‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 23 sur 206 · JEAN CHAPELAIN · texte numérisé non relu

JEAN CHAPELAIN

la raison pour les compositions justes, quelque teinture des beaux-arts et quelque ombre de la sagesse des Anciens... Le feu et l'imagination ne leur manquent pas, mais c'est tout... Tout leur fait n'est quaguclezas et en cela ils font consister tout le mérite d'un escrivain. Des langues anciennes, il ne se peut dire combien ils les entendent peu. Enfin je n'en excepte que quatre ou cinq d'entre eux qui en ont eu quelque teinture. Tout le reste ne sçait rien et fait vanité de ne rien sçavoir. Beaucoup moins ce phénix prétendu dont vous me parlés (Lope de Vega) et qui s'est jette à toutes sortes de poésies, et qui a réussi en toutes également mal ».

Il est plus indulgent pour les historiens :

« Les Castillans font d'assés raisonnables narrations historiques et d'assés justes consultations politiques. Leur Herrera, leur Cabrera, leur Sandoval, leur Gomara se peuvent lire mesme pour la langue, car pour leur Zurita et leur Garibai, ce sont de bons greffiers, de bons compilateurs, mais non pas de bons historiens comme nous les désirons... J'excepte toujours leur Mariana qui est un maistre escrivain et presque leur seule gloire en ce genre ».

Il goûte encore Gôngora, dans le genre burlesque, celui où il a « le plus excellé )> ; il fait quelque cas aussi d'un poète assez ignoré, Gerônimo Cancer, « bel esprit et dont (( les poésies vrayment espagnoles, comme les (( copias, les cndechas, ont assurément leur

48 I. l'espagne en frange.

« |)rix )). Dans Tordre politique et économique, Chapelain pense un peu comme deux siècles plutôt Robert Gaguin ; il est frappé de la stérilité de TEspagne, il l'est surtout de son dépeuplement, causé soit par les découvertes et les conquêtes au nouveau monde, soit par les guerres européennes et Tenlretien de nombreux soldats ou fonctionnaires dans les divers états rattachés à la monarchie espagnole. Toutes choses dont ne souffre pas notre pays, qui, (( renfermé en luy mesme et populeux jus- « qu'à l'excès, n'est pas sujet aux mesmes in- « convéniens et, au lieu de souffrir par la dia sette, ne souffre d'ordinaire que parl'abon- « dance ))\

Chapelain mérite encore qu'on le cite ici pour sa collaboration à la grammaire espagnole de Port-Royal, qui devait remplacer si avantageusement les travaux des Salazar et des Oudin, auxquels faisaient absolument défaut la culture supérieure et les bonnes humanités de Lancelot. La Nouvelle méthode espagnole parut en 1660, peu après le second mariage espagnol; elle est dédiée à Marie-Thérèse. A ce moment il y eut en France une recru-

1. Lettres de Jean Chapelain, publ. par M. Tamizey de Larroque, Paris, 1883, t. II, p. 204, 255, 209. 295 et 318.

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