‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 71 sur 190 · COLONIE ESPAGNOLE A PARIS · texte numérisé non relu

COLONIE ESPAGNOLE A PARIS

Paris, dans la seconde moitié du xviii® siècle, était, tout autant que maintenant, l'un des séjours préférés de Taristocratie espagnole ; c'était aussi la station obligée de tous les diplomates que l'Espagne entretenait auprès des puissances du Nord et qui, à l'aller ou au retour, y prenaient langue, s'y instruisaient ou s'y divertissaient, selon leurs goûts et leurs capacités. Tout naturellement, l'ambassade du Roi Catholique servait de centre à la colonie. Là venaient, sitôt débarqués, les voyageurs de distinction qui désiraient être présentés à la cour ou simplement introduits dans le monde, promenés et amusés. L'ambassadeur, toujours un grand d'Espagne et choisi parmi les plus riches, à cause des lourdes charges qui lui incombaient à ce titre, considérait comme sa première obligation de recevoir splendidement ses compatriotes de qualité identique ou équivalente à la sienne, de les produire avec avantage dans la société parisienne et de tenir chez lui table ouverte. Surtout depuis la conclusion du Pacte de famille (17G1), qui donnait à l'ambassadeur une situation privilégiée sur tous les autres membres

Idu corps diplomatique, on exigeait de ce haut fonctionnaire qu'il fût particulièrement fastueux et même prodigue : les qualités essentielles au diplomate ne venaient qu'en seconde ligne, tellement les souverains et les ministres des deux alliés se croyaient sûrs de marcher toujours d'accord. Pendant la période dont nous traitons, trois ambassadeurs occupèrent successivement ce poste de magnificence : le comte de Fucntes, Aranda et notre Fernan Nunez, qui l'ut le

dernier ambassadeur espagnol accrédité auprès de Louis XVI.

D . Joaquin Atanasio Pignatelli de Aragon, seizième comte de Fuentes*, avait été ambassadeur à Londres avant de représenter l'Espagne à Paris. C'était un fort honnête homme, mais d'une intelligence moyenne, pour ne pas dire médiocre. De très haute naissance et de très illustre maison, il ne paraît pas avoir possédé non plus, à un degré éminent, l'art de plaire ni de briller à son rang. On le trouvait un peu ennuyeux et lourd : a dull man^ disaient les Anglais, pesado^ diraient les Espagnols^. Ossun , notre envoyé, qui voyait très clair et connaissait à fond tout le personnel de la cour de Charles IIÏ, parle, en 1760, de « la longue, droite et (c silencieuse figure de cet ambassadeur », qui, à son avis, devait en imposer au ministère britannique^. Nommé ambassadeur près la cour de France en octobre 1763, à la place de Grimaldi, rappelé en Espagne pour succéder comme ministre d'Etat à D. Ricardo Wall, il ne prit possession de son poste

1 . Il faut éviter de confondre le comté de Fuentes en Aragon^ créé, en 1488, au profit d'un Fernandez de Heredia et qui passa plus tard à une branche de la famille Pignatelli, avec le comté de Fuentes de Val de Opero, en Castille, dont fut investi, par Philippe II, D. Pedro Enriquez de Acevedo,

2. Sur la lourdeur du comte de Fuentes, voyez des documents anglais cités par M. E. Asse, in/''» de Lespinasse et la marquise du Deffand, Paris, 1877, p. 102.

3. Ossun à Choiseul, 10 mars 1760 (Aff. Etr. ; Espagne, vol. 527, fol. 380).

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