‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 78 sur 190 · DÉBUTS ET VOYAGES D ARANDA · texte numérisé non relu

DÉBUTS ET VOYAGES D ARANDA

étaient les traits essentiels de sa physionomie, que ne rendait pas plus avenante une voix rauque et forte qui paraissait le prédestiner au commandement. Il eut bientôt Foccasion de l'exercer, comme colonel du régiment de Castille où il remplaça son père mort en 1742, puis, pendant les campagnes d'Italie, qu'il fit avec distinction sous les ordres de Montemar, de Gages et de l'infant Don Philippe. Marié, en 1749, à sa cousine D" Ana Maria del Pilar Fernândez de Hijar, sœur du neuvième duc de Hijar, il en eut un fils, D. Luis Augusto (né à Saragosse, le 26 août 1750 et mort en bas âge) et une fille, qui, plus tard, devait épouser le marquis de Mora.

Puis il voyage, assiste en Prusse aux manœuvres de Frédéric et, en dernier lieu, s'arrête en France où il se crée de nombreuses relations, qu'il retrouvera par la suite quand ses fonctions d'ambassadeur l'auront rappelé chez nous. En 1753, ayant fait un assez long séjour h Paris, il y voyait souvent M. Berryer, avec qui il s'entretenait de la police que dirigeait alors ce personnage \ La chute du marquis de La Ensenada le rappela en Espagne. C'est alors que sa carrière se dessine et qu'il commence à sortir du rang. Nommé lieutenant général, le 28 mai 1755, en même temps que le comte de Priego, colonel des Gardes Wallones,

al cierzo — y otro al levante », chantait le peuple de Madrid, quand Aranda, en 1766, lors du molin, fut nommé président de Castille (A. Puigblanch, Opdsculos gramdtico-satiricos, t. I, p. 28, et Corecciones i adiciones).

1. Notice manuscrite sur Aranda datée du 16 juillet 1773 (Aff. Etr. ; Espagne, vol. 572, fol. 64).

et que le duc de Banos, ses compagnons d'armes d'Italie, il fut envoyé comme ambassadeur à Lisbonne, à la place du comte de Peralada, mort pendant le tremblement de terre de 1755. Là, son caractère fougueux et sa raideur lui jouèrent déjà quelques mauvais tours ; il ne put pas s'entendre avec Pombal, qui ne passait pas non plus pour fort accommodant. Bref, Aranda donna sa démission et revint à Madrid pour y recevoir la Toison d'or, sur la proposition du ministre Wall (13 avril 1756). Ce fut un an après que le Roi le nomma directeur général de l'artillerie et du génie, place créée pour lui (30 mai 1757) et qu'il ne conserva pas longtemps, car, ayant prétendu découvrir, au sujet de la fourniture du matériel d'artillerie, des marchés préjudiciables au Trésor, il en exigea la résiliation, faute de quoi il demandait d'être relevé de ses fonctions, même de celles de lieutenant général \ On tomba d'accord à Madrid qu'il avait très probablement raison pour le fond, mais certainement tort dans la forme. Le Roi, pour ménager et le principe d'autorité et son secrétaire d'État de la guerre, accepta la démission d' Aranda, qui, à la suite de cette incartade, souffrit un exil de deux années environ, dont le tira seulement le nouveau souverain, lors de son passage par Saragosse, en mars 1760. Comme première grâce de joyeux avènement, le roi Charles le rétablit dans son emploi de lieutenant général et le nomma ambassadeur en

1. Duc de Luynes, Mémoires, t. XVI, pp. 366 et 419 (janvier et avril 1758).

CAMPAGNE DE PORTl r.AL 115

Pologne 12 mai 1760). Pour n'en point perdre l'hahitudo, Aranda trouva moyen, à Vienne, où il ne passa que quel({ues jours, de créer des embarras à son L^oiixei iicmciit en refusant de rendre la première visite au comte de Choiscul, ambassadeur de France. Charles III, qui avait le sentiment de la justice et des convenances, désavoua complètement Aranda ^ ; mais, comme il avait bonne nu'inoire, il est probable qu'il se souvint plus tard de la petite mortification (jue lui avait infligée bien gratuitement le trop pétulant ambassadeur.

Sur ces entrefaites et pendant qu 'Aranda représentait l'Espagne à la cour de Pologne, éclata la guerre contre le Portugal. Le Roi, qui manquait d'officiers comme il manquait de bien d'autres choses pour mener à bout cette campagne', rappela Aranda et l'adjoignit au vieux marquis de Sarria, commandant en chef des troupes espagnoles. Arandit (juitta Varsovie le l(S mai 17G2, ;nriv;i à Madrid le 28 du mois suivant et, de là, se rendit aussitôt à l'armée. Le 30 août, après la prise d'Almeida, le marquis de Sarria (Hait i<I('\('- de son commandement, qu'il échangeait cotitre la Toison, et Aranda prenait sa

1. Air. i:h. ; i:sj.;.-nc, vol. 529, fol. 232, et vol. 530, fol. 26 v«.

2. Voir le mémoin di' 1 avier, dans Boutaric, Correspondance secrète de Louis A'V, t. II, p. 216. Lf P. Tsla, tc-moin da départ pour l'armée des nobles de Galice, ([ui, parait-il, se faisaient prier, écrivait ceci : « Todo es ordenos y contraordenes, bulla, confusion y reboltijo, et praeterea uada ». (Lettre inédite, datée de Pontevedra 1" (x tobre 1762. Communication du R. P. Gaudeau).

place. Les talents militaires du nouveau commandant en chef n'eurent pas l'occasion de se déployer et de briller beaucoup pendant les derniers mois de cette piètre campagne ; mais il n'en remporta pas moins l'honneur de l'avoir conduite à bonne fin, et, l'année suivante, le Roi mettait le comble à ses faveurs en élevant Aranda au grade suprême de la hiérarchie militaire, grade jusqu'alors peu prodigué, celui de capitaine général (3 avril 1763). Il avait à cette date h peine quarante-quatre ans. Pour donner quelque aliment à l'activité dévorante d'Aranda et aussi peutêtre pour l'éloigner de Madrid, où il commençait à devenir gênant, Charles III l'envoya gouverner Valence (10 mars 1764 . Il y demeura environ deux ans, jusqu'à la fameuse émeute de 1766, qui rendit sa présence indispensable dans la capitale. Le Roi, dont l'autorité absolue avait été foulée aux pieds, dont la vie même avait couru quelques risques, ne put que s'adresser à celui que son entourage lui désignait comme la plus forte tête et la main la plus ferme de son royaume. A contre-cœur peut-être, car Charles IIÏ n'aimait pas trouver sur sa route des volontés si opiniâtres, mais contraint par la nécessité, il appela en toute hâte Aranda, de Valence, et lui confia, à la fois, la présidence du Conseil, la charge administrative et judiciaire la plus considérable de la monarchie, et la capitainerie générale de laNouvelle- Castille\ On sait comment Aranda, par sa vigueur

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