‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 64 sur 190 · LA COUR IMPERIALE · texte numérisé non relu

LA COUR IMPERIALE

La cour a supprimé tous les jours de gala, sauf le premier jour de Tan. Il n'y a que deux résidences royales : Schœnbrunn et Laxenburg. La première est à une demilieue de Vienne ; on s'y rend par un très bon chemin bordé presque partout d'habitations et éclairé la nuit. Jusqu'ici, je n'ai été à Schœnbrunn que de nuit et ne puis pas parler du site. Le palais est neuf et assez grand ; les jardins, dit-on, sont fort beaux. Laxenburg est à deux lieues: je ne l'ai pas vu.

Jamais ni les ambassadeurs ni les ministres étrangers ni même, chose plus extraordinaire, les secrétaires ne suivent la cour. Et jamais ces derniers ne. travaillent personnellement avec rimpératrice ; ils lui envoient le porteleuille des dépêches fermé à clef. Sa Majesté les examine et signe. Si Elle a quelque affaire à consulter. Elle les appelle, mais habituellement Elle leur écrit de sa main. Je me reprends : chaque secrétaire a cependant son jour de travail avec l'Impératrice et, quoiqu'il soit certain qu'ils envoient le portefeuille fermé, cela doit s'entendre des expéditions prêtes à être signées. Je me suis mieux renseigné après avoir écrit ce qui précède.

Avant la réforme des dépenses, il y avait vingt-quatre pages ; on les a réduit à douze qui vivent à l'Académie et coûtent ainsi beaucoup moins à l'Empereur ; ils ne viennent au Palais que les jours de cérémonie. Pour les carrosses de la famille royale et le service de l'Empereur, ^il y a huit cents chevaux dont la garde est confiée à ^H^ois cents valets. La livrée compte en tout cinq cents ^Hbersonnes, y compris les trois cents palefreniers. ^H| L'arsenal contient des armes pour cent mille hommes ; ^K>n dit que c'est un des meilleurs de l'Europe, mais je ne 1^1'ai pas encore vu. La fabrique de porcelaines à la charge de la cour est excellente ; le magasin comprend six pièces toutes pleines d'étagères où sont exposés les objets à vendre. Le trésor du Palais qu'on montre aux étrangers renferme des joyaux de grand prix ; il y a aussi une galerie de beaux tableaux. C'est Charles VI qui a construit

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la bibliothèque publique dont rédifîce est de bonne architecture et contient trois cent mille volumes et dix mille manuscrits de choix. Les églises sont ornées dans le goût de celles d'Espagne, mais je n'en ai vu que deux qui puissent rivaliser avec celles de Rome ».

Tout à la fin du mois d'août, nos militaires allèrent rejoindre Frédéric à Breslau pour assister à de nouvelles manœuvres ; là encore Don Carlos eut une entrevue avec le Roi, au cours même des exercices et dans le temps qu'un épais brouillard avait suspendu le mouvement des troupes. La conversation fut cette fois moins agréable et moins courtoise, à en croire Guibert qui note le malin plaisir que Frédéric semblait prendre à embarrasser Fernan Nuîiez « par (( les questions les plus étranges sur les colonies « espagnoles, sur le Chili, sur le Paraguay, etc. » Ce qui inspire au colonel français la réflexion suivante : (( Persiflage ou questions embarrassantes (( sont la récréation favorite du Roi, surtout vis-à-vis « des étrangers. ^ »

Le dernier jour des manœuvres, Fernan Nuîiez eut à subir une petite mortification. Frédéric mangeait toujours, dans ces occasions, avec ses généraux, mais n'admettait pas d'étrangers à sa table. Notre Espagnol, convié par Anhalt, qui présidait la deuxième table, hésitait et se demandait si son piinto lui permettait d'accepter l'invitation. Le colonel de V Immémorial disait oui, mais le grand d'Espagne

1. Journal d'un voyage en Allemagne, t. II, d. 205 (2 septembre 1773).

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disait non. Ecoutons Guibert : « Invitrp.n* M. d'Anhalt (( à la deuxième table du Roi, qu'il ti( iit en qualité

(( (le picniicr adjudant Grand d'Espagne invité

« comme moi ii cette table : nous étions prévenus (( que le Roi l'a voit ordonné à M. d'Anhalt, en de- « mandant pourquoi cela n'avoit pas toujours été. (( — Embarras de l'Espagnol : — il ne savoit s'il <( iroit, s'il n'iroit pas ; il trouvoit la dignité de sa ({ Grandesse compromise : enfin il y vint. — Etran- « gers ne sont jamais, dit-on, admis à celle du Roi... '< Convives étoient les officiers supérieurs des régi- < ments ; mon Grand d'Espagne ne desserroit pas || « les dents : se trouvoit déplacé ; c'étoit peut-être <( vrai : moi, qui me trouvois fort bien, je mangeai « comme un diable V w

Sur un séjour que Fernan Nunez fit à Varsovie, où il passa le mois de septembre, nous ne savons rien de particulier. 11 nous échappe jusqu'au mois d'octobre. A cette époque, il est à Berlin, fort satisfait de Potsdam et de Sans-Souci, qu'il a été visiter, et très bien accueilli de Milord Maréchal (George Keith), une ancienne connaissance. Fernan Nunez tétait rencontré plusieurs fois avec ce personnage, Madrid, en 1759 ou 1760, chez la marcjuise de ^lasteldorrius, qui passait pour avoir été, en d'autres temps, vers 1744, la maîtresse du Maréchal*. Défini-

|i. Journal, etc., t. II, p. 217.

|2. « Matl. de Casteirios (s/c), sœur de M. le prince d'Yacci,

dame du palais de la Reine douairière (Isabelle Faruèse).

[le est, à ce qu'on m'a dit, fort intrigante. Cette dame, dans

jeunesse, a Jté la maîtresse de M. Marschall ». (Marquis

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tivement établi à Berlin, depuis 1763 environ, et très choyé par Frédéric qui goûtait sa « douce philosophie, » George Keith gardait un bon souvenir des années heureuses qu'il avait passées en Espagne, comme militaire d'abord, puis comme diplomate officieux, agent non accrédité du roi de Prusse. « Il « est extrêmement attaché à notre nation, écrit Don (( Carlos à sa sœur, et parle toujours de notre pays. (( Il en fait venir du vin, des garhanzos (pois chiches) « et mille produits qui lui servent à faire son olla et (( autres mets de chez nous qu'il se plaît à donner à (( goûter à tout le monde. Nous nous étions proposé, ({ Harris et moi, de venir manger de tout cela ; mais (( le prince de Prusse, que je vis ainsi que le Roi à (( la parade, m'invita à dîner. En sorte que Harris (( dîna seul avec Milord, et pas très bien, car ces (( plats-là ne lui vont guère ^ )).

Plan de voyage. Fernan Nunez voudrait se rencontrer avec Salm^. Il va lui proposer de se trouver à Calais au commencement de mars 1774 ; de là, tous deux se rendront en Angleterre et y séjourneront jusqu'à la fin de mai. Si Don Carlos obtient alors une prolongation de congé d'un an, il en profitera pour visiter la Hollande, la Suisse, et, par Strasbourg et Lyon, arriver en octobre à Paris, où il passera

d'Aubeterre à Choiseul, 9 juillet 1759. — AfF. Etr.; Espagne, vol. 525, fol. 105 vo.)

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