PREMIÈRES RENCONTRES
loiit au plus ritalien, ce sont les écrivains italiens qu'il lit et dont il s'inspire; il a fallu l'avènement des Bourbons pour substituer dans les lettres et les arts l'influence française à l'influence italienne.
Quoi qu'il en soit, les rares manifestations d'une connaissance approximative du français en Espagne, au xvi^ et au xvii® siècle, vous sont dues en grande partie. Vous avez de cette façon servi d'éducateurs à vos maîtres et élargi l'horizon quelque peu borné de la culture littéraire espagnole.
Mais c'est assez insister sur des faits qui vous sont certainement connus, et j'ai hâte d'en venir au sujet même qui doit nous occuper. A l'aide des divers témoignages qu'il m'a été possible de recueillir dans les écrits du xvi^ et du XVII'' siècle, je m'efl'orcerai maintenant de vous traduire les impressions que vos compatriotes et les choses de votre pays ont laissées dans Tàme des Espagnols.
La première rencontre, — je n'ose dire le premier rapprochement, — entre Espagnols et Flamands eut lieu, comme vous le savez, dans les premières années du xvi® siècle, au temps de votre duc Philippe le Beau, fils de l'empereur Maximilien, qui avait été marié en 1497 à Jeanne de Gastille.
Auparavant, sans doute, les deux peuples avaient eu quelques points de contact, quelques occasions de s'observer. Des artistes et des artisans flamands étaient venus exercer leur métier en Espagne et avaient participé à l'élaboration de quelques-uns des chefs-d'œuvre de l'art gothique dans ce pays; des hourques flamandes étaient entrées dans les ports espagnols et y avaient déchargé les produits variés de votre industrie nationale; les foires de Médina del Gampo et Burgos, le grand marché des laines de Castille, avaient été fréquentés par vos gros marchands de Bruges ou d'Anvers.
Un vieux poète castillan du xv* siècle nous raconte un long rêve qu'il a eu et au cours duquel il s'est cru successivement docteur à Bologne, cardinal, pape, empereur, en dernier lieu et pour comble, l'homme le plus séduisant du monde, le plus choyé par toutes les femmes. C'est à ce moment hélas! qu'il se réveille etque la triste réalité le ressaisit. Parmi ses nombreuses incarnations, il en est une qui nous intéresse : « Converti en marchand, « je me vois en Flandre où je charge dix na- « vires de drap précieux et d'autres objets de (( très grande valeur. Avec ce chargement, je « viens à Séville où je le vends un prix fabu-