Un puits profond dont l'ouvorture serait trop étroite
disait d-' l'inh'lli^cnce d'Ai-.ind,! ]<• ui;ii-i[uis (.'aiMcciulo.
du sang, avait dû refuser au comte d'Aranda, tout en lui en offrant une autre, mais moins bien située. Or, voici en quels termes Aranda jugea indispensable de revendiquer les droits de l'ambassadeur catholique qu'il croyait sérieusement lésés par cette substitution.
Paris, 8 juin 1784.
« J'ai eu aujourd'hui l'honneur d'instruire V. Excellence de ce qui s'étoit passé ce matin entre M. le Prince de Poix et moi relativement à la loge de la grande salle pour le spectacle annoncé; et, en arrivant chez moi, de retour de Versailles, mon suisse m'a présenté le billet de la copie ci-jointe en date du 6, et remis à lui pendant mon absence. Dans ôelui-ci vous verrez comprouvé le changement de loge et d'étage, et que M. le Prince de Poix par sa seule opinion se croit l'arbitre de ses mesures. Je répète à V. Excellence que l'honneur distingué de la loge et de son emplacement, je les crois tenir de la grâce et bonté de S. M. T. G. et point de la faveur de ceux qui les distribuent... M. le Prince de Poix me demande la note des dames que je compte placer, ce que pour la première fois j'entends exiger. Je dois supposer qu'il ne s'en doute point de leur qualité, comme de toutes celles qui précédemment m'ont honoré. S'il veut savoir le nombre pour disposer à son gré des places de reste dans la loge, il ne se vérifîeroit point la grâce d'une loge entière qui toujours a été remplie en dames et hommes comme il faut. Si M. le Prince, par le moyen de savoir celles qui seroient priées, vouloit s'en dispenser de leur accorder séparément d'autres places pour pouvoir ^ fournir à quelques autres dames, ce seroit une demande amicale à laquelle je me preterois très volontiers ; mais je laisse à V. Ex'^^ juger du ton du billet pour que je puisse me flatter de l'amitié de M. de Poix ni de quelqu'égard à l'Ambassadeur de Famille, quand il est cléj4 celui-ci le second cas de prétendre le déplacer. Tel
MANIES d'aRANDA 167
qu'il soit le plaisir de S. M. de me placer au quatrième, je serai exact et également reconnoissant à sa suprême volonté; mais il y a une ^irrande dilTérence pour les ambassadeurs de famille de dépendre de celle de ceux qui n'ont eu nulle part à la g^râce. Par la voie de V. E., je regarderoi toute résolution comme émanée de la source qui peut la dicter*. »
Une autre fois, c'est son carrosse dont la portière a été un peu brusquement ouverte par des gabelous trop consciencieux qui tenaient à s'assurer de la qualité des personnes qui l'occupaient. Le moindre accroc à l'étiquette le jetait dans des fureurs inexprimables et, chose plus grave, lui mettait la main à la plume. Les archives des Affaires Etrangères sont pleines de poulets d'Aranda tous rédigés dans l'aimable langage du papier que nous citions tout à l'heure.
Cet homme si prompt, impérieux, et irritable, et qui s'observait si peu, devait avoir des manies. Il en avait et qui firent la joie de notre société spirituelle et moqueuse. L'un de ces tics consistait à commencer toutes ses phrases à la Belge, par un « entendez-vous ? comprenez-vous ? )> Le duc de Lévis conte à ce propos une plaisante anecdote :
« Un jour qu'il jouait au pharaon chez la princesse de Lamballe, le banquier, voyant qu'il se trompait, refusait de lui payer un coup qu'il avait gagné, l'ambassadeur soutenait sa prétention avec toute la fierté castillane ; enfin, voyant que le banquier ne se rendait pas, il saisit