‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 152 sur 206 · LA NATIONALITE BELGE · texte numérisé non relu

LA NATIONALITE BELGE

flamand et les apprécier sainement, qu'ils ont même été tout à fait séduits par quelques particularités de votre vie ou de vos institutions, qu'à bien des égards donc ils seraient fort mal venus de regretter leur union temporaire avec vos pays qui leur a rapporté, moralement et intellectuellement, plus qu'elle ne leur a coûté.

De votre part, estimerez-vous qu'il en a été de même ? Avez-vous reçu autant que vous avez donné et avez-vous tiré de votre union avec l'Espagne un bénéfice réel capable d'en compenser les inconvénients, qui sont, je le sais, très présents à votre mémoire ? Il n'appartient pas à un étranger de décider une question si délicate et complexe ; je ne vous dirai même pas quel est mon sentiment ; je me contenterai de vous suggérer quelques réflexions et d'exprimer un vœu.

Vous avez, après plusieurs siècles de luttes et de traverses, réalisé le plus beau rêve d'un peuple, la constitution d'une nationalité. Ceux qui ont retardé l'accomplissement de ce rêve n'ont pas été toujours des ennemis cruels ou des maîtres durs. Sans parler des avantages matériels, dont j'ai dit quelques mots, que vous a valus l'annexion à une monarchie puissante, n'avez-vous pas joui, sous ce régime

étranger, de périodes de calme, de bien-être, môme de liberté relative, pendant lesquelles votre génie s'est singulièrement fortifié et développé? Je dirai plus : vos plus mauvais maîtres et les plus despotiques ont été peutêtre plus que vous ne le croyez des instruments de votre affranchissement. C'est pendant les jours d'épreuve que la conscience d'un peuple se forme, et qui sait si le duc d'Albe ne vous a pas rendu, sans le vouloir, un signalé service en éveillant chez vous un sentiment patriotique qui dormait encore au fond de vos cœurs ? Je ne vous dem.ande pas de reconnaissance, ce qui serait excessif; j'admets que vous avez plus donné à l'Espagne qu'elle ne vous a rendu. Mais un peuple ne vit pas seulement de ce qu'il fait pour lui-même, il vit aussi de ce qu'il fait pour les autres, pour l'avancement de la civilisation générale. Or si, comme je le crois, vous avez aussi exercé une influence salutaire sur l'Espagne, si vous avez communiqué à ce pays des idées bonnes et fécondes, vous devez en être, en quelque manière, plus heureux et plus fiers que de votre prospérité propre.

Conservez donc aux Espagnols, à ces anciens compatriotes et alliés, un sentiment d'estime, un souvenir bienveillant. Eux ne

IL n'y a pas plus FLANDRE ! 293

VOUS marchandent certainement ni leur estime ni même leur admiration. Et s'il est vrai que les dictons d'un peuple rendent de sa pensée intime un témoignage plus exact et plus sincère que toutes les dissertations des lettrés, rappelez-vous celui que rapporte très à propos le capitaine Vazquez et qui traduit aimablement l'opinion des Espagnols sur vous et votre pays : « Quand nous voulons vanter quelque « chose, écrit Vazquez, nous disons commu- « nément dans notre Espagne : No hay mas (( Fldndes! Il n'y a pas plus Flandre! »

Un tel éloge, qui n'est pas tombé de la plume d'un écrivain isolé, mais qui sort du cœur de toute une nation, ne saurait vous laisser insensibles. Vous êtes de votre nature trop affables et courtois pour n'y point répondre, ne serait-ce que par quelque salut amical, à la flamande.Voilàle vœu qu'enterminantje tenais à vous exprimer.

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