VOYAGES EN ESPAGNE
tion OU leur plaisir, — ils étaient rares à cette époque — que des ministres ou des diplomates et les fonctionnaires de tout ordre qui forment leur entourage. Les grandes négociations entre la France et TEspagne au xvii" siècle, mariages, traités de paix, alliances, obligent continuellement des Français de marque, grands seigneurs ou grands prélats, à séjourner plus ou moins de temps en Espagne. Ces Français-là ou des personnes de leur suite observent ce qui se passe autour d'eux, notent ce qu'ils voient et croient comprendre du pays où ils ont à défendre les intérêts de leur maître. Quelques-uns, sortant un peu de leur rôle de diplomates, écrivent pour leurs amis et les curieux de France des relations, des mémoires pleins de détails piquants. Ces lettres circulent, ces mémoires se prélent, et un libraire quelconque finit par les imprimer; aussi le « Voyage d'Espagne » devient-il presque un genre littéraire.
Les dangers et les petites misères que le voyageur français avait à endurer, dès qu'il avait passé les ports des Pyrénées, la sauvagerie des habitants qu'il rencontrait sur sa route, les accidents d'une nature âpre et violente, si éloignée de la douceur de la nôtre, Télrangeté de certaines coutumes que nos
Français raillent un peu vite sans en comprendre assez Torigine et les nécessités, la vie à Madrid, les cérémonies de la cour, les traitements, les préséances, détails importants à cette époque où un roi partait en guerre pour un tabouret mal placé, les particularités de chaque province, les splendeurs mieux conservées alors qu'aujourd'hui de l'Espagne arabe, etc.; tout cela formait un ensemble fort attrayant.
Dire que ces voyageurs nous ont exactement représenté l'Espagne telle qu'elle était, serait quelque peu risqué. Nous les avons sans doute trop crus sur parole, et tels de nos essayistes célèbres, plus amoureux de couleur locale que de vérité historique, ont abusé de leurs narrations. Au contraire, les Espagnols les ont trop calomniées ; quoique ceux de nos voisins qui connaissent leur histoire admettent bien, en gros, la véracité de ces récits de voyage \ Bref, il y a beaucoup plus à y prendre qu'à y laisser ; mais il est bon de s'entourer de quelques précautions et de ne tenir pour avéré que ce qui peut être directement ou indirectement contrôlé par le témoignage des indigènes. L'étranger voit mieux
1. A. Canovas del Gastillo, Artes y letras, Madrid, 1887, p. 158.