DESCRIPTION DE VIENNE
rignoiauce de la langue technique militaire nous ferait sans doute commettre. La fin de la lettre est plus accessible aux profanes ; c'est un tableau de Vienne et de la société viennoise, assez curieux, et qui révèle chez notre Fernan Nunez quelques qualités d'observateur.
<( Vienne est situé dans une vallée, bornée au couchant par quelques collines qui sont à environ trois quarts de lieue de la ville. La terre ne produit ^uère que du blé, comme la Gastille, et, par conséquent, l'aspect en est peu a«^réable. La ville est petite, mais les faubourgs ont une {grande extension : le tout contient deux cent mille âmes. Noblesse nombreuse et fort riche. La maison Esterhazy a six cent mille florins de revenu (le florin vaut dix réaux), et celle qui n'en a que cinquante mille ne passe pas pour riche. Et cependant ils payent énormément, car ils payent à proportion de leurs rentes et ne sont pas exempts des logements de cour dont je parlerai tout à rheure. Ils sont très jaloux de leur réputation, et, à la vérité, c'est une noblesse fort distinguée. Dans les états de la maison d'Autriche, il y a quelques seigneurs qui portent le titre de prince, bien que leurs fiefs ne soient pas les principautés. Ceux-là réclament l'Altesse, et on la leur donne ofliciellement ; mais les étrangers et les autres membres de la noblesse évitent, dans les relations ordilaires, de leur donner ce titre, en se servant du français. 'Empire ne les reconnaît pas pour princes et, à la diète, Is vont s'asseoir aux bancs des comtes. Les dames s'habillent à la française et, habituellement, >rtent des diamants dont elles se parent avec beaucoup le goût. Presque toutes se fardent. Quand elles sortent pied, elles sont en corps et sans rien sur la tête, même quand elles vont à Fégiise. Je parle ici de l'été, car, en hiver, je suppose qu'elles prennent d'autres précautions. Les maison- >oiil Ifimr- in-cc ina-iiiriccnce et la table y
est soignée et abondante. Les voitures ne sont pas en général du meilleur goût, mais les chevaux sont excellents. En hiver, il y a deux ou trois maisons ouvertes et puis de petites réunions. En ce moment, nous n'avons que celle du secrétaire d'État, car les autres personnes qui reçoivent habitent la campagne. L'habitude d'aller à la campagne n'est pas aussi répandue qu'en Italie, sans doute parce qu'ici les chaleurs sont moins fortes. Ordinairement, l'on dîne à deux heures et les réunions se terminent avant minuit.
Le théâtre commence à sept heures et demie ; la première noblesse ne fait nulle difficulté d'aller au parterre, et même les dames vont s'asseoir au milieu du public. L'entrée avec place assise coûte quatorze réaux. Les jours de fête, il y a des combats de bêtes et, de temps à autre, de nuit, des feux d'artifice. Ces spectacles coûtent bon marché. Les promenades sont spacieuses et même vastes, mais assez pauvrement ornées. Il y a cependant trois jardins à l'Empereur et quelques autres à des particuliers, dans les faubourgs, où l'on peut se récréer l'esprit assez agréablement : toute personne décemment vêtue y est admise.
De toutes les maisons construites dans l'enceinte de la ville, l'Empereur possède le deuxième étage et, si la maison en a quatre, il lui en revient deux. Toute la noblesse supporte cette charge, mais elle en atténue les inconvénients en payant une somme une fois pour toutes ou une rente annuelle, et de cette façon le propriétaire jouit de son immeuble entier.
Après le coucher du soleil, on sonne une cloche à toutes les portes de la ville, et celui qui, après ce signal, entre ou sort, paye une monnaie appelée creatzer qui vaut six maravédis : c'est un impôt général. Dans la ville, on trouve des courriers à pied pour porter les lettres, billets, etc., et si la course a lieu dans Tintérieur des murs, le prix est de trois sous ; pour le dehors, on paye à proportion de la distance.