‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 7 sur 206 · RODRIGUE DE VILLANDRANDO · texte numérisé non relu

RODRIGUE DE VILLANDRANDO

rapprochement des deux nations ; son nom rappelle aux Espagnols une des pages les plus sanglantes de leur histoire et leur amourpropre national se plaît souvent à reporter sur un étranger Todieux du guet-apens de Montiel.

Avec le xv® siècle les rapports entre les deux pays deviennent plus nombreux et plus suivis. Espagnols en France et Français en Espagne commencent à s'observer de plus près et à se comparer, et, comme l'on se met à écrire, les témoignages sur ces visites réciproques ne nous font pas défaut.

Le groupe des trois royaumes chrétiens, Gastille, Aragon et Navarre avec leur prolongement en Italie, devient imposant ; Tinfidèle est refoulé sur ses dernières positions, l'issue de la lutte entre l'Islam et la Croix n'est plus douteuse. Aussi l'Espagne peut-elle maintenant regarder par-dessus les Pyrénées et, quand ses intérêts le lui commandent, prendre part aux démêlés des princes chrétiens, s'unir à l'un pour combattre l'autre. Elle n'appelle plus de croisés à son aide ; ses guerriers, ses marins, que n'absorbe plus la reconquête, vont volontiers chercher gloire et fortune en France.

Tel Rodrigue de Yillandrando, le fameux

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routier, qui, à la tête de ses Rodigois, combat pendant un quart de siècle sur notre territoire pour la cause de l'indépendance française'. Tel le capitaine Pedro Nino, qui apporte à Charles VI le secours des galères de Gastille, et, avec Charles de Savoisy, ravage les côtes anglaises ; Pedro Nino, dont les exploits ont eu la chance d'être narrés par un chroniqueur charmant, ce Gutierre Diaz de Gamez, qui nous a laissé une si aimable description du château de Sérifontaine et de la vie qu'y menait la gracieuse dame de Trie, et qui, au surplus, parle des Français en général comme jamais peut-être Espagnol ne l'a fait : « Noble nation », » très élégants », « très gé- « néreux », « très courtois et gracieux en leur « parler, très gais et s'adonnant au plaisir de « bon cœur », puis le dernier trait, « fort amou- « reux et s'en vantant », car « le pays est dans (( le climat d'une étoile nommée Vénus, pla- « nète amoureuse et gaie. » On ne saurait mieux dire ni plus galamment^. Tel Fernando del

f 1. J. Qulcherat, Rodrigue de Villandrando, Paris, 1879, et, pour la période espagnole de la vie du grand aventurier, A. M. Fabié, Don Rodrigo de Villandrando, Madrid, 1882. 2. Le Victorial, chronique de Don Pedro Niîio, comte de Buelna, par Gutierre Diaz de Gamez, traduit par le comte A. de Gircourt et le comte de Puymaigre, Paris, 1867, p. 317.

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