‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 80 sur 206 · ESPRIT ANTICLERICAL DU LIVRE · texte numérisé non relu

ESPRIT ANTICLERICAL DU LIVRE

qu'il conviendrait de chercher tout d'abord l'auteur de Lazarille.

L'esprit anticlérical, sinon antireligieux, du livre, est une donnée importante aussi, dont il faut tenir grand compte et qui précisément nous renvoie encore aux Valdés et à leurs amis. Tous ces libres penseurs sentaient plus ou moins le roussi, et si tous ne passèrent pas franchement dans le camp de la Réforme, n'embrassèrent pas ouvertement les doctrines de Luther ou de Calvin, il n'échappe à personne que leurs écrits frisent à tout instant l'hérésie et s'expriment sur le compte du clergé régulier et séculier avec un sans-gêne complet. Le Dialogo de Mercurio y Caron de Juan de Valdés, et ce curieux livre des Castagnettes El [Crotalon)^ dont l'auteur est inconnu, présentent de nombreux points de contact avec notre nouvelle : même liberté, même audace de langage, toutes les fois que des membres de l'Eglise sont en cause. En ce qui concerne particulièrement le Crotalon, l'enfance de cet Alexandre, qui en est le héros, n'a-t-elle pas quelque analogie avec les premiers chapitres de Lazarille? Les deux livres, il est vrai, se ressemblent peu pour le style : autant le nôtre est sobre, nerveux, rapide, autant l'autre est lourdement pédant et

enchevêtré ; mais l'esprit en est à bien des égards le même.

En résumé, nous croyons qu'on ferait bien de fouiller avec grand soin cette province de la littérature espagnole du xvi® siècle qui nous réserve encore plus d'une surprise, et peut-être réussira-t-on un jour à y découvrir l'écrivain, dont le nom, ignoré ou déjà célèbre, pourra être sûrement et définitivement inscrit sur le titre du Lazarille de Termes.

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