‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 56 sur 190 · FER>'AN NUNEZ A NAPLES · texte numérisé non relu

FER>'AN NUNEZ A NAPLES

Reprenons Fernan Nunez à Aranjuez, prêt à partir, en mai 1772, pour son voyage qui devait durer plusieurs années.

Comme c'était son intention, il commença par l'Italie et se rendit d'abord à Naples, où devaient avoir lieu de grandes fêtes, à l'occasion de la naissance de Tinfante Marie-Thérèse, fille du roi Ferdinand \ Charles III ayant accepté d'être, avec l'Impératrice, parrain de la petite-infante, choisit, pour le représenter à Naples, le capitaine de la compagnie espagnole de ses Gardes du Corps, le fastueux et prodigue duc d'Arcos, qui déploya en cette occasion une si folle magnificence qu'il dut emprunter quatre millions de réaux sur ses biens pour faire face aux dépenses de son ambassade. Fernan Nufiez se rencontra à Naples avec le duc et sa suite, composée d'abord de trois jeunes gentilshommes, trois « aînés » de la Grandesse : les marquis de Cogolludo, Penafiel et Guevara, héritiers des ducs de Medinaceli, d'Osuna et du comte d'Ouate ; puis du frère du marquis de Santa Cruz, D. Pedro de Silva, alors colonel du régiment d'Afrique et qui, plus tard, entra dans les ordres, devint patriarche des Indes et joua aussi un important rôle politique au début de la guerre de rindépcndance, comme membre de la Junte Centrale.

Les cérémonies du baptême terminées, le duc d'Arcos, suivi de sa brillante escorte et de son intime ami Fernan Nunez, traversa l'Italie jusqu'à Jurin,

Fernan Nunez, Vida de Carlos III, fol. 81 \°.

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non sans s'arrêter dans quelques villes de la Péninsule. Don Carlos nous rend compte du séjour de l'ambassade à Bologne et de la visite qu'elle fit au célèbre Carlo Broschi, dit Farinelli, l'ancien favori de Ferdinand VI, dont la voix de soprano, d'une extension prodigieuse (deux octaves et demie), d'une douceur et d'une flexibilité uniques, transportait le pauvre roi, suspendait ses esprits et réussissait, par moments, à atténuer sa bizarre frénésie. Très honnête homme, très modeste pour un ténor et très prudent, il n'abusa point de la faveur extraordinaire que ses talents lui avaient value, à la cour d'Espagne, auprès de Ferdinand et de la reine Barbe aussi éprise que son mari de cette divine musique. « Il n'a jamais « fait, dit le baron de Gleichen, qu'un bon usage de (( son crédit et s'est tenu modestement à sa place, « tant qu'il a pu, évitant respectueusement les grands, (( et vivant avec les gens de sa sorte et de son « pays^. )) Lorsque Charles III succéda à son frère, Farinelli comprit qu'il n'était plus à sa place dans la nouvelle cour et qu'il n'y serait plus admis sur le même pied qu'auparavant. Et le Roi ayant un jour, par manière de plaisanterie, dit qu'il ne voulait plus de chapons que sur sa table, Farinelli ne se fit pas prier, prit congé du souverain et se retira près de Bologne dans une petite maison de campagne où il vécut encore de longues années avec ses souvenirs

1. Souvenirs, p. 2. Sur les débuts de Farinelli à la cour d'Espagne, voir les Mémoires du duc de Luynes, t. I, p. 365 ; t. V, pp. 145 et 427.

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