Mémoires, éd. Cljéruel. Paris, 1874, t. XVII, p
2. Dans des documents officiels, on le trouve aussi nomme duc de Lerma, aiilr< iih( i( cueilli |»;(r' les Silva.
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grandes charges de cour réservées aux personnes de son rang ; il fut, comme tous les Grands, gentilhomme de la chambre et ne fut que cela. On se l'explique par ce fait que, depuis son second mariage avec la princesse Marie-Anne de Salm Salm, il passa une partie de sa vie à l'étranger, à Paris principalement où il habita plusieurs années. Le duc de Béjar l'appelait a un Espagnol à l'antique greffé sur un « Français moderne )). Il mourut à Francfort-surle-Mein, le 2 juin 1790, à l'âge de soixante ans et demi. En premières noces, il avait épousé la fille du duc de Frias, D^ Francisca Javiera de Velasco y Tobar, qui ne lui laissa pas d'enfants ; en revanche, il en eut quatre de sa seconde femme, la princesse de Salm : Don Pedro, qui succéda dans le duché et qui a un nom dans l'histoire d'Espagne du commencement de ce siècle, Don José, mort en bas âge, Don Manuel, qu'on appelait à Paris le chevalier de Tolède, et D^ Maria Leopoldina, l'aînée de la famille, mariée d'abord au marquis del Viso, fils aîné du marquis de Santa Cruz, et, en second lieu, au duc de Beaufort Spontin.
Dans le courant de l'année 1777, les Infantado vinrent s'établir à Paris, très probablement pour y compléter l'éducation de leurs deux fils, qu'accompagna d'ailleurs un précepteur espagnol, le botaniste valencien Antonio Cavanilles. * Peut-être aussi la duchesse tenait-elle à se rapprocher de certains membres de sa famille, entre autres de sa
1. Fustér, Biblioteca Valenciana, Valence, 1830, t. Il, p. 257.
l'hôtel de salm \ i>Ains 187
sœur, Marie Françoise de Salm, m;iii('c ;i Cicoii^c Adam, prince de Starhemberg, ministre plénipotentiaire aux Pays-Bas et précédemment ambassadeur impérial à Paris. Sur la vie bien calme, bien austère même, que menaient les Infantado dans l'hôtel de la rue d'Enfer où ils s'installèrent tout d'abord, nous trouvons des renseignements dans quelques lettres du duc Don Pedro au prince Emmanuel de Salm Salm. Le duc, après avoir conduit sa famille à Paris, était rentré en Espagne pour y séjourner quelque temps, et c'est de Madrid qu'il correspondait avec son beau frère nouvellement entré au service de France. L'intérêt de cette correspondance, qui roule sur de tout petits faits de l'existence journalière, réside dans le ton et le tour que ce grand seigneur donne au récit qu'il fait de sa vie fort monotone ou aux questions qu'il pose sur sa très pieuse épouse, ses enfants ou la colonie espagnole de Paris. Qui désirerait entendre parler un grand d'Espagne, très brave homme et tendre père, aussi plein de sollicitude pour ses « petits )> que de respect et de défcK'iHc (Il vers sa femme dont il confesse humblement la supériorité au point de la nommer sa (( souveraine », trouvera sans doute quelque plaisir à parcourir ces billets dont nous produirons quelques extraits.
A l'hôtel de Salm, avons-nous dit, la vie s'écoulait un peu terne. La duchesse, livrée à sa dévotion ou occup(''e (le l'éducation de ses fils v.i dVruvres de charité, ne se laissait point distraire par les dissipations de la vie parisienne ; sans doute elle ne devait pas
non plus paraître à la cour, où elle eût pris cependant, par son rang, sa parenté avec l'ancien ambassadeur d'Autriche et sa grande fortune, une place très enviée. Mais rien ne pouvait l'enlever à ses devoirs de femme pieuse et de mère dévouée. Les grandes réjouissances dans ce milieu, c'était quelque cérémonie religieuse: par exemple une bénédiction de cloches dont les Infantado avaient accepté d'être parrains, comme celle qui eut lieu, le 2 décembre 1778, en l'église de Saint-Jacques du Haut-Pas. « lime semble, « écrit le duc, que je vois d'ici nos deux bambins « à la cérémonie des cloches, mon pauvre Manolin (( tout préoccupé, comme c'est naturel, du bruit que (( va faire le carillon, et Perico, l'espiègle, fourrant « sa tête sous la cloche, pour voir s'il ne trouvera « pas à y embrouiller quelque chose. J'ai bien ri (( d'apprendre que mon nom a été cité dans le Jour- « nal de Paris *, quoique je n'aie figuré que sur le « papier ; mais Madame ta sœur et ma souveraine « me considérait sans doute, à distance, pendant (( qu'elle présentait mille compliments à M. le Pré- « sident et à M"^** la Présidente^. Nous recauserons (c de tout cela quand je viendrai là-bas ^ »
Dans cet intérieur, gouverné par une femme si timorée et si austère, les plaisirs mondains n'avaient
1. Voir le Journal de Paris, du 1^'^ décembre 1778. De cette bénédiction, il existe aussi une relation imprimée à part (Bibl. Carnavalet, n» 12, 241).
2. Le président Pierre Gilbert de Voisin, marquis de Vilennes, et sa femme Anne-Marie-Heuriette de Merle.