Mémoires, t. YII, p
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et divers rapports de police, annexés à la correspondance diplomatique d'Espap^ne que conservent les archives des Affaires Etrangères, nous découvrent dans Araiida un viveur de qualité qui, certes, n'avait pas grand'chose à apprendre de nos débauchés les plus fameux.
« Avec des connoissances et des talens aussi rares, le comte d'Aranda n'a pas été exempt de la passion décidée pour les femmes, par tempérament. On dit même qu'il en a usé avec aussi peu de ménagement que de délicatesse dans le choix ; il n'a cherché qu'à satisfaire cette passion dominante.
Lors de son premier voyage à Paris, plusieurs femmes étoient occupées à lui procurer de petites ouvrières introduites tous les matins par Saint-Jean son laquais de confiance, jamais deux fois la même. On assure aussi que cette passion n"a jamais influé sur son travail dans la recherche des connoissances qu'il désiroit acquérir, ni sur ses affaires domestiques. On dit même qu'il s'est contenu pendant l'exercice de sa présidence de Gastille par les travaux qu'elle exigeoit, pour y établir l'ordre et la police, et qui ont en quelque façon altéré sa santé, prétexte qu'on donne de la démission qu'il a fait de cet employ entre les mains du Roy son maître pour être son ambassadeur à la cour de France... * »
Comme beaucoup d'hommes fort graves, mais dont les nerfs surexcités par un labeur intellectuel constant ont besoin de temps h autre d'une brusque détente , Aranda interrompait soudainement son travail pour courir au plaisir : il y courait en homme
1. Rapport de police, du 16 juillet 1773(Alf. Etr; Espagne, vol. 572, fol. 64).
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pressé et qui ne choisit pas. Son physique, à vrai dire, l'excusait aussi de ne point porter ses hommages en meilleur lieu et de se contenter de femmes très faciles. Les rapports de police signalent la demoiselle Lolotte, danseuse à l'Opéra, et la demoi- Morin, « une brune piquante », comme jouissant particulièrement de la protection de M. l'ambassadeur d'Espagne.
Vendredi, 14 février 1774.
« Les alentours tant de la demoiselle Lolotte, danseuse à l'Opéra, que de sa famille, n'ayant point été du goût de M. le comte d'Aranda, ambassadeur d'Espagne, il l'a quittée il y a peu de tems, après lui avoir fait quelque bien.
Ce ministre ne pouvant avoir le cœur oisif, a envoyé son valet de chambre chés la femme Aubert de qui il a été fait mention dans un des rapports précédens, pour lui dire de lui aller parler et de lui chercher une jeune personne comme elle savoit qu'il la lui faut pour s'i fixer ; mais l'officieuse Aubert, retenue au lit depuis près de quinze jours par la goûte, n'a pu jusqu'à ce moment remplir l'un et l'autre objet de Son Excellence.
Le valet de chambre de M. l'Ambassadeur a rapporté confidemment à la dite femme Aubert que l'intrigue de son maître avec la demoiselle Lolotte étoit parvenue à la cour ou on l'en avoit plaisanté et que cela avoit paru ne lui point faire plaisir. La première, tant pour se disculper que pour se venger de la jeune danseuse qui n'a pas été fidèle dans le décompte, a répliqué que c'étoit par l'imprudence de celle-ci qui avoit donné de la publicité à sa bonne fortune dans le foyer de la dansée »
La demoiselle Lolotte mise en disgrâce comme 1. AfF. Etr.; Espagne, vol. 573, fol. 97.