‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 24 sur 206 · LE PÈRE BOUHOURS · texte numérisé non relu

LE PÈRE BOUHOURS

descence passagère du goût espagnol ; l'arrivée de la fille de Philippe IV devait être un prétexte à rapprendre l'espagnol qu'on avait un peu oublié depuis le temps de la reine Anne. Lancclot en profita, a Ces deux lance gués, dit-il de l'espagnol et du français, sont

aujourd'huy les plus estimées des honnestes

(( gens La joye où est maintenant la

(( France de se voir unie avec l'Espagne par « le lien d'une paix si longtemps souhaitée et « si heureusement conclue, nous fait espérer « que le mélange qui se fera à la cour des (( deux nations donnera moyen aux Français « de s'instruire plus parfaitemement dans la (( délicatesse de cette belle langue* ».

A côté de Chapelain et de Lancelot, dans ce môme groupe d'érudits voués à l'étude de la langue et de la littérature d'Espagne, se place encore le père Bouliours, dont La Maliière de bien penser dans les ouvrages d esprit 1G87) est pleine de citations d'auteurs espagnols. Il y admire surtout Mariana, « qui a <( écrit si poliment et si purement l'Histoire « d'Espagne en latin et en espagnol », Gracian,

1. Nouvelle méthode pour apprendre facilement et en peu de temps la langue espagnole. Paris, 1660. La dédicace à la Reine est signée de Trigny, pseudonyme de Claude Lancclot.

50 I. l'kSPAGNE en FRANCE.

inventeur et législateur du conceptisme, le (c sublime Gracian », comme il le nomme, Tun des écrivains espagnols du xvii'' siècle qui réussirent le mieux en France dans la version très apostillée d'Amelot de la Houssaie. C'est Bouhours qui nous a conservé une plaisante anecdote, bien trouvée si elle n'est pas vraie, touchant Lope de Yega. Interrogé sur le sens d'un de ses sonnets par l'évêque de Belley, Jean-Pierre Camus, le poète espasrnol, sans le moins du monde s'offenser de la question, « ayant leù et releû plusieurs fois « son sonnet, avoua sincèrement qu'il ne Ten- « tendoit pas luy mesme ». C'est Bouhours aussi qui a recueilli cette belle parole du comte de Fuensaldana sur Louis XIV. Voulant marquer à quel point le mérite personnel tenait lieu de tout au grand roi et le dispensait de la royauté, le grave Espagnol laissa tomber ces mots : le sobra ser rey, ce qui signifie : « il (( n'a que faire d'être roi ; il est roi par-dessus « le marché^ ».

Les érudits nous conduisent aux voyageurs, et par voyageurs, il faut entendre, moins des gens de qualité voyageant pour leur instruc-

1. La manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit. Paris; 1687, p. 183, 2'i3, 357 et 111.

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