Persiles, livre III, ch. iv
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« à être agréables sans faire tort au prochain ; (( oui, tous ne traînent pas les procès en lon- « gueur, n'avisent pas les parties, n'épient et « n'espionnent pas la vie des autres pour y « trouver matière à instrumenter ; tous ne (( s'entendent pas avec le juge : passez-moi la (( rhubarbe et je vous passerai le séné. » Enumérer ainsi soigneusement les vilenies dont certains notaires ne se rendaient pas coupables, n'est-ce pas nous dénoncer, par un détour habile et avec une cruelle précision, celles que tous les autres commettaient habituellement ?
Des régions supérieures de la société où habitent les Espagnols classés soit par leur naissance soit par l'exercice de quelque profession honorable ou au moins avouable, descendons, à la façon de Dante, dans les cercles inférieurs où vit la gentchétive, allons jusqu'aux bas fonds. Le Don Quichotte n'est pas une revue critique dans le genre, par exemple, des Songes de Quevedo. Chez Cervantes on ne peut s'attendre à voir défder une à une, comme des pénitents en procession, toutes les espèces sociales que le moraliste de métier aime à pousser sous sa loupe pour les disséquer à loisir. Le Don Quichotte est un voyage fantaisiste à travers la société espa-
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gnole que nous faisons guidés par l'imagination capricieuse de son auteur. Celui-ci ne nous mène que là où il lui plaît de promener son bf os. Comme d'ailleurs les aventures du chevoirer se passent en plein champ et dans les parties même les plus désertes du pays, les plaines sans fin de la Manche, il en résulte que bon nombre de types, et entre autres l'habitant des villes, ne figureront pas dans le livre. Nous y verrons surtout ce qu'on rencontre sur les routes, quand on les suit comme Don Quichotte et Sancho, à petites journées, et qu'on se plaît, comme eux, à questionner les passants ; nous y verrons des hôteliers, des muletiers, des filles, des pages en quête d'un maître à servir, des gendarmes, des brigands, des comédiens ambulants, des montreurs de marionnettes, des pèlerins, des vagabonds et même des galériens.
Examinons de plus près quelques exemplaires de ces tenanciers du grand chemin et de ces nomades.
L'hôtelier, d'abord, seigneur dans son auberge comme le chevalier l'était jadis dans son donjon ; la route est son fief, personne n'y passe qui ne lui paye sa dîme et, bon gré mal gré, qu'elle plaise ou non, il faut s'arrêter dans sa demeure. Notez aussi que rhôtelier
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d'Espagne est une manière de fonctionnaire ; affilié à la Sainte-Hermandad, il tient du gendarme et quiconque a la conscience lourde et la bourse trop légère pour acheter son silence se sent surveillé par lui. Le voici sur le pas de sa porte, flanqué de saMaritorne : les deux font la paire. Lui épais, bourru, grondeur, parfois aussi jovial, bruyamment épanoui, quand il a réussi à étriller consciencieusement des voyageurs de qualité ; elle, la Galicienne, trapue et débordante, aussi large que haute, les petits yeux écarquillés, la bouche fendue jusqu'aux oreilles, le nez écrasé, sale, dépeignée et encore ruisselante de quelque gros labeur accompli, au dmiieurant brave fille, compatissante au pauvre monde, de mœurs faciles, ce dont ne se plaignent pas les charretiers. Voyez-les, ceux-ci et les muletiers qui traversent lentement ces terribles déserts de la Gastille où le soleil, dardant tout de ses rayons, rend l'homme coléreux, brutal, sauvage. Ils arrivent à la venta, ayant en croupe quelque « traînée^ )) recueillie à la précédente étape. L'auberge retentit de leurs cris et de leurs jurons ; puis vient l'heure du souper et puis du jeu qui jamais ne s'achève sans