‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 94 sur 190 · Aff. Etr.; Espagne, vol. 588, fol · texte numérisé non relu

Aff. Etr.; Espagne, vol. 588, fol

STYLE FRANÇAIS d'aRANDA 175

A Paris, le 14 août 1782.

«... Peut-être que demain je passerai à Versailles pour faire ma cour au Roy en premier lieu, et pour savoir en second de M. le duc de Villequier s'il voudrait avoir pitié de moi pour m'accorder la jouissance de l'hôtel en ce qu'il n'aurait pas besoin pour la vente des meubles et loger ses gens destinés à leur garde.

Il n'y a que la bibliotèqueau second queje lui demande, avec 101 marches à monter assiduement, dont le transport des livres ne serait pas un ouvrage inconu, puisqu'il se fait fort souvent à Paris ; et je lui ai proposé qu'en ce cas là je prendrai à l'estimation d'experts la boiserie, qu'autrement il devrait avilir avec perte considérable par son déplacement. Je payeray aussi le loyer de la partie qui me serait cédée à proportion de son mérite et rien empêcherait la vente, ni aucun autre service des héritiers.

Voilà, M. le comte, le contraste des corps morts de la bibliotèque, qui ne diront pas un mot, et celui de tous les vivants de ma maison, moi le premier, qui ne cesserons de maudire mon sort.

Si tout ce qui se passe avait dépendu de moi, je mériterai tout ; mais la notoriété me sauve, et votre Excellence scait le tout.

J'ai respecté les loix du pais, j'ai délogé, je me suis procuré à droit et à gauche oîi me placer sans épargne. J'eusse par intérim ou mettre à couvert ma tête, et tout le reste du corps de ma maison ecartelé par ci, par là. Je dois encore quiter à l'automne, pour me réfugier à une auberge dans la ville plus grande de l'Europe, dans la cour qui a tant des égards pour les représentants des autres, dans celle si liée avec la mienne, sans trouver une protection qui me favorise pour me tirer de l'embarras, quand je me contente d'être encore très incomodément? Je réclame l'amitié de V. Excellence; la prudence et honeteté de M. de Villequier ; et tous les

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droits d'hospitalité pour mon caractère et pour ma personne, dont la reconnoissance sera éternelle... * »

Ou bien encore, cette petite consultation culinaire, à propos de langues de bison, mets fort à la mode en ce temps où notre aristocratie ne rêvait qu'Amérique.

Paris, 7 février 1786.

« Je vous envois, M. le Comte, les langues de la Louisiane dont je vous ai parlé hier. Nous les appelons des ciholo^ mais je crois qu'en françois se disen bisons, ou buffles, ou bœufs sauvages. Elles exigent une cuisson de 6 ou 7 heures, et on les mangent froides, ou aussi chaudes avec quelque sauce ; et il n'en faut point y mètre du sel, parce que d'elles mêmes sont assaissonées. C'est l'affaire du cuisinier de leur trouver le point convenable pour la cuisson et l'apprêt. Avec tout cela nos langues de bœufs en valent autant, quoique les autres sont très bonnes surtout pour les chasseurs, et boire un coup après. La rareté a quelque mérite dans nos fantaisies... ^ »

Tant d'autres étrangers ont eu la même audace et ne s'en sont pas mieux trouvés, qu'il y aurait quelque mauvaise grâce à reprocher à Aranda des billets tout intimes et dont il ne pouvait prévoir, à un siècle de distance, l'indiscrète exhumation. Malheureusement pour sa réputation littéraire, il commit une imprudence plus grave en prétendant un jour écrire pour le public et imprimer sa prose.

1. Lettre à Vergennes (Afï. Etr.; Espagne, vol. 608, pièce 123).

2. Lettre à Vergennes (Aff. Etr.; Espagne, vol. 619, fol. 92).

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La brochure, on Taccorde, est anonyme, mais les contemporains et les bibliographes compétents désiofnent Aranda, et il est permis, croyons-nous, de la lui attribuer s:ins la moindre hésitation : tout au plus Ta-t-il lail retoucher, et par quelqu'un qui y aura mis de la discrétion, car le style du mémoire est bien de la même venue que les billets à Vergennes.

Cette brochure, intitulée Dénonciation au public du Voyage d'un soi-disant Figaro en Espagne, par le i^éritable Figaro^, et qui porte l'épigraphe « currente flagello », vise et tend à réfuter le fameux Voyage de Figaro enEspagne^ de Fleuriot de Langle, dit le marquis de Langle, dont la première édition parut à Saint- Malo en 1784. Il est facile de se rendre compte pourquoi Aranda crut devoir répondre à ce libelle indécent et insultant pour l'Espagne. Outre qu'il blessait certainement le patriotisme et le « punto » du comte, ce méchant écrit compromettait aussi l'homme public, l'ambassadeur du Roi Catholique, qui devait à son caractère et à ses fonctions de repousser toute attaque injurieuse contre l'Espagne. Et Fleuriot de Langle compromettait d'autant plus Aranda, qu'il avait jugé à propos de l'accabler d'éloges, le nommant par exemple « le seul homme de qui la monarchie espace gnole puisse s'enorgueillir à présent », et lui attribuant toutes sortes de projets ridicules ou insensés, comme de faire graver sur le frontispice de tous les temples d'Espagne, « dans le même écusson, « les noms de Calvin, de Luther, de (lonfucius, de

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