‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 66 sur 206 · L'AUTEUR DU PREMIER LAZARILLE DE TORMES · texte numérisé non relu

L'AUTEUR DU PREMIER LAZARILLE DE TORMES

Troiivera-t-on jamais la clef du problème ? A première vue, cela semble difficile ; mais il faut savoir compter sur le hasard. Une découverte imprévue d'un fureteur quelconque nous révélera peut-être un jour ce nom jusqu'ici cherché avec si peu de succès. Ce qui pour l'heure nous incombe, c'est de raconter l'histoire de ces tentatives infructueuses et de remonter à la source de traditions acceptées trop légèrement et auxquelles le patronage de personnes graves a donné une valeur très exagérée. Sans doute, c'est déjà quelque chose que d'obtenir un résultat négatif, de détruire des légendes et de démontrer, par de bonnes raisons, qu'on ne sait rien. Ainsi Ton prépare le terrain à de nouvelles et plus heureuses investigations; l'on vient singulièrement en aide aux chercheurs de l'avenir.

Il s'agit, en ce moment, de l'auteur du premier Lazarille, du Lazarille imprimé pour la première fois à Burgos, en 155i. La seconde pallie de la nouvelle, dont l'édition princcps

date de 1555 et sort des presses d'Anvers, ne nous occupe pas; car pour parler de celui qui Ta écrite, il faudrait aborder certaines questions de langue et de style qui entraîneraient trop loin et ne pourraient être convenablement débattues et élucidées ici. Nous nous en tenons donc uniquement au premier Lazarille.

Rappelons, une fois pour toutes, que ce Lazarille, dans ses diverses éditions publiées soit en Espagne soit à l'étranger, n'a jamais porté sur son titre de nom d'auteur, et que seuls des érudits ou des imprimeurs de nos jours, se croyant à tort bien informés, ont pris sur eux de lever le voile de l'anonyme et de signer le livre : Diego Hiirtado de Mendoza. Rappelons également que ni le secrétaire de Philippe II, Juan Lôpez de Yelasco, commis à la charge d'expurger le roman (1573), ni l'interprète Juan de Luna, qui le modernise et le continue (1620), n'ont même donné à entendre qu'ils s'étaient fait une opinion sur son auteur présumé. Cette réserve prudente des deux principaux reviseurs de Lazarille est, on en conviendra, significative; elle nous prouve tout au moins que ni l'un ni l'autre n'accordaient le moindre crédit aux rumeurs vagues qui pouvaient courir de leur temps sur le

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