... Voilà ce qui s'appelle (( avoir du crédit en cour. »
Madrid, 20 septembre. — Toujours au mieux avec la Marcuci ; c'est une bonne fille. Le lit portatif est pour elle, à quoi bon le cacher? Il faut que les rideaux, à trente réaux la cana, dont il attend un échantillon le plus tôt possible, soient des plus galants, et que, sur le couvercle du coffre, on marque avec de petits clous son nom : Gertruda Marcuci. Le tout, bien emballé, devra être adressé à l'administrateur de Fernan Nunez, à Valence. « Et ne crois (( pas que nous en soyons au point d'avoir besoin « d'un lit pour passer notre temps, mais on doit « être prêt à tout. » — Il compte toujours partir le 1®'" octobre et retrouver Salm à Valence vers le 25. — Rien de nouveau, sauf l'annonce du retour prochain d'Aranda et la naissance du second fils des Tâvara. « J'ai tenu l'enfant sur les fonts ; il n'a pas « pleuré, quoique le curé et le sacristain aient fait « tout ce qu'il fallait pour cela. J'ai vu hier la mar- (( quise, ma commère, qui est comme s'il ne lui (( était rien arrivé de particulier. »
Madrid, 21 septembre. — La permission de Salm se fait attendre et Fernan Nunez a beau insister, Muniain ne répond pas. Les deux amis ne se verront donc qu'à Valence. — Retour d'Aranda. « Dimanche « à 5 heures, la troupe s'est formée pour recevoir (( Aranda, qui est entré en carrosse avec ses deux (( aides de camp, et un autre (Franco) à cheval à la <( portière. En avant, deux cavaliers à'Algarve, l'épée