‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 151 sur 206 · MARIAGES FLAMANDS · texte numérisé non relu

MARIAGES FLAMANDS

1502, traversa la France avec son mari Philippe le Beau, le roi Louis XII ne la salua pas en la baisant sur la joue, rapporte un chroniqueur, parce qu'il savait que ce n'était point Tusage en Espagne ^ Dans ce dernier pays, on le sait, la seule courtoisie qu'un homme devait à une femme était le baise-main, « le baisierà la mode d'Espaigne «, qui dut paraître aussi froid aux compagnons de votre Philippe que la mode française ou flamande parut familière et exubérante aux Espagnols qui vinrent plus lard en Flandre.

Il y a aussi dans la conduite de la Flamande quelque chose de plus réfléchi qui ne pouvait échapper aux Espagnols et qui, en efl'et, au témoignage de Yasquez, ne leur échappa point. J'entends la façon aiséeet libre, exempte de fausse pudeur, avec laquelle, étant jeune fille, elle accueille sans préférence marquée ses prétendants, les observe à loisir, s'eff'orce de démêler le fond de leur caractère, n'arrêtant ensuite son choix qu'en connaissance de cause et pour des raisons positives et sérieuses. Gela pouvait bien froisser leurs idées en matière d'amour et de mariage, mais leur

1. Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, t. I, p. 147.

inspirait en même temps d'intéressantes réflexions. Ils ont dû se demander lequel des deux mariages valait le mieux et promettait une plus grande chance de bonheur : le mariage espagnol, conclu à lahâte après quelques rencontres furtives, quelques sérénades et causeries au balcon, mariage d'inclination s'il en fut, mais d'inclination souvent fort passagère ; ou bien le mariage flamand, longuement prémédité, assis sur des intérêts, tout au moins des convenances, comme sur l'estime et la sympathie réciproques des conjoints. Plus d'un se sera posé cette question et l'aura tranchée en votre faveur. Vous auriez ainsi, sans vous en douter, initié l'Espagnol à une conception du mariage, et par suite de la famille et de l'éducation, plus raisonnée et plus élevée que n'était la sienne, et voilà un résultat de vos longues relations avec lui qui ne saurait passer pour insignifiant.

Ces considérations m'amènent à conclure.

Peut-être ai-je réussi à vous démontrer que les Espagnols ont en somme gardé de vous et de vos choses une impression favorable, qu'ils ont su démêler, malgré leurs erreurs et leurs exagérations, les qualités essentielles du génie

Page 1