‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 80 sur 190 · Ferrer del Rio, Ffistoria de Carlos III, t. III, p · texte numérisé non relu

Ferrer del Rio, Ffistoria de Carlos III, t. III, p

nistre d'Etat Grimaldi, de l'autre. A propos des négociations qui avaient lieu alors avec l'Angleterre, Ossun nous apprend qu' a Aranda a été assez em- ({ porté et assez imprudent pour écrire ces jours « derniers une lettre au marquis de Grimaldi, qui (( contient, à ce que l'on m'a assuré, une critique (( amère et satirique de la conduite du Roi Catholique « et de ce ministre dans la négociation présente. « Le monarque en a été offensé au dernier point « et il a défendu que M. le comte d' Aranda fût « consulté à l'avenir sur aucun objet politique et (( étranger k la place qu'il occupe \ » Le Roi patienta trois ans encore, mais il fallut enfin se décider à éloigner pour un temps ce censeur importun et gênant. Vu la situation considérable du personnage et son crédit toujours intact auprès du populaire, on y mit de grand ménagements et l'on colora la disgrâce en l'envoyant à l'ambassade de Paris remplacer le comte de Fuentes, qui, rappelé en Espagne par ses malheurs de famille, ne demandait qu'à se démettre de ses fonctions diplomatiques.

Voici donc Aranda sur un nouveau théâtre où il apparaît revêtu d'un assez grand prestige : à la fois recommandé à la cour par sa naissance et ses charges antérieures, et puis prôné par les philosophes, qui, ayant flairé en lui un disciple, le réclament pour un des leurs, prétendent accaparer un si puissant personnage. Nommé au mois de

1. Ossun à Choiseul, 24 décembre 1770 (AfF. Etr.; Espagne, vol. 561, fol. 475 vo).

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juin 1773, il partit en août et eut sa première audienr<' le 1"? septembre. Se trouvant trop petitement !()<;(' dans Thotel de Soyecourt, rue de l'Université, oîi hahitait le cmhuIc de l^icntcs, il alla s'installer rue des Petits-Champs, dans la maison du marquis de Brunoy \ Ses débuts à la cour ne répondirent pas à l'attente générale du public très surexcité par tout ce qu'il savait du nouvel ambassadeur. Le tact n'était point la qualité dominante d'Aranda ; de plus, il ne parlait sans doute pas assez couramment le français pour se produire avec aisance dans cette société si sensible aux moindres peccadilles contre l'usage et le bon goût, si impitoyable pour ceux qui y contrevenaient. La lettre suivante, adressée au comte de Périgord par une femme qui dîna avec Aranda à Versailles, le jour même de son audience, trahit l'impression peu favorable qu'il produisit dans ce milieu :

Versailles, ce 12 septembre 1773.

Je me suis toujours promise, Monsieur le Comte, de vous mander Teiret que me feroit M. d'Aranda. Vous vous ressouvenés que bien des fois vous m'aviés dit que vous désiriés le voir avec M. de Kaunitz, de Pombal et d'Aif^uillon, comme les hommes qui avoient ou qui dévoient avoir la plus grande existence dans l'Europe.

M. d'Aranda est loin de sa réputation. J'ai dîné avec lui aujourd'hui ; non seulement il n'a pas dit une chose spirituelle, mais il a d • dans le plus lourd et dans le

1. Correspondance complète de la marquise Du Deffand, éd. de Lescuro, Paris, 1865, t. II, p. 348.

plus commun : il est vrai que je le crois un peu sourd et qu'il n'y voit pas. Ajoutés-y de se trouver avec beaucoup de monde qu'il ne connoit pas. Il a l'air faux. Je suis arrivée à dîner comme de raison ; il ne m'a rien dit. J'ay pris ma place ordinaire auprès du ministre. Après dîner, il n'a eu rien de plus pressé que de se faire présenter à moy. Je me suis mise en fraix avec un peu de peine, mais je lui ai fait de grands compliments sur l'avantage que nous avions sur lui de le connoître de réputation. Mes louanges lui ont plu, et, quoique sourd, il m'a fort bien entendu... Il m"a dit que le travail sans considération et sans crédit, après celui qu'il avoit eu, le fatiguoit et l'ennuyoit, qu'il avoit eu une trop grande existence pour devenir particulier ne se mêlant de rien, qu'il avoit préféré de venir icy à aller dans ses terres. Il ne me l'a pas dit, mais sa grande raison sont les femmes. On dit qu'il veut faire tourner toutes nos têtes. Je répons qu'il aura les filles qu'il voudra, car il est fort riche, mais il est bien laid, bien jaune, point de dents, l'air vieux, quoiqu'il n'ait que cinquante-quatre ans, un dragon dans l'œil : je trouve qu'il ressemble au duc de Laval. A son audience chez Mme la comtesse de Provence, il luy a dit pour toute harangue : « Madame, comment vous portez-vous » ? Elle luy a parlé du roy d'Espagne. Il luy a dit : <( Il vous assure de son respect » ; à M. le comte de Provence: « de son attachement ». Chez Mme la Dauphine, rien ; on dit qu'elle ne lui a pas laissé le tems. Ce sont les princes et les princesses qui m'ont dit à moy ce que je vous dis là. Il paroît qu'on s'est servi de lui pour détruire les Jésuites comme du Parlement qu'on a cassé après. Je commence à croire que son arrivée, à laquelle on supposoit de grandes suites, n'est autre chose que la crainte qu'il a eue de se voir exiler. Il m'a assuré que ce n'étoit pas s'expatrier que de venir icy'.

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