‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 193 sur 206 · D. QUICHOTTE A BARCELONE. 3G · texte numérisé non relu

D. QUICHOTTE A BARCELONE. 3G

la superficie des choses : les galères du port, l'afïluence du peuple dans les rues, la richesse des habitants. Gomment n^a-t-il pas cherché à nous initier un peu à la vie mouvementée de ces actifs et laborieux Catalans, si différente de l'existence monotone, figée, presque contemplative du Castillan ? Comment n'a-t-il pas extrait du fourmillement de la grande cité industrielle et commerçante quelques types parlants et significatifs qui lui eussent fourni une merveilleuse antithèse aux deux héros de son livre et suggéré peut-être de nouveaux et fort réjouissants épisodes? A vrai dire, ce séjour de Don Quichotte à Barcelone laisse une assez pénible impression. Le côté ridicule de sa manie s'accentue trop au contact de la vie civilisée d'une ville; ses divagations, si délicieuses sous le ciel de la Castille et dans les steppes de la Manche, détonnent ici et tournent au grotesque ; ses chevauchées et ses coups de lance ont un air de carnaval qui n'amuse que les gamins accourus Y>ow ^'^ir passer cette triste figure de masque. Il semble que Cervantes aurait pu corriger l'impression fâcheuse que nous cause cette dégradation de son héros en restreignant ici son rôle, en peig-nant surtout le milieu, de façon à noyer en quelque sorte la personne du noble chevalier

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sous des détails descriptifs et de couleur locale. Nous y aurions gagné quelques scènes de mœurs catalanes d'un prix inestimable.

Reste à décrire un groupe à part qui n'a pas de place fixe dans la hiérarchie sociale, pas de compartiment à soi, je veux parler des gens de lettres. La littérature qui n'est pas soit la théologie, soit la science pure ou appliquée, la littérature d'agrément n'est pas une carrière. Alors, le poète ou le romancier, le dramaturge ou l'essayiste, l'historien même, quand il ne remplit pas l'emploi d'historiographe officiel, ne peut s'adonner à son art que par occasion, c'est-à-dire s'il exerce en même temps quelque métier lucratif, s'il jouit de quelque bénéfice ou si un grand le protège et l'entretient. En un mot, la littérature ne nourrit pas ; tout au plus aide-t-elle à vivre. Ajoutez que l'homme de lettres n'a pas en Espagne la ressource qu'offrent les pays libres d'écrire sur les matières politiques, de louer sa plume aux partis qui alternativement dirigent les affaires de l'État et détiennent les clefs du trésor. Le pouvoir absolu ne s'accommode guère de ce genre de littérature et quiconque a l'audace de contrôler ses actes et d'y trouver à redire est prié de prendre domicile en Hollande ou ailleurs. Si quelque paili-

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