SCIENTIFIQUES )) ET (( PROFANES
cervantistes, à partir de la fin du xviii* siècle, se sont élevés contre le dédain des universitaires et n'ont pas eu assez de sarcasmes à l'adresse de ces pédants, de ces cuistres dont les prétentions leur semblaient ridicules. Assurément, ceux qui ont attaqué Cervantes sur le fait de son éducation ne le valaient pas et tous leurs grades ne les ont pas rendus capables d'écrire un seul chapitre du Don Quichotte. Le génie a des prérogatives que ne remplaceront jamais des études quelles qu'elles soient, à plus forte raison des études poussées dans le sens scolastique espagnol. Ce qui est génial dans l'œuvre de Cervantes ne dépend pas de ce qu'il a pu apprendre et n'aurait pas été meilleur si, au lieu de s'initier aux bonnes lettres à Madrid, notre Miguel s'était imbu de la doctrine enseisfnée dans les universités. Je dirai même que parmi les docteurs ou licenciés qui ont pris des airs de supériorité vis-àvis de Cervantes, on en trouverait difficilement un qui fût exempt de la plupart des faiblesses reprochées aux non-scientifiques, aux écrivains insuffisamment pourvus d'humanités.
Toutefois, il ne faudrait pas que celte protestation légitime, et à laquelle il convient de s'associer, contre certaines attaques de contemporains fort inaptes à ce rôle de censeurs,
352 V. l'espagne du « don Quichotte ».
nous dissimulât les lacunes évidentes de l'éducation littéraire de Cervantes. De plus fortes humanités, une connaissance plus approfondie du latin, — sans parler du grec qu'on apprenait à peine en Espagne et dont Lope de Yega, qui n'en voulait pas pour son fils, disait qu'il « rend les hommes orgueilleux* )), — des lectures plus étendues d'auteurs anciens n'auraient nui en rien à cet esprit si richement doué, bien au contraire l'auraient poli, affiné, Tauraient prémuni contre certaines fautes de goût et de style. Arioste n'a rien perdu de sa fantaisie charmante pour avoir su écrire de jolis vers latins. Mieux instruit, Cervantes aurait, je le crois, dans quelques occasions, mieux raisonné et mieux écrit, et comme il possédait précisément ce qui faisait défaut à ses détracteurs, le génie, une plus ample culture littéraire lui aurait assuré cette supériorité incontestable en tout et sur tous qu'on lui souhaiterait, mais que l'équité empêche de lui reconnaître absolument.
Lego, dans le monde où il vivait, pouvait passer pour une insulte ; il la ressentit évidemment et n'oublia pas d'y répondre. La gent