‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 195 sur 206 · CRITIQUE LITTERAIRE · texte numérisé non relu

CRITIQUE LITTERAIRE

goût du public porté à recevoir de confiance ce qui lui vient recommandé de si haut lieu. Aux grands donc de bien choisir, de ne pas repousser les hommages des gens de mérite, de ne pas accueillir les méchants écrivains et les poètes crottés. Ainsi cette manière de parasitisme, que les nécessités de la vie imposaient alors à beaucoup de littérateurs, pouvait fort bien ne pas s'accompagner de formes dégradantes et serviles , elle s'accommodait même parfois d'une franchise non dépourvue de noblesse et de nature à nous réconcilier avec ces mœurs dont nous avons de la peine à ne pas être aujourd'hui un peu froissés.

La critique littéraire, comme c'était à prévoir, occupe une assez grande place dans le Don Quichotte, Cervantes ayant profité du vaet-vient des personnages de son roman, de leurs rencontres et de leurs conversations, pour émettre certaines théories littéraires qui lui tenaient au cœur et pour dire sa pensée sur quelques contemporains. Critique littéraire, non pas telle que nous la concevons depuis qu'elle est devenue un art et une science, critique un peu trop dogmatique ou trop sommaire, mais non dépourvue d'intérêt assurément. A Tépoque de Cervantes, les arbitres du goût, les donneurs de préceptes, les distribu-

374 V. l'espagne du « don Quichotte ».

leurs de palmes aux plus méritants, ou bien commentent Aristote, délayent surtout les commentateurs italiens du maître, ou bien composent des arts poétiques sur le patron de celui d'Horace, ou enfin écrivent des panégyriques, des Temples de mémoire. Ce dernier genre a la vogue. On loue les autres pour être loué à son tour, on soigne sa propre réputation en prônant celle du voisin. Cervantes s'y est essayé dans le Chant de Calliope de la Galatée. Rien de plus fade que ces coups d'encensoir donnés à tort et à travers, que ces pluies d'épithètes laudatives qui finissent par n'avoir plus de sens tant elles sont prodiguées. Aucune nuance dans l'éloge qui s'abat indistinctement sur tous, le plus médiocre comme le plus illustre étant toujours admirable, excellent, divin. Qu'apprenons-nous de précis dans ces stances, ou dans l'interminable rapsodie de Lope de Vega intitulée Laurier d* Apollon, sur les qualités propres des poètes d'alors, sur la marque de leur invention, la facîure de leur style, le rythme de leurs vers ? Bien peu de chose. Le Voyage au Parnasse vaut mieux ; ici le ton burlesque, la tendance satirique autorisaient Cervantes à mêler la critique à l'éloge, à cacher quelques serpents sous des fleurs, à aiguiser des traits contre les per-

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