‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 164 sur 206 · DEVOTION DE CERVANTES · texte numérisé non relu

DEVOTION DE CERVANTES

nature droite et vaillante que l'oisiveté vicieuse de celle catégorie abjecte de faux dévots.

Ainsi, non seulement Cervantes n'a jamais rien écrit, touchant la doctrine, qui prêtât au moindre reproche d'impiété ou de libertinage d'esprit, mais on ne peut même pas dire qu'en s'en prenant occasionnellement à quelques travers des serviteurs du culte, ou à certaines façons d'abuser de la religion et du caractère sacré qu'elle confère, il ait eu la main très dure ou le trait particulièrement acéré. Au reste, divers incidents des dernières années de sa vie accusent la sincérité de ses convictions et même le respect dont il se croyait tenu d'entourer telles pratiques dévotes usitées j)armi les mondains d'alors. Son affiliation, en 1609, à la confrérie de la rue de l'Olivier, qui lui valut le titre d' « esclave du Très Saint Sacrement », son entrée, quatre ans plus tard, dans le tiers-ordre de saint François, voilà des démonstrations, à ce qu'il semble, significatives. Je sais bien que beaucoup entraient dans cesconfréries,moinspoury accomplir des actes de contrition que pour se donner de l'importance, pour y briller, étaler leur train et leur faste, lorsque par exemple de grandes cérémonies offraient aux confrères l'occasion de défiler processionnellement dans les rues de la capi-

taie, sous les regards du public le plus choisi*. Une confrérie représentait en Espagne au XVII® siècle ce que représente aujourd'hui un club ; les gens d'un certain monde appartenaient à telle cofradia, et l'on se qualifiait en ajoutant à son nom celui de la coterie pieuse qui vous avait admis. L'on se qualifiait; en même temps l'on se garantissait contre de fâcheuses suspicions, et, parfois aussi, contre les coups de la fortune adverse. Les confrères étaient en quelque sorte solidaires, obligés par point d'honneur de s'entr'aider: une cofradia bien organisée devait tenir un peu de nos sociétés de secours mutuels. C'est ce qui explique pourquoi tant de gens de lettres briguaient l'honneur d'être reçus membres des congrégations du chevalier de Gracia ou de la rue de l'Olivier, les plus connues du Madrid de Philippe IIL Cervantes fît comme Lope, comme Quevedo, comme Calderon et tant d'autres. Vieux, fatigué et pauvre, il chercha un milieu où rencontrer des pro-

1. « No puede ser dafioso tener plaça en alguna de las Gongregaciones y Esclavitudes de la Gorte, y en ella oficio de mayordomo o consiliario, para poder en dias festivos sefîalaros con mas particularidad con el baston dorado o con qualquier otra insignia propria del cargo que tuvieredes. » (Suarezde Figueroa, El Pasagero, alivio IX.)

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